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RIA Novosti

Russie-Syrie : des relations économiques en pleine extension

La rédaction

par Vassili Zoubkov et Marianna Biélenkaï, RIA Novosti

Le Président syrien Bachar al-Assad effectue une visite à Moscou. Cette fois-ci, à la différence de son précédent déplacement, en janvier 2005, l’accent devrait être mis sur les questions politiques plutôt qu’économiques. La situation au Proche-Orient est actuellement bien trop compliquée. Et pourtant, le sort de dizaines de projets économiques et commerciaux conjoints dépend de la façon dont se développeront les événements dans la région.

Rappelons que la précédente visite de Bachar al-Assad en Russie avait abouti à un accord de principe sur le règlement du problème de la dette, qui avait freiné pendant longtemps le développement normal des relations économiques et commerciales bilatérales. Un accord intergouvernemental portant, entre autres, sur l’annulation de 73 % de la dette syrienne a été signé le 29 mai 2005 à Damas. Cet accord, ainsi que la compréhension mutuelle intervenue entre la Russie et la Syrie au plus haut niveau, ont imprimé une impulsion à la coopération économique et commerciale bilatérale.

L’optimisme qu’éprouvaient alors les hommes d’affaires des deux pays les a incités à espérer pouvoir rapidement porter le chiffre d’affaires des échanges bilatéraux à 1 milliard de dollars, le niveau auquel ils se situaient en 1992. Ils s’attendaient à un miracle, qui ne s’est pas produit. Le record n’a pas été battu, mais la tendance à la croissance s’est stabilisée. Ainsi, selon les chiffres du ministère russe du Développement économique et du Commerce, les échanges commerciaux bilatéraux se sont montés à 152,7 millions de dollars en 2001, 233 millions en 2003, 465,6 millions en 2005 et à 334,6 millions pour la période janvier-août 2006.

En 2005, la Russie a exporté en Syrie des machines, des biens d’équipement et des moyens de transport (17,6 %), des produits pétroliers (32,3 %), des laminés de métaux ferreux et des tubes (23,5 %), du bois et des pâtes et papiers (9,2 %), ainsi que des engrais, des céréales. Elle a importé de Syrie des produits alimentaires (41,9 %), des produits de l’industrie légère (13,1 %) et d’autres marchandises.

Il ne faut pas oublier que le chiffre d’affaires des échanges commerciaux ne reflète pas la totalité de la coopération bilatérale.

Dans la période 1993-2005, différentes entreprises russes ont été retenues pour la réalisation de plusieurs dizaines de projets en Syrie. Dmitri Poumpianski, coprésident du Conseil d’affaires russo-syrien, fondé en septembre 2004, et patron de TMK, premier fabricant russe de tubes en acier, rappelle que des projets d’investissement portant sur plus de 2 milliards de dollars sont actuellement à l’étude. Par exemple, le projet d’un complexe hôtelier sur la Méditerranée en est au stade de la concertation définitive avec la société Intourist-Sinara. Le problème de l’achat par la Syrie d’avions de ligne (trois Il-96 et quatre Tu-204) est à l’étude, après les négociations russo-syriennes de juin 2006.

La coopération dans le domaine des transports est considérée comme des plus prometteuses. La Syrie est intéressée à coopérer avec la Russie dans l’établissement de projets, la construction et l’exploitation d’autoroutes et de ponts. Les deux parties ont décidé d’autoriser le transport de fret dans les deux sens et en transit. La coopération bilatérale se développe également dans le domaine du transport maritime. La Russie et la Syrie ont, en outre, signé en juin dernier un mémorandum de compréhension spécifiant les secteurs de coopération entre les services ferroviaires des deux pays.

Les projets dans ce domaine revêtent un caractère stratégique, à la lumière de la création de corridors ferroviaires Nord-Sud et Ouest-Est, estime Dmitri Poumpianski, car ils pourraient relier l’Europe et la Russie, via la Transcaucasie, à la Turquie, à la Syrie et aux pays du Golfe. Le développement de ce projet intéresse des sociétés pétrolières, chimiques et sidérurgiques russes, car il permettrait d’accroître le potentiel d’exportation du Sud de la Russie, dont le développement est bloqué actuellement par les possibilités de navigation limitées dans le Bosphore et les Dardanelles.

L’intérêt porté au transport s’explique, à bien des égards, par le fait que les hommes d’affaires russes considèrent la Syrie comme un partenaire important au niveau aussi bien bilatéral que régional. D’autres projets le confirment également.

Par exemple, la compagnie pétrogazière ITERA est vivement intéressée par la réalisation du projet de gazoduc arabe Egypte-Jordanie-Syrie-Turquie, tandis que Stroytransgaz a déjà signé des contrats pour la construction d’une tranche de 324 km de cette canalisation. Il existe aussi des projets de prolongation des conduites irakiennes passant par le territoire syrien, si la situation en Irak se stabilise, bien entendu.

Il est difficile d’évoquer la totalité des projets auxquels prennent part des entreprises russes, car ceux-ci sont de plus en plus nombreux, qu’il s’agisse de programmes engagés à l’époque soviétique ou de nouveaux projets. En voici quelques exemples.

Dans le domaine de l’énergie, la centrale russe Zarubezhenergostroy continue d’assurer le fonctionnement des centrales hydrauliques de l’Euphrate et Al-Baas. Ses spécialistes apportent leur concours à l’exploitation de la centrale thermique de Tishrin. Ces ouvrages avaient été construits avec l’assistance de l’Union soviétique. A l’heure actuelle, un projet de participation de spécialistes russes à l’extension de la centrale de Tishrin est à l’étude.

La coopération se poursuit aussi entre la société russe Sovintervod et des organisations syriennes dans le domaine des ressources hydrauliques, de l’irrigation et de la mise en culture des terres. Certains contrats passés n’ont pas encore été avalisés par le ministère syrien de l’Irrigation. Ce retard risque, estiment les spécialistes russes, de réduire l’efficacité de l’exploitation des terres agricoles et d’aggraver la situation écologique dans les années à venir.

La coopération se développe avec succès dans le secteur pétrogazier. La moitié environ du pétrole syrien (soit 11,2 millions de tonnes) est produite avec le concours des spécialistes russes ; 64 puits ont été mis en service en 2005. Durant les neuf premiers mois de 2006, 8,4 millions de tonnes de pétrole ont été produites, et 62 puits mis en exploitation. Différentes sociétés russes opèrent dans ce secteur, telles Tatneft, Soyuzneftegaz, Stroytransgaz. D’autres compagnies sont en négociations sur des projets de coopération.

Les constructions mécaniques forment un autre domaine où la coopération progresse rapidement. La compagnie AMU (Automobiles et moteurs de l’Oural) projette de créer en Syrie une coentreprise pour construire des camions ZIL-130 et ZIL-131 et des châssis servant à la construction, sur cette base, d’engins de chantier et de terrassement pour l’armée et les organisations civiles. Une entente est intervenue, entre la Syrie et le groupe russe Kamaz, pour lancer l’assemblage de véhicules dans la zone industrielle de Hassiya. Kamaz a livré à la Syrie un millier de véhicules ces dernières années.

Tous ces exemples, ainsi que d’autres projets de coopération, confirment l’existence d’un potentiel important, mais pas encore exploité à plein rendement, du dialogue russo-syrien. L’essentiel est que la situation politique au Proche-Orient ne remette pas en cause les plans des hommes d’affaires.

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