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Une « nouvelle Commission Pecora » pour défendre la souveraineté nationale

La rédaction

Cet article est extrait du journal Nouvelle Solidarité du 23 janvier 2009


Par John Hoefle, EIR

Le mythe le plus pernicieux qui subsiste à propos du système financier actuel, c’est qu’il serait, dans l’ensemble, honnête, bien qu’il existe ici où là des cas de corruption. Or, c’est le contraire qui est vrai : ce système est si corrompu qu’il est rigoureusement impossible de le sauver.
C’est dans ce contexte que Lyndon LaRouche appelle à mettre sur pied une « nouvelle Commission Pecora » aux Etats-Unis, comme nous le demandons également ici, en France.

Rappelons que de 1932 à 1934, l’ancien procureur de New York, Ferdinand Pecora (1882-1971), fut le conseiller de la Commission bancaire du Sénat américain, chargée d’enquêter sur les machinations financières ayant mené au krach boursier de 1929, puis à la Grande dépression.

De nombreux dirigeants bancaires ayant fait preuve d’une arrogance, d’une corruption et d’un incivisme sans mesure, furent donc sommés à comparaître devant cette commission, contribuant ainsi à mobiliser le soutien populaire nécessaire au président Franklin Roosevelt pour faire adopter des réformes drastiques.

Aujourd’hui, la situation est bien pire qu’à l’époque. La désindustrialisation et la mondialisation ont pratiquement achevé l’économie réelle, tandis que la plupart des gens confondent finance et économie physique. Au lieu de demander des comptes aux vautours de la finance, le gouvernement vole à leur secours, sous prétexte de sauver les banques mais, en réalité, au détriment de la population. Il ne fait aucun doute qu’aux Etats-Unis comme en Europe, une nouvelle Commission Pecora est indispensable pour aller au fond du problème.

Boucs émissaires

Nous connaissons bien le scénario. Après chaque crise financière, l’on ouvre une enquête ou l’on intente des actions contre certaines personnes très en vue, pour faire croire à la population que les lois sont bien respectées et les escrocs punis, alors qu’il n’en est rien. Ces enquêtes se déroulent, en général, bien après les méfaits, lorsque l’activité incriminée a cessé d’être rentable pour ceux qui la supervisaient, et touchent le plus souvent des personnes bien connues du public, mais pas forcément déterminantes pour le fonctionnement de l’empire financier.

Les poursuites engagées contre Martha Stewart pour délit d’initié, suite au krach boursier de 2000, en sont un bon exemple. L’affaire fut montée en épingle par les médias, donnant aux régulateurs l’occasion de fanfaronner, mais sans changer quoi que ce soit aux pratiques habituelles.

Citons encore l’affaire Enron, le courtier en énergie qui coula en 2001, après avoir arnaqué l’Etat de Californie. Certains de ses responsables furent mis sous les verrous, et ce n’est que justice, mais dans l’ensemble, l’enquête et les poursuites ont servi à dissimuler les vrais responsables, restés dans l’ombre. Ainsi, la campagne médiatique sur les difficultés d’Enron ne s’intéressa qu’à un seul secteur de son activité, de même que l’enquête interne qui s’ensuivit. Les auditions au Congrès et les poursuites judiciaires se cantonnèrent à leur tour aux limites de cette enquête volontairement restreinte. Les responsables emprisonnés n’étaient plus indispensables au jeu, et Enron non plus.

En fait, le géant de l’énergie servit de bélier pour enfoncer la porte de la dérégulation du marché et permettre la création d’un mécanisme similaire au marché spot pour le pétrole brut. Dans cette entreprise, il était conseillé principalement par deux banques, Lazard et Rothschild, qui avaient aussi joué un rôle clé dans la création du marché spot pétrolier. Rothschild avait placé l’un des siens au conseil d’administration d’Enron, et l’un des deux hommes chargés de l’enquête interne était un ancien banquier de Lazard, dont Enron était un vieux client...

Les conditions de la dissimulation ainsi créées, on n’a jamais examiné les multiples accusations de pots-de-vin versés à des fonctionnaires et responsables politiques pour faciliter la dérégulation et autres crimes. Les contrôleurs de l’opération en sont sortis indemnes, laissant les sous-fifres sur la potence.

Une mascarade du même genre se prépare aujourd’hui. La presse publie des listes de cibles, révélant « ce qui s’est vraiment passé » chez Bear Stearns, Lehman Brothers ou AIG, ce qui laisse à penser que l’on restreindra le champ des enquêtes à ces sociétés, sans démasquer tout le système dont elles ne sont que les rouages. D’où l’importance d’une commission d’enquête globale, sur le modèle de la Commission Pecora.

La maison Morgan

L’une des cibles prioritaires des auditions de Ferdinand Pecora était celui qu’on surnomma le « Napoléon de Wall Street », John Pierpont Morgan, ainsi que la banque du même nom. Pour le procureur, l’appareil Morgan représentait « la plus grande concentration de pouvoir entre des mains privées de toute l’histoire des Etats-Unis ». L’on apprit, au fil des dépositions, que Morgan tenait des « listes de choix préférentiels » de personnages puissants dans le milieu de la finance, des affaires, de la politique et de la vie publique, à qui il offrait des titres à un prix préférentiel et d’autres services. Morgan lui-même prétendit qu’il s’agissait de simples transactions commerciales, sans contrepartie !

La Maison Morgan fit ses débuts à Londres en 1851, avec la création de George Peabody & Cie, une banque que rejoignit quelques années plus tard l’américain Junius S. Morgan. Après la mort de Peabody, la banque fut rebaptisée J.S. Morgan & Co. et son bureau new-yorkais, dirigé par le fils, J. Pierpont Morgan, devint JP Morgan & Co. De son rôle initial, consistant à aider Londres à mettre la main sur les chemins de fer américains, la banque Morgan devint un instrument de choix dans la guerre de l’oligarchie financière contre l’économie physique, étendant son champ d’action à la sidérurgie, l’automobile, le chemin de fer et l’électricité.

En s’attaquant à Morgan, ainsi qu’à Kuhn Loeb, Chase, National City Bank, etc., Ferdinand Pecora notifiait à la faction impériale que, du moins aux Etats-Unis, ses activités n’étaient pas au-dessus de la loi. Ses efforts aboutirent à l’adoption de la loi bancaire de 1933, baptisée Loi Glass-Steagall, imposant une stricte séparation entre banques commerciales (de dépôts) et banques d’affaires (d’investissement). En vertu de cette loi, JP Morgan & Co. fut scindée en deux : la banque de dépôt JP Morgan et la banque d’investissement Morgan Stanley.

Au cours des années 1980, les contraintes imposées par la loi Glass-Steagall furent peu à peu assouplies, jusqu’à l’abolition, en 1999, de l’interdiction du mélange des genres. Aujourd’hui, les grandes banques commerciales américaines font toutes partie de conglomérats financiers, trempant dans l’investissement et la spéculation. Isoler les fonctions proprement bancaires de ces monstres demandera des efforts considérables.

Tâches prioritaires de la Commission

La nouvelle commission d’enquête devrait commencer par se pencher sur les activités de Morgan Chase, ainsi que de Citigroup, Bank of America, Wells Fargo et des filiales américaines des deux britanniques, HSBC et Royal Bank of Scotland. Sans parler des banques de placement tout récemment converties en holding bancaire, Goldman Sachs et Morgan Stanley, ni de leurs soeurs défuntes, Bear Stearns, Lehman Brothers et Merrill Lynch.

Par ailleurs, les activités de Lazard et de Rothschild méritent une attention toute particulière, en raison de leur longue histoire de subversion. De taille plus modeste, ces deux banques sont à bien des égards plus puissantes, notamment au niveau du développement des bulles spéculatives. Felix Rohatyn, un ancien directeur de Lazard, a consacré sa longue carrière à promouvoir la faction impériale aux Etats-Unis.

Autres cibles évidentes de la nouvelle enquête : les hedge funds et fonds d’investissements privés, le marché des dérivés et des instruments financiers « structurés » (CDO — titrisations synthétiques). Comment ont-ils été créés, qui les a protégés, comment expliquer l’échec aussi spectaculaire des agences de notation et des organismes régulateurs ?

Parmi les fonds spéculatifs, braquons les projecteurs sur les activités de George Soros, grand chantre de la légalisation de la drogue et spécialiste de la guerre de sape contre la souveraineté des nations, à travers la guerre financière et autres combines politiques.

De fait, il faut enquêter à fond sur les relations entre le trafic de stupéfiants et le système financier international. Il est bien connu que le trafic de drogue s’assècherait si une partie significative du système bancaire international n’était pas là pour en blanchir complaisamment les recettes. La Commission devrait donc poser les questions suivantes : Qui blanchit l’argent ? Dans quelles poches se retrouve-t-il ? A quel usage est-il consacré ?

Nous savons que la drogue et le trafic de drogue sont des pièces maîtresses de l’assaut de l’empire financier contre les nations souveraines, c’est pourquoi la guerre à la drogue participe de la défense de la souveraineté nationale. Notons, entre parenthèses, que les coûts d’une nouvelle Commission Pecora pourraient être facilement couverts par les profits illégaux confisqués.

Il y a encore les manipulations du marché spot du pétrole, qui permit de créer une quantité immense de pétrodollars, une masse d’argent spéculatif qui a inondé les Etats-Unis et influence le cours du dollar. Autre aspect de ce marché, les contrats anglo-saoudiens d’armes contre pétrole, le rôle de BAE Systems et les caisses noires alimentées en marge de ces contrats.

De la même façon que la Commission Pecora de 1933-34 ouvrit la voie à la réforme en dévoilant la corruption du système financier qui mena à la Grande dépression, une nouvelle Commission de ce type doit montrer au public comment l’empire est parvenu à imposer la dérégulation et la mondialisation, avec la collusion de la classe politique. Elle découvrirait que le système de « libre-échange » est une opération de pillage, que l’« innovation financière » est une escroquerie et que seul le retour au « système américain d’économie politique » (crédit souverain, production, infrastructure) offre une porte de sortie.

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