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Politique économique : stupide ou délibérée ?

La rédaction

Considérant que les mesures prises par l’administration Bush pour faire face à la chute du dollar ne font qu’aggraver la situation, Lyndon LaRouche se pose la question suivante : « Est-ce par stupidité ou est-ce voulu ? »

Considérons par exemple son plan de baisses d’impôts de 350 milliards de dollars, qui vient d’être signé fin mai, au moment même où les statistiques publiées (au 15 avril) montrent que les recettes fiscales provenant des sociétés et des particuliers ont fortement diminué pour la troisième année consécutive (7 premiers mois de l’année fiscale 2003). En outre, le plafond de la dette fédérale autorisée vient d’être augmenté de près de 1000 milliards de dollars pour atteindre 7400 milliards. En ce qui concerne la chute du dollar, le secrétaire au Trésor, John Snow, a déclaré que cela « facilite les exportations ».

Le Financial Times soupçonne qu’il y a là quelque chose de plus grave que de la stupidité. Dans son éditorial du 23 mai intitulé « Folie fiscale - le gouvernement américain abandonne toute prudence », le quotidien de la Cité de Londres écrit : « En matière de gestion de la politique fiscale, les fous ont pris le contrôle de l’asile. » Car l’effet positif à court terme de cette politique sur l’économie "sera négligeable" alors que les coûts à long terme « pèseront lourdement sur les générations futures ». Ce plan est « une insulte à l’intelligence du peuple américain ».

Cependant, certains « républicains extrémistes » pensent qu’il est de l’intérêt de l’Amérique d’avoir des déficits importants. « Proposer des coupes dans les dépenses fédérales, surtout dans les programmes sociaux, est électoralement risqué, mais une crise fiscale offrirait la perspective attrayante de faire rentrer ces coupes par la porte de derrière. Pour eux, saper l’ordre multilatéral ne suffit pas, une révision radicale de la vieille philosophie concernant la distribution des revenus est également nécessaire . »

Dans le New York Times du 27 mai, l’économiste Paul Krugman donne une analyse similaire, laissant entendre que les néo-conservateurs appellent de leurs voeux une grave crise financière : « Ce n’est un secret pour personne que les idéologues de droite veulent abolir des programmes que les Américains considèrent comme acquis. Mais il n’y a pas si longtemps que cela, si l’on avait suggéré que ces idéologues dirigeaient effectivement la politique de l’administration Bush - c’est-à-dire que le gouvernement organisait délibérément une crise fiscale dans laquelle des programmes sociaux seraient fortement réduits - on aurait été accusé de croire aux théories de la conspiration . »

En baissant les impôts dans ce contexte de déficits record, notait Krugman, « le gouvernement montre clairement que soit il est complètement inepte, soit il veut une crise budgétaire. (Ou peut-être les deux.) (...) Ceux qui dirigent actuellement l’Amérique ne sont pas des conservateurs : ce sont des radicaux qui veulent éliminer notre système économique et social, et la crise fiscale qu’ils concoctent pourrait leur donner le prétexte recherché . »

En effet, avec la baisse des recettes fiscales et la hausse du déficit, il sera de plus en plus difficile de financer les dépenses sociales. « Le gouvernement peut emprunter pour compenser la différence tant que les investisseurs seront dans un état de déni, incapables de croire que la seule superpuissance mondiale est en train de devenir une république bananière. Mais il viendra un moment où les marchés obligataires protesteront - ils refuseront de prêter à un gouvernement, même à celui des Etats-Unis, si la dette de ce dernier augmente plus rapidement que ses recettes et s’il ne présente pas un scénario plausible pour remettre le budget sous contrôle. » A ce moment-là, des appels seront lancés pour effectuer « des coupes drastiques là où il y a de l’argent : c’est-à-dire dans le Medicaid [soins médiaux pour les démunis], le Medicare [soins médicaux pour les personnes âgées] et les retraites . »

Bien qu’il apprécie les commentaires du Financial Times et de Krugman, LaRouche va plus loin, estimant que les actions de l’administration Bush - ou de certains éléments du gouvernement - pourraient ne pas être simplement stupides, mais viseraient à provoquer une panique dans le monde- une « sorte de 11 septembre économique et financier » - où les grandes banques et les entreprises fermeraient, où il n’y aurait plus aucun crédit et où les flux financiers s’arrêteraient brusquement.

A ce moment-là, on imposerait des changements économiques, financiers et sociaux radicaux - à l’opposé des plans de réorganisation financière et de reconstruction économique prônés par LaRouche - semblables à ce que firent Montagu Norman, Hjalmar Schacht, Averell Harriman et les intérêts Morgan dans les années 30 en Allemagne, et ce qu’ils tentèrent de faire aux Etats-Unis contre Franklin Roosevelt. Pour LaRouche, ce n’est que dans le contexte d’une telle panique que les gens accepteraient ce type d’économie fasciste. Le système financier actuel est fini. Il ne peut plus être « réformé » ou réparé. Une autre chute de 20 à 50% du dollar par rapport à l’euro signifierait la désintégration du système financier international. Est-ce cela que veulent les fous ?

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