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Liban : les Anglo-Américains allument la mèche de la discorde

La rédaction

Par Christine Bierre

Les Britanniques et leurs alliés américains et israéliens préparent-ils une nouvelle guerre au Moyen-Orient, une guerre dont la cible serait, cette fois-ci, l’Iran ? C’est ce que laissait entendre un article paru en décembre dernier dans The Economist, scénario basé sur le fait que le Hezbollah et le Hamas avaient fortement renforcé leur capacité de lancer des tirs de longue portée au sein même d’Israël. Le 4 janvier, l’institut WINEP, principal think-tank israélien aux Etats-Unis, publiait sous le titre de « Tension à Gaza : la dissuasion israélienne sous pression », un autre scénario du même genre insinuant qu’une nouvelle attaque israélienne sur Gaza serait en gestation.

Que ce soit ou non le moment le plus propice au déclenchement d’un tel scénario, il est clair que depuis l’Afrique jusqu’au Moyen-Orient, en passant par l’Europe, l’oligarchie financière internationale poursuit inlassablement son projet de mise à mort de l’ordre « westphalien » fondé sur des nations souveraines, en faveur d’un ordre impérial supranational régnant sur des populations éclatées sur des bases ethniques, linguistiques ou religieuses.

La partition du Soudan, adoptée suite à un référendum sous forte influence anglo-américaine, prélude à une partition ultérieure de toute cette zone, les menaces de plus en plus réelles de partition de la Belgique, ou encore la volonté de faire voler en éclat l’unité libanaise, font partie d’une seule volonté politique, celle de l’oligarchie financière basée à la City de Londres et à Wall Street. Car tant que les populations seront enfermées dans des clôtures ethniques, linguistiques ou religieuses, annihilant ainsi leur capacité universelle à la créativité et à la liberté, les oligarchies pourront régner sans conteste.

La chute du gouvernement libanais

C’est dans ce contexte qu’il faut voir la nouvelle crise qui s’est ouverte au Liban. Le 12 janvier dernier, coup de théâtre au pays du Cèdre : au moment même où de l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama rencontrait le Premier ministre libanais Saad Hariri, au Liban

le bloc des dix ministres du Hezbollah et du CPL du général Aoun, plus un ministre proche du président Sleimane, a démissionné d’un seul coup, faisant chuter le gouvernement. C’est réunis à Rabieh, la résidence du général Michel Aoun, que les dix ministres ont annoncé leur démission.

A l’origine de cette crise, parfaitement calculée de la part de l’opposition libanaise, selon un article de Scarlett Haddad dans l’Orient le Jour, la volonté de l’administration Obama sous influence britannique, d’allumer la mèche de la discorde au Liban, en faisant pression pour que le Tribunal spécial sur le Liban (TSL) publie son enquête accusant des éléments non contrôlés du Hezbollah de l’assassinat de Rafik Hariri, à Beyrouth en 2005.

La stratégie de l’administration Obama est limpide. Depuis 2008, date où une crise violente entre l’opposition et Saad Hariri, alors président du Courant du Futur, secoua le pays, le roi Abdallah d’Arabie saoudite, le président Bachar el Assad de Syrie, l’émir Al Thani du Qatar et Amadine Ahmadinejad, ont multiplié les efforts pour amener au dialogue les différentes composantes ethniques ou religieuses sur lesquelles ils exercent une influence dans ce pays.

De sorte que depuis cette époque, les principaux chefs de l’opposition libanaise – le général Aoun du CPL et Hassan Nasrallah du Hezbollah — ont pu établir un dialogue constructif avec Saad Hariri et que celui-ci a pu en faire de même non seulement avec ces groupes libanais, mais aussi avec les Présidents Bachar el Assad de Syrie et Ahmadinejad d’Iran. Thierry Meyssan rapporte depuis le Liban que ces mêmes acteurs politiques avaient trouvé une parade pour « asphyxier le Tribunal spécial en ne renouvelant pas son budget et en retirant ses juges libanais. Ainsi le Tribunal spécial n’aurait pas été dissous. Il aurait survécu sur le papier, mais serait tombé dans une profonde léthargie ».

C’est dans ce contexte que l’administration Obama a introduit cette pomme véritablement venimeuse de discorde qu’est l’accusation du TSL contre le Hezbollah. Car en accusant le chef des chiites de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafik Hariri, représentant de la communauté sunnite du Liban, c’est l’ensemble de ce délicat édifice qui avait permis de recoller l’unité libanaise qui est menacé d’exploser.

Des sources concordantes à Washington et au Liban, proches du Hezbollah, rapportent que la pression aux Etats-Unis pour foncer avec la publication de l’acte d’accusation du Tribunal est venue, sans surprise, d’Israël, mais que c’est Jeffrey Feltman, le secrétaire adjoint des Etats-Unis aux affaires du Proche-Orient et ancien ambassadeur américain à Beyrouth, qui a fortement soutenu la position israélienne, prétendant que les menaces du Hezbollah de quitter le gouvernement en cas de publication de l’acte d’accusation étaient du bluff. Une fois qu’Obama avait pris sa décision, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton fut dépêchée pour communiquer au Roi Abdallah d’Arabie saoudite, présent à Washington pour un long séjour hospitalier, et au Premier ministre Saad Hariri, la décision d’Obama de ne tolérer aucun délai dans la publication de l’acte d’accusation.

Selon des sources libanaises, la décision de quitter le gouvernement le jour même de la rencontre Obama/Hariri était un missile politique envoyé par l’opposition à Obama notamment. Car, face au revirement de la position saoudienne, suite aux pressions américaines et à la maladie du Roi, Saad Hariri, dont le peu d’expérience politique est connu et la marge de manœuvre au Liban n’est pas énorme, a préféré se ranger sur la position américaine.

Mais outre la tentative de faire éclater l’unité libanaise et de plonger ce pays une fois de plus dans les affres des conflits ethniques et religieux qui ont dominé son existence depuis la deuxième moitié du XXe siècle, l’objectif visé par les Britanniques et consorts est d’affaiblir la puissance militaire du Hezbollah qui avait infligé une cuisante défaite à Israël en 2006, en vue de la guerre qu’ils veulent lancer contre l’Iran.

Pour Thierry Meyssan, l’objectif ultime de l’acte d’accusation du TSL est de mettre en accusation l’ancien chef militaire du Hezbollah, Imad Mugniyeh, assassiné depuis, afin d’atteindre ses « supérieurs hiérarchiques, non pas au Hezbollah, mais au sein de leur dispositif de formation militaire : le général Soleimani et le guide suprême Khamenei ». Ce général est le commandant de la Force Al-Quod (unité des Gardiens iraniens de la Révolution, qui forme les combattants anti-impérialistes au Liban, en Palestine et ailleurs).

Nous serions là dans le scénario du pire d’une guerre israélienne, soutenue par l’administration Obama contre l’Iran.

Entretemps, au Liban, l’opposition échafaude déjà les scénarios de rechange. Selon Scarlett Haddad, ils seraient quatre : dans le premier, Saad Hariri retrouve sa position, mais aux conditions de l’opposition, dans les deuxième et troisième, une alliance ouverte ou sous le manteau avec Wallid Joumblatt permettrait à l’opposition d’avoir soit une majorité partielle soit même de former le gouvernement ; un quatrième scénario pourrait aboutir au blocage total. Mais dans tous les cas de figure, le TSL verrait la fin de ses jours ; dans les trois premiers parce que les Libanais cesserait de lui apporter leur soutien, dans le dernier du fait du blocage des institutions.

Pour creuser :

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  • petite souris • 24/01/2011 - 11:25

    Pauvre peuple libanais toujours entre l’enclume et le marteau pour servir depuis des décennies voire des siècles les intérêts des uns contre les autres !

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