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Poutine adopte une approche digne de Machiavel

La rédaction

Avec son discours au Parlement allemand le 25 septembre et d’autres initiatives diplomatiques, le président russe Vladimir Poutine a lancé une brillante « opération de flanc », certes pas sans risques, destinée à empêcher ou du moins à contenir une « fuite en avant » militaire de la part de l’administration Bush. En effet, Poutine a proposé aux Etats-Unis que les deux pays rompent conjointement avec les « règles du jeu » géopolitiques héritées de la Guerre froide et qu’ils oeuvrent à une nouvelle forme de coopération entre nations.

Un exemple à suivre serait la mise en place de partenariats entre la Russie, la Chine et d’autres pays asiatiques autour du Pont terrestre eurasiatique. Ce genre de développement économique à grande échelle et les mesures de réorganisation financière qu’il implique constituent la seule porte de sortie pour des Etats-Unis, eux-mêmes menacés par la pire crise économico-financière de son histoire. C’est une approche dont les cercles dirigeants de la Russie ont pu s’inspirer de Lyndon LaRouche au cours des derniers mois.

La décision de Poutine de participer « au front antiterroriste des Etats-Unis » - mais dans certaines conditions et pas à n’importe quel prix - a été prise, au plus tard, lors de ses réunions des 22-23 septembre avec les principaux responsables des « ministères de la force ». On a de toute évidence conclu que la Russie n’avait pas la possibilité d’empêcher directement une action militaire américaine en Afghanistan, même si une telle intervention risque d’avoir des conséquences désastreuses pour toute l’Asie centrale. Dans cette situation, Poutine cherche à en limiter les pires conséquences, tout en accroissant la marge de manoeuvre de la Russie - et d’autres nations - dans la grave crise militaire, politique et financière qui s’ensuivra à coup sûr.

Sans mettre explicitement sur la table la question décisive de l’effondrement financier, Poutine fait en sorte qu’à mesure que le krach s’accélère et que la faiblesse des Etats-Unis devient de plus en plus manifeste, la possibilité d’organiser une alternative politique s’accroisse aussi. Le président Poutine a offert un soutien amical aux Etats-Unis « dans la bataille contre le mal », tout en définissant des limites bien claires et de principe :

  • il faut s’en tenir au droit international et national ;
  • il faut consulter le Conseil de sécurité des Nations unies, en particulier la Russie et la Chine, avant toute action ;
  • il faut rejeter la théorie du « choc de civilisations » qui est erronée et destructrice ». En outre, la Russie ne participera pas à des opérations militaires directes en Afghanistan.

Ironiquement, on peut voir dans l’offre de Poutine comme une image réfléchie de la proposition faite le 23 mars 1983 par le président Reagan pour que les deux nations coopèrent dans la promotion d’une révolution scientifico-technologique et militaro-stratégique, sous forme d’un programme de défense antimissiles (IDS). A cette époque, la coopération sur les technologies de pointe de l’IDS fournissait la seule porte de sortie possible à l’économie soviétique autrement condamnée à l’effondrement, comme LaRouche l’avait prédit à cette époque. Aujourd’hui, ce sont les Etats-Unis qui s’enlisent et c’est la Russie - malgré ses propres faiblesses profondes - qui propose une porte de sortie.

Malheureusement, Poutine n’a pas explicitement énoncé cette dimension économique cruciale dans son discours de Berlin, pas plus qu’il n’a soulevé le fait que les attentats du 11 septembre n’auraient pas pu arriver sans la complicité de réseaux à l’intérieur du renseignement et d’autres institutions américaines - fait que d’importants spécialistes du renseignement russe ont souligné à plusieurs reprises ces deux dernières semaines. Les intentions de Poutine n’apparaissent clairement que lorsque nous considérons tout le contexte dans lequel il a prononcé son discours.

Quelques remarques de Poutine sur la coopération en Europe

Une ville ayant une tradition très particulière, « l’esprit de liberté et d’humanisme, apportés ici par Guillaume de Humboldt et par Lessing » : les termes choisis par le Président russe pour évoquer Berlin le 25 septembre sont plutôt inhabituels pour un dirigeant international d’aujourd’hui.

S’exprimant en allemand, « la langue maternelle de Goethe, Schiller et Kant », Poutine a déclaré : « Nul ne met en doute la grande valeur des relations entre l’Europe et les Etats-Unis. Tout simplement, je pense que l’Europe consolidera largement et pour longtemps sa réputation de centre politique mondial puissant et effectivement indépendant si elle parvient à unir ses propres potentialités à celles de la Russie, avec les ressources humaines, territoriales et naturelles, avec le potentiel économique, culturel et défensif de la Russie. »

Ce thème du développement de potentiels économiques et politiques à l’échelle mondiale a été élaboré par Poutine le 26 septembre dans son discours à la Villa Huegel de la Fondation Krupp, à Essen. Le président russe y a en effet évoqué à plusieurs reprises la « Grande Europe ». « Le temps est venu, dit-il, de penser aussi aux paramètres qualitatifs de notre coopération. Je ne veux pas simplifier quoi que ce soit ici, et je n’ai pas l’intention d’affirmer que la Russie prévoit de construire sa richesse à l’avenir principalement sur l’exportation de gaz naturel et de pétrole brut. La Russie s’intéresse à l’expansion de la coopération dans le domaine de la sécurité énergétique en Europe. Au-delà, en cas de conflits régionaux, la Russie s’engage à fournir de l’huile minérale, et je l’affirme sans le moindre doute. (...) Mais je dois aussi ajouter que notre coopération dans le domaine des technologies de pointe est aussi importante pour l’avenir que l’est notre coopération dans le secteur énergétique. La Russie fait partie des premiers pays dans les domaines de la construction aéronautique et de la technologie spatiale. » Poutine a ajouté que la physique nucléaire et la biologie moléculaire sont des domaines où il souhaite une coopération plus étroite avec l’Europe.

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