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Vers la « privatisation » du FMI ?

La rédaction

Le secrétaire au Trésor Larry Summers,qui représente le courant dominant de l’oligarchie financière contrôlant Wall Street et la City de Londres, est déterminé à imposer une « réforme radicale » du FMI et de la Banque mondiale. Le FMI devrait être transformé en une institution presque privée destinée à appliquer un triage financier brutal dans des conditions de crise financière internationale.

Cela implique que même les efforts très limités en vue d’une « nouvelle architecture financière », réclamés par le prédécesseur de Summers, Robert Rubin, après les désastres financiers de 1997 et 1998 (avec entre autres une plus grande régulation et surveillance des flux de capitaux ou des fonds spéculatifs), seraient absolument bannis. Cette politique de Summers explique aussi les jeux de pouvoirs qui s’intensifient autour de la succession de Michel Camdessus à la tête du FMI. Cette lutte n’a rien à voir avec les « personnalités », les « nationalités » ou les « qualifications », mais avec l’acceptation ou non de la plate-forme politique de Summers ! C’est la raison pour laquelle ce dernier a refusé la candidature de Kajo Koch-Weser et refusera sans doute celle de Horst Köhler - quoi qu’en pense le Président américain ou ce qu’il en dit à ses alliés européens.

Le programme de Summers pour le FMI transparaît dans la série de propositions mises en avant le 6 mars par l’International Financial Institution Advisory Committee (IFIAC) du Congrès. Cette commission, dirigée par le très monétariste Allan Meltzer, de l’université Carnegie-Mellon, demande essentiellement la privatisation des fonctions du FMI et de la Banque mondiale. Le rôle du FMI devrait être limité à celui de « prêteur de dernier ressort » en cas de crises systémiques menaçant l’existence du noyau dur de la communauté financière anglo-américaine. Dans ce type de situations, le FMI pourrait fournir des crédits-relais de trois, ou maximum six mois, à des taux pénalisant, devant être « garantis par un droit de priorité clair sur les avoirs de l’emprunteur ». Il serait interdit au FMI d’accorder des crédits à long terme.

Tous les autres cas financiers ou économiques ne rentrant pas dans les catégories ci-dessus seront purement et simplement ignorés. On ne s’étonnera donc pas que la commission demande au FMI de cesser toute activité en Afrique. Tout pays en proie à de terribles conditions financières ou économiques ne devrait donc rien attendre du FMI ni de la Banque mondiale. En fait, ils ne devraient compter que sur le « capital privé » qui, vu « le développement et l’expansion des marchés financiers internationaux », « réduit [déjà] le volume de prêts que les banques de développement ont accordés ou vont probablement accorder à l’avenir ».

Selon la commission, la Banque mondiale devrait se retirer de tous les « marchés émergents » d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe de l’Est. La Banque de développement asiatique, la Banque de développement latino-américaine ou encore la Banque européenne de reconstruction et de développement devraient reprendre certaines fonctions de la Banque mondiale, mais aussi « se transformer de prêteurs capitalistiques en sources d’assistance technique » et faciliter « un flux accru de ressources du secteur privé ». Dans le projet esquissé par la commission, les « conditionnalités » seraient remplacées par l’exigence d’une stricte dérégulation financière et, en particulier, par la « liberté d’entrée des institutions financières internationales ».

Le rapport de l’IFIAC n’est pas uniquement l’expression d’économistes soutenus par la majorité républicaine du Congrès. La même approche a aussi été exprimée lors d’un discours de Larry Summers peu avant Noël dernier à Londres, où il a esquissé une transformation radicale du FMI et de la Banque mondiale.

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