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Sarkoléon et la Libye :
républicanisme contre bonapartisme

La rédaction

Par Christine Bierre

A droite, beaucoup de figures politiques nationales confondent l’amour du progrès de la nation mis au service d’un idéal républicain de bien commun qu’exprimaient un de Gaulle, un Jean Jaurès ou un Lazare Carnot, et le bonapartisme, la quête de la gloire obtenue par l’emploi de la force militaire et le vol des richesses d’autrui au bénéfice d’un pouvoir despotique ou d’une oligarchie financière. Nous pensons évidemment à Nicolas Sarkozy, à Henri Guaino, son conseiller de l’ombre, et à Dominique de Villepin, pour ne citer que quelques bonapartistes avoués.

Sans que nous soyons pour autant favorables à Mouammar Kadhafi, la guerre de Nicolas Sarkozy contre le dictateur libyen, à laquelle se sont joints ensuite l’Angleterre et les Etats-Unis d’Obama, est l’exemple même du bonapartisme. Car sous prétexte de « libérer » un peuple, on use de la force militaire pour établir son pouvoir dans une région et pour acquérir des droits sur ses richesses pour la petite oligarchie financière qui règne sur notre pays.

Cette guerre, elle est aussi du plus mauvaise augure pour la période à venir, car dans le contexte de l’effondrement du système monétaire international adopté après la mort du système de Bretton Woods en 1971, que nous sommes en train de vivre, ce n’est pas un nouvel ordre plus juste qui se construit, mais, au contraire, les vieilles notions d’équilibre de pouvoir du XIXe siècle qui ressurgissent, tels des fantômes, des placards. On ne craint plus de marcher sur nos anciens alliés pour s’accaparer tel ou tel bout de pouvoir. En l’occurrence l’Italie qui, en raison de l’histoire et de sa position géographique, avait construit les relations commerciales les plus fortes avec la Libye et qui n’hésite plus à crier trahison contre la France.

Ce sont deux journalistes transalpins, Franco Bechis, rédacteur en chef du journal de droite libérale Libero, et Manlio Dinucci, journaliste à Il Manifesto, cités par le Réseau Voltaire, qui ont révélé les dessous de cette « croisade » française en Libye, illustrant les conflits inter-coloniaux qui émergent dans cette période. S’appuyant sur des documents de la DGSE et des informations publiées par la lettre Maghreb Confidential, Bechis rapporta que les débuts de la révolte de Benghazi remontent à octobre 2010 et que la France en fut dès le début partie prenante.

Octobre 2010 fut le moment choisi par un très proche de Kadhafi, Nouri Mesmari, ancien chef du protocole de la Libye, pour trahir le pouvoir kadhafiste et passer en France. Après avoir justifié son séjour en France pour des raisons de santé, Mesmari a fini par demander l’asile, en décembre 2010.

C’est à cette époque que les alliés de la nouvelle Libye commencent à se répartir le gâteau de la victoire. Dès début novembre, un drôle de manège a lieu à l’hôtel Concorde Lafayette où Mesmari a pris ses quartiers. On aurait vu des alleés et venues d’étroits collaborateurs du Président français, puis le 18 novembre, le départ d’une première délégation française pour Benghazi, avec des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, des dirigeants de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de Soufflet, Louis Dreyfus, Glencore, Cani Céréales, Cargill et Conagra.

Le 28 avril, Franco Bechis crie une fois de plus au crime et dénonce la tentative française d’évincer l’Italie de Libye. Il révèle le départ de l’aéroport militaire d’Orly, le 13 avril, camouflée au sein d’un vol militaire d’aide humanitaire, d’une importante délégation d’hommes d’affaires français en direction de Benghazi, parmi lesquels des responsables d’EADS, Total et Vinci. A Benghazi, la vingtaine d’hommes d’affaires était attendue par des dirigeants du Conseil national de transition (CNT), les opposants à Kadhafi, notamment par Abdelhafez Ghoga et Saiwa Fawzi, alors qu’un responsable de Total rencontrait séparément Wahid Buhaigis, le responsable des affaires pétrolières de la rébellion de Benghazi.

Pour Manlio Dinucci, la reconnaissance précipitée par la France du Conseil national de transition (10 mars) et le sommet de Londres (30 mars) ont permis aux groupes pétroliers occidentaux, et surtout anglo-américains et français, d’obtenir des termes tout à fait accommodants pour l’exploitation pétrolière dans le pays.

Si l’ouverture du marché pétrolier à des compagnies étrangères avait été faite en 2003, le pouvoir libyen s’était arrangé pour réserver le monopole de l’exploitation, à 90%, à la National Oil corporation de Libye (NOC). Voilà ce qui a changé depuis le début de la révolte, selon le Wall Street Journal. Le Conseil national de transition a créé la « Libyan Oil Company », comme une coquille vide prête à remplacer la NOC dès que le pouvoir serait passé aux mains des insurgés. Selon Dinucci, sa mission sera de concéder des licences à des conditions extrêmement favorables aux compagnies étasuniennes, britanniques et françaises, au détriment non seulement des italiennes et allemandes, mais aussi des russes et chinoises, à qui Kadhafi a promis le 14 mars dernier des conditions particulièrement favorables en cas de victoire.

Dinucci nous apprend aussi que se créait en même temps, à Bengazhi, la « Central Bank of Libya », autre coquille vide qui sera chargée de gérer ultérieurement les fonds souverains libyens – 150 milliards de dollars investis à l’étranger — quand ils seront dégelés par les Etats-Unis et autres puissances.L’heureux vainqueur serait là le premier groupe bancaire britannique HSBC, qui garde déjà près de 25 milliards de fonds libyens « gelés » !

Pour la conquête de cet eldorado dans le désert, Nicolas Sarkozy est prêt à risquer l’engagement français dans une guerre qui s’avère de plus en plus inextricable.

La « guerre » de Nicolas le petit

L’état d’esprit survolté de notre Président et l’ampleur de l’engagement français ont été décrits par un article récent dans le Canard Enchaîné, citant un collaborateur d’Alain Juppé, pour qui « la Libye, c’est sa guerre », ainsi que des responsables du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) selon qui, « pour le Président, la Libye est un Afghanistan de proximité ».

Dépassant largement le cadre de la résolution des Nations unies, le gouvernement a fini par avouer le 20 avril – avec 21 jours de retard – qu’il avait envoyé une cinquantaine d’« officiers de liaison » à Benghazi, en collaboration avec des Italiens et des Anglais, chiffre qui ne tient pas compte des conseillers militaires, instructeurs en armement et barbouzes en tout genre. De plus, le Canard révèle que des livraisons d’armes sont faites via le Qatar et surtout le Niger, où elles sont préparées par des ex-barbouzes libyennes, en collaboration avec le service action de la DGSE.

Et c’est là où la quête de gloire est contraire non seulement à l‘intérêt des pays ainsi violés, mais aussi à ceux de la France, car cette nouvelle guerre coloniale qui nous déshonore, risque de plus de devenir un bourbier pour la France.


Pour creuser :


Voir les 3 commentaires

  • Colbert_ • 12/05/2011 - 23:33

    Contrairement à l’Empire britannique, la France n’a pas à rougir des son passé colonial. La colonisation française a été extrêmement positive sur tous les continents en y favorisant partout le développement et la culture. Pour ne citer qu’un seul exemple, Pondichéry n’a pas souffert lors du raz de marée ( "tsunami" si vous préférez ) de décembre 2004 grâce à la "digue des Français" qui était à la bonne hauteur.

    Je suis d’accord : aucun peuple n’est parfait. Il est vrai que Voltaire ( est-il vraiment français ? ) a financé le commerce triangulaire ( la traite des esclaves, même si c’était a une échelle moindre que la traite musulmane ). Il est vrai aussi que la guerre du Mexique de napo_3 fait tache dans notre histoire.

    Mais vraiment là, il sera facile de construire du positif sur la chute de Khadafi ! :’-))

    Cordialement

    Répondre à ce message

  • petite souris • 12/05/2011 - 12:45

    .... et aujourd’hui, les avions de la "coalition" ont bombardé l’ambassade de la Corée du nord à Tripoli ....

    Coïncidence ???? ou Malchance ????

    Répondre à ce message

  • Mbella Mbella Serge • 12/05/2011 - 01:48

    Cela est encore une fois, une très bonne description convaincante de l’esprit qui anime Sarkozy et sa troupe en Lybie.

    Par contre, il ne faut même pas une seconde craindre les évènements qui se produisent car ils sont les prémices de l’effondrement d’un système qui cherche une roue de secours à travers la guerre. Mais les dés sont jetés pour ce système financier et le problème Lybien est un piège afin de couler tout le système financier. En ce sens Kadhafi, Sarkozy et le reste couleront. La mort de Kadhafi n’arrangera rien mais au contraire créera l’instabilité totale et l’impossibilité d’exploiter le 1/100 ième du pétrole Lybien. Rien n’est fini. L’empire financier meurt et rien ne semble capable d’empêcher sa mort. La Lybie démocratique n’existera pas tant que de vraies réformes comme un Glass-Steagall global ne sera pas opéré afin de relancer les vrais projets de développement.

    Répondre à ce message

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Pour quoi se bat  ?

« Élever à la dignité d’homme tous les individus de l’espèce humaine » Lazare Carnot

Solidarité et progrès est le parti du travail humain. Nous voulons :
- que les capacités créatrices de chaque être humain soient libérées pour le bien commun ;
- que personne ne puisse être exploité ou abusé ;
- que les féodalités financières soient mises hors d’état de nuire.

Notre but est donc de vaincre la City, Wall Street et leurs complices européens. En menant :
Une politique internationale de détente, d’entente et de coopération entre peuples et nations, dont les Nouvelles Routes de la soie sont l’amorce. Comme on ne peut les bâtir sur le sable mouvant du système dollar actuel, construisons-les avec le ciment d’un nouveau système monétaire international, ce Nouveau Bretton Woods pour lequel nous nous battons avec nos alliés dans le monde.
Une politique de crédit public national finançant en priorité l’école, la production, l’hôpital et le laboratoire. Le nécessaire préalable pour libérer ce crédit est une moralisation de la vie bancaire (un Glass-Steagall contre les spéculateurs). Mettons-le en place, comme à la Libération !
La sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN, instruments de l’oligarchie financière. Associons-nous avec les autres pays d’Europe et du monde en vue de grands projets de développement mutuel : espace, essor de l’Afrique libérée du franc CFA, économie bleue, énergie de fusion, numérique, création d’emplois qualifiés.

La France doit donner l’exemple. Battons-nous donc ensemble, avec l’arme d’une culture de la découverte et du rire contre le respect qui n’est pas dû.

La politique de en vidéo

Animations réalisées lors de la campagne présidentielle Cheminade 2017.

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en chiffres

La part des dons de personnes physiques dans les ressources financières de S&P.

Le nombre de candidats présentés par S&P lors de 116 campagnes électorales locales et nationales.

Fondation de Solidarité & progrès suite à la dénonciation du "cancer financier" par Jacques Cheminade.

La part allouée à S&P sur les 70 millions d’aide de l’Etat aux partis politiques.

Actions politiques et citoyennes entreprises (au minimum !) par S&P sur une année.

a vu juste sur...

La crise financière de 2008

Lors de sa campagne présidentielle de 1995, où Jacques Cheminade met en garde contre la spéculation insensée sur l’immobilier et les produits dérivés. Il publie ensuite son alternative au monétarisme dans l’ouvrage « Un plan de relance par le crédit productif public. »

La dérive néo-conservatrice de l’administration Obama

Ainsi que nos amis américains, nous avons dénoncé l’emprise du parti de la guerre sur l’administration Obama bien avant le scandale des écoutes illégales ou celui des assassinats "extra-judiciaires", y compris de citoyens américains.

La nature de la guerre en Syrie et le terrorisme

S&P a démasqué dès 2012 (vérifie) l’instrumentalisation des mouvances terroristes pour renverser certains régimes, dont la Syrie.

L’extrême-droite et néo-nazis en Ukraine

Dès le rejet du traité de libre association par le gouvernement ukrainien fin 2013, nous dénoncions le soutien insensé des occidentaux à des mouvances néo-nazies dans le but d’élargir l’OTAN aux frontières de la Russie.

La confiscation des dépôts bancaires ou "bail-in"

Bien avant janvier 2016 et l’application effective d’une directive européenne permettant de renflouer les banques avec l’argent des déposants, nous avons dénoncé dès 2013 cette logique confiscatoire et destructrice.

Le Tsunami financier qui vient

C’est vrai que beaucoup d’économistes en parlent, en tout cas bien plus qu’avant la crise de 2008 ! Et pourtant aucun ne défend la politique de crédit public démocratique qui nous permettrait d’éviter un choc économique sans précédent.

et la vraie Europe

La vraie question est la nécessité de mettre en place un nouvel ordre économique international fondé sur le développement mutuel, en partenariat avec la conception de la Nouvelle route de la soie que portent les BRICS.

L’Union européenne (UE) est devenue le cheval de Troie de la mondialisation financière, de la City et de Wall Street. L’euro en est le vice financier et l’OTAN le bras armé. C’est pourquoi il faut en sortir, mais pas pour faire un saut dans le vide.

Il faut refonder la vraie Europe, l’Europe des peuples, des patries et des
projets, la version du plan Fouchet de 1962 pour le XXIè siècle. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de repartir de l’avant, avec une monnaie commune de référence porteuse de grands projets : ni monnaie unique servant l’oligarchie financière, ni deux monnaies qui ne seraient pas gérables.

Une vraie Europe ne peut se construire sans réelle participation citoyenne. Construisons une France et une Europe que serve réellement le progrès économique et social, contre tout dévoiement financier et géopolitique.

pour une écologie humaine

S&P promeut une écologie responsable et humaine, s’inspirant notamment des travaux de Vernadski sur la Biosphère et la Noosphère.

Nous condamnons les mouvements obscurantistes qui prônent un écologisme "Malthusien" (l’idéologie de Thomas Malthus) qui considèrent que les ressources de la planète sont limitées. Ces mouvements aboutissent fatalement à la conclusion inadmissible qu’il faut imposer une politique de dépopulation.

Ainsi, la première des ressources est pour nous la créativité humaine, la faculté qu’a l’Homme de comprendre et de transformer le monde qui l’entoure.

L’être humain a une responsabilité, et c’est pour cela qu’il faut sortir de la mondialisation prédatrice.

et l’énergie

Il est fou de vouloir sortir du nucléaire, qui est l’expression d’une découverte humaine. Cependant, il doit être réinventé pour en faire un nucléaire citoyen du XXIe siècle, qui nous donnera les moyens d’accueillir les générations futures.
Nous sommes pour la conception de réacteurs de IVe génération et la mise en place d’un programme de recherche accéléré vers la fusion thermonucléaire contrôlée.

Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
Le nucléaire est, enfin, la "clé" de l’énergie nécessaire à la propulsion des voyages spatiaux, qui définissent l’étape prochaine de notre Histoire.

Défendre le travail humain, c’est rejeter totalement les logiques actuelles de rentabilité à court terme. Se battre pour le nucléaire, c’est se battre pour le fondement d’un monde élargi et plus juste.

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