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Tony Blair et le Moyen-Orient : Sykes Picot ou la paix

La rédaction

par Dean Andromidas, EIR, 8 février 2008


A la question du Washington Post : « Pensez-vous que la voie syrienne doive être poursuivie ? », le ministre de la Défense israélien Ehud Barak a répondu : « Je pense que nous avons montré (...) un respect pour la Syrie, ses intérêts et ses dirigeants. Nous attendons d’eux qu’ils fassent de même pour Israël. Si ce type de rapport fondamental se développe, je pense que la piste syrienne est (...) potentiellement positive ». Le journaliste poursuivit alors : « Je pensais que les Etats-Unis s’étaient opposés aux négociations israéliennes avec la Syrie ». La réponse du ministre fut claire : « Je pense que ces dernières années, ils ont réalisé que nous comprenions mieux la question syrienne. »

Depuis l’automne dernier, Lyndon LaRouche a insisté sur le fait qu’une paix israélo-syrienne peut être conclue dans un futur très proche et qu’elle est un élément indispensable pour parvenir à la paix israélo-palestinienne et inverser la dynamique de guerre dans toute la région. Mais depuis la conférence d’Annapolis, les négociations israélo-syriennes n’ont pas avancé, faute de soutien de la part de l’administration Bush. Et ce refus américain entre directement dans le jeu géopolitique des Britanniques qui cherchent à répandre un chaos généralisé avant l’effodnrement du système financier. Cette impasse dans les négociations israélo-palestiniennes a mené à une escalade des violences, tandis qu’au Liban, le récent regain de tension a ravivé les peurs d’un conflit intérieur. De plus, malgré cette volonté de dialogue israélo-syrienne, la possibilité d’un affrontement ne peut être exclue.

Dénonçant la main britannique derrière cela, Lyndon LaRouche a attiré l’attention sur le fait que la plupart des protagonistes dans la région ne comprennent pas cette stratégie d’orchestration du chaos. Ils ne comprennent pas que les Britanniques n’aiment pas faire la guerre, mais cherchent à monter les adversaires l’un contre l’autre pour qu’ils se détruisent. C’est ce qui se passe au Liban, en Iran et dans toute l’Asie du Sud-Ouest, a-t-il dit.

Blair, un envoyé spécial très... spécial

Les Britanniques dirigent le Moyen-Orient comme ils l’ont fait depuis les accords de Sykes Picot en 1916. Comme à l’époque, ils ont toujours un haut commissaire dans la région en la personne de Tony Blair. En tant qu’envoyé spécial du Quartet - Nations unies, Union européenne, Etats-Unis et Russie - il est en position influente et son rôle actif dans le lancement de la guerre en Irak ne peut que rendre sa présence douteuse. D’autant plus que, non content d’échapper à une supervision stricte, comme il aurait dû s’y soumettre sous mandat de l’ONU, sa mission loue, sur les fonds destinés à l’autorité palestinienne, dix chambres à l’année dans le seul hôtel 5 étoiles de Jérusalem-est pour un coût annuel de 1,3 millions de dollars.

Mais pour qui travaille-t-il ? Si le quartet n’a jamais vraiment fonctionné depuis sa création, on peut alors se demander si Blair travaille là-bas pour le compte de ses nouveaux employeurs, la banque américaine JP Morgan Chase et l’assureur suisse Zurich Financial Services.

Par son action - ou son inaction - il sert en réalité ce jeu britannique de chaos contrôlé. Par exemple, il n’a rien fait pour améliorer le niveau de vie indécemment bas des Palestiniens, alors que c’est un préalable à toute paix. Et aujourd’hui, la paix passe par un rapprochement entre le Fatah et le Hamas, plutôt qu’en attisant la confrontation, à l’image du directeur pour le Moyen-Orient du Conseil de sécurité national de Bush, Elliott Abrams.
Ce n’est pas pour rien si le négociateur paletinien en chef, Yasser Abed Rabbo, donne à Blair « 5 % de chance » de réussir dans sa mission, car d’après un article du Times de Londres, il refuse systématiquement de confronter les Israéliens sur la nécessité de lever les blocus routier, maritime et aérien. Hors, pour que le projet de parc industriel proposé par Blair puisse marcher, il faudrait pouvoir rétablir la liberté de déplacement et de transport. Blair n’a rien fait pour autoriser à nouveau les livraisons de ciment dans la bande Gaza, faute de quoi la nouvelle station d’épuration ne pourra être achevée, ce qui va poser un problème sanitaire majeur dans les prochains mois. D’ailleurs, ni Blair, ni aucun de ses représentants ne se sont rendus à Gaza depuis sa prise de fonction.

Cette inefficacité complice de la part de Blair a directement contribué à l’exode forcée vers l’Egypte de 700 000 Palestiniens en quête de nourriture, de carburants et autre ravitaillement, alors que le programme d’aide alimentaire de l’ONU est entravé par le bouclage des frontières. Ces conditions terribles ne manquent évidemment pas de provoquer la fureur des populations arabes de toute la région.

Nous noterons par ailleurs, puisque la direction du Hamas est basée à Damas, que le dialogue israélo-syrien reste d’autant plus une clé du déblocage de la situation palestinienne.

Le Liban dans l’incertitude

Alors qu’Ehud Barak déclarait au Washington Post qu’Israël était prêt à négocier avec la Syrie, un incident survenu lors d’une manifestation du mouvement chiite Amal dans le fief du Hezbollah, pour protester contre l’inflation des prix et les coupures d’électricité à Beyrouth-sud, a fait 8 morts et 29 blessés. Mais la police a indiqué que plusieurs des victimes avaient été la cible de snipers postés sur le toit des immeubles alentour. Une source du renseignement libanais a souligné que cet incident semblait avoir comme but d’amener l’armée à tirer sur des chiites pour provoquer un conflit entre les différentes communautés libanaises. Le Hezbollah a demandé une enquête, mais selon cette source, il est fort peu probable que l’armée soit impliquée dans un tel incident.

Cette provocation intervient alors qu’un nouveau Président doit être désigné et que le consensus vers lequel la majorité et l’opposition semblaient se diriger - l’élection du chef d’état-major des armées, le général Sleiman - a pris du plomb dans l’aile depuis la visite de David Welsh, du département d’Etat américain, et d’Eliott Abrams, lui-même proche de Cheney. Les deux hommes ont fortement insisté auprès du gouvernement Signora et de la majorité parlementaire pour que le vote soit reporté à une période où les évènements seront « plus favorables ». Lors d’un discours le 15 janvier, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s’est demandé si les envoyés américains faisaient référence à une attaque contre l’Iran ou la Syrie, ou s’ils prévoyaient de pousser Israël à attaquer le Hezbollah au sud-Liban. Il a indiqué, à l’instar de nombreux experts dans la région, qu’une telle attaque incluerait sans doute une offensive contre la Syrie, ce qui déclencherait des bombardements intensifs de tout le territoire israélien par l’armée syrienne.

Ces scénarios cauchemardesques seraient réduits à néant si un processus de paix israélo-syrien voyait le jour. Il y a un consensus d’ensemble pour dire qu’avec l’appui de la présidence des Etats-unis, un accord pourrait être signé en quelques semaines.

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