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Une gifle pour Bolton - et Bush

La rédaction

Le 12 mai, les membres de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain (10 républicains, 8 démocrates) n’ont pas trouvé de majorité pour soutenir la nomination de John Bolton au poste d’ambassadeur américain à l’ONU. Ils ont tout juste voté de renvoyer la nomination à un débat en séance plénière au Sénat, sans faire de recommandation - procédure pour le moins inhabituelle. On peut s’attendre à ce que le vice-Président Dick Cheney, qui a personnellement choisi ce néo-conservateur parmi les conservateurs, intensifie brusquement les pressions et autres intimidations sur les sénateurs républicains.

La sénatrice démocrate Barbara Boxer - celle-là même qui avait contesté la légitimité de l’élection de Bush-Cheney en janvier dernier - a intenté une procédure de « gel », ce qui implique que le débat ne pourra s’ouvrir en séance plénière tant que ce blocage ne sera pas levé, soit par Mme Boxer elle-même, soit par le vote d’au moins soixante sénateurs (sur cent). Pendant ce temps, le mouvement larouchiste va tout faire pour convaincre les élus de la nécessité de voter contre Bolton.

Or, chez les républicains de la Commission des Affaires étrangères qui, plutôt que de rejeter sa nomination dès le niveau préliminaire de la Commission, préfèrent attendre la séance plénière pour le faire, on a vu apparaître une tendance dangereuse : bien qu’ils trouvent le postulant tout à fait incompétent, ils estiment devoir à George W. Bush de laisser à l’ensemble du Sénat le soin de débattre de son choix. C’est le cas du républicain George Voinovich qui, pendant le débat à la Commission, a fustigé l’ancien sous-secrétaire d’Etat chargé des questions de désarmement, le traitant d’exemple de « ce qu’un diplomate ne doit pas être ». Les Etats-Unis sont critiqués dans le monde aujourd’hui pour « leur arrogance, leur unilatéralisme et leur refus d’écouter et de rechercher le soutien de leurs amis et alliés ». Or ce sont justement les grandes positions soutenues par Bolton.

Les démocrates de la Commission ont souligné que le problème principal n’est pas la personnalité fort désagréable du candidat pressenti, mais ses tentatives répétées de déformer le renseignement stratégique et de mettre à la porte tout analyste qui ne lui fournissait pas les réponses qu’il attendait.

Entre-temps, d’autres révélations ont été faites sur l’« unité de renseignement » que Bolton avait personnellement créée au sein du département d’Etat, pour servir de contrepoids au Bureau de renseignement et de recherche (INR) officiel. Bolton estimait que ce dernier se montrait trop sceptique vis-à-vis des éléments retenus par l’administration Bush pour prouver que Saddam Hussein disposait d’un programme viable d’armes de destruction massive. Son unité (Bureau de vérification et de conformité) contredisait aussi les évaluations à propos de Cuba. On notera également les liens entre ce bureau et l’Office des plans spéciaux de Doug Feith au Pentagone, qui avait pour objet de fournir au Président et à son vice-Président une évaluation « différente » de celle de la CIA.

Malgré tous ces éléments, les dix membres républicains de la commission des Affaires étrangères ont rendu possible la poursuite du débat sur la confirmation de la nomination de John Bolton. Si, maintenant, les sénateurs devaient céder aux pressions de la Maison Blanche et finir par approuver le choix de Bush durant la séance plénière, ce serait une véritable capitulation devant la branche exécutive. Et une telle lâcheté aurait certainement un impact aux Nations unies mêmes, où d’autres pays seraient plus enclins à céder à leur tour à l’intimidation.

Ce vote est absolument décisif, comme l’a fait remarquer Lyndon LaRouche, qui est allé jusqu’à tracer un parallèle avec la période de la montée au pouvoir d’Hitler, en 1933-34. Au début, de nombreuses forces institutionnelles - dans l’armée, les partis politiques, la société civile - furent épouvantées par la manière dont le parti nazi réprimait l’opposition. Mais par peur, par couardise, par paresse, ils ont laissé faire, alors qu’ils auraient pu arrêter le mal avant sa consolidation. Après, ce fut trop tard.

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