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Paul Bremer et la « guerre d’Halliburton » en Irak

La rédaction

Le rôle de Paul Bremer dans le fiasco actuel en Irak est décrit dans un nouveau livre intitulé Cobra II, de Bernard Trainor, un général (cr) de Marine trois étoiles, et Michael Gordon, le correspondant militaire du New York Times. L’essentiel du livre traite de l’invasion de l’Irak et de la phase des combats, mais le dernier chapitre donne des informations accablantes sur le rôle du ministre de la Défense Donald Rumsfeld, de son numéro deux Paul Wolfowitz, de Douglas Feith et de Paul Bremer, et sur la façon dont ils ont tous oeuvré dans le dos de l’état-major, du secrétaire d’Etat Colin Powell et même de la conseillère à la Sécurité nationale Condoleezza Rice, pour assurer le démantèlement de l’armée irakienne et créer les conditions de la guerre asymétrique qui s’est développée.

C’est ainsi que, le 6 mai 2003, le président Bush annonça que Paul Bremer, un protégé de George Shultz et directeur général de Kissinger Associates de 1989 à 2000, allait remplacer le général Jay Garner comme chef des opérations politiques de la coalition en Irak. Comme Bremer le reconnaissait lui-même, il devait cette nomination à l’intervention de Dick Cheney et de Donald Rumsfeld. Dès son arrivée à Bagdad le 12 mai, le nouveau chef de la coalition prit une initiative destinée à enflammer la situation : il ordonna aux soldats américains de tirer sur tout Irakien pris en flagrant délit de pillage. Le commandant militaire de Bagdad refusa catégoriquement d’obéir à cet ordre et de tuer des Irakiens affamés et sans ressources.

Deux jours plus tard, Bremer émit son Ordre n°1 sur la « débaasification de la société irakienne », interdisant à tout ancien membre du Parti Baas ayant figuré dans les quatre échelons supérieurs, d’accéder à un emploi public. Cette mesure frappa directement plus de 30 000 fonctionnaires.

Le 23 mai, en vertu de son Ordre n°2, l’ensemble de l’armée irakienne fut démantelée. Selon Trainor et Gordon, « bien qu’on ait consulté Rumsfeld auparavant, d’autres acteurs clés furent totalement pris de court par ce décret. Peter Pace, chef adjoint de l’état-major, affirma par la suite que les chefs d’état-major n’avaient pas été consultés à propos de la décision. Powell n’avait pas été prévenu. Condoleezza Rice ne s’y attendait pas non plus. »

Or le Centcom (commandement central de l’armée américaine) travaillait déjà sur un plan destiné à assurer le transfert aux Irakiens des responsabilités gouvernementales et de sécurité intérieure, ainsi que le désengagement progressif des forces américaines. Dans ce but, il avait engagé depuis quelque temps des entretiens avec un groupe d’officiers irakiens, qui avait fourni une liste de quelque 70 000 officiers et soldats irakiens prêts à collaborer avec les Etats-Unis. Il avait aussi établi un plan prévoyant le stationnement de trois divisions de l’armée irakienne au nord, au centre et au sud du pays, pour s’occuper de la sécurité. Paul Bremer, agissant pour le compte de Rumsfeld, Wolfowitz et Feith, a jeté tous ces préparatifs par la fenêtre, créant les conditions de la « guerre d’Halliburton » qui allait commencer.

Peu après le démantèlement de l’armée irakienne, des responsables américains eurent accès aux documents confidentiels du ministère irakien de la Défense, montrant que l’écrasante majorité des officiers et des sous-officiers irakiens n’étaient même pas membres du Parti Baas. Suivant les normes que Bremer lui-même avait établies, seulement 8000 des 140 000 officiers et sous-officiers auraient dû être exclus de l’Armée. Mais c’était déjà trop tard - les effectifs avaient déjà été renvoyés chez eux et l’insurrection avait commencé pour de bon.

Il est donc correct de parler de la « guerre d’Halliburton » dans le contexte du carnage actuel en Irak. Celui-ci a été déclenché par la décision de Paul Bremer d’abandonner la politique traditionnelle d’occupation pour engager des dizaines de milliers de consultants, « privatisant » de fait les opérations irakiennes et américaines. Enfin, signalons que Paul Bremer lui-même fait office d’homme de main de George Shultz, l’architecte synarchiste du gouvernement Bush actuel, qui travaille main dans la main avec Felix Rohatyn de Lazard Frères, depuis au moins l’époque du coup d’Etat de Pinochet au Chili.

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