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Vers un départ de Cheney ?

La rédaction

Il y a un an, Lyndon LaRouche demandait la démission du vice-président Dick Cheney, l’accusant d’avoir menti au peuple américain et au Congrès afin de justifier l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Irak. En juin dernier, LaRouche a déclaré que Cheney devrait être destitué pour avoir invoqué, dans le même but et à plusieurs reprises, l’histoire, qu’il savait être fausse, selon laquelle Saddam Hussein aurait cherché à se procurer de l’uranium enrichi auprès du Niger.

Aujourd’hui, certains signes laissent à penser que les jours de Cheney à la vice-présidence sont comptés. Son départ ne serait pas seulement lié à ses mensonges, mais aussi au fait que c’est probablement son bureau qui a laissé divulguer à la presse l’identité de l’épouse de Joe Wilson, le diplomate américain qui, après avoir mené une enquête exhaustive au Niger, a discrédité l’histoire de l’uranium nigérien. Il avait remis son rapport à ses supérieurs hiérarchiques, dont Dick Cheney lui-même. Néanmoins, le vice-président a maintenu ses affirmations mensongères dans ses discours publics, notamment lors de son interview du 14 septembre dernier.

Après qu’il ait rendu publiques les conclusions de sa mission, l’ambassadeur Wilson a fait l’objet d’un traitement punitif. Le 16 juillet, le journaliste Robert Novak révélait dans sa chronique que la femme de Wilson, Valerie Plame, était un agent clandestin de la CIA et qu’il tenait cette information exclusive de la part de hauts responsables du gouvernement ! On apprit plus tard que ces « fuites » étaient également parvenues à d’autres représentants de la presse, y compris des chaînes de télévision.

Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, le fait de révéler l’identité d’un agent clandestin du renseignement constitue un forfait, classé comme crime depuis la loi de 1982 sur la protection des identités, adoptée après que Philip Agee ait révélé les noms de certains agents secrets. Comme le rapporte le Los Angeles Times du 1er octobre, même l’ancien directeur de la CIA, James Woolsey, pourtant un inconditionnel du parti de la guerre, a reconnu combien il est dangereux de dévoiler ce genre de renseignements.

Le 30 septembre, après une « enquête préliminaire », le ministère de la Justice (DOJ) a informé le conseiller juridique de la Maison-Blanche, Alberto Gonzalez, de l’ouverture d’une enquête sur ces fuites, lui demandant de signifier au personnel de la Maison-Blanche qu’il devait garder tous les documents pouvant avoir un rapport avec cette enquête. Le 2 octobre, le DOJ lui a fait parvenir une liste de documents à remettre, y compris les carnets d’appels téléphoniques.

Par ailleurs, dès le 30 septembre, des dirigeants démocrates et républicains au Congrès ont proposé qu’un procureur spécial indépendant soit nommé, vu que le ministre de la Justice John Ashcroft ne pouvait être tenu pour impartial dans cette affaire. La présidente du groupe démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi, a déclaré : « Il faut lancer immédiatement une enquête indépendante sur cette affaire ignoble. Elle doit être méthodique et menée avec une vigueur incontestable. Etant donné que des responsables de la Maison-Blanche sont soupçonnés d’être impliqués et que l’un de ces responsables a collaboré étroitement avec le ministre de la Justice dans le passé, cette enquête doit être conduite par une personne indépendante du gouvernement . »

Dans une lettre à John Ashcroft, les sénateurs Tom Daschle, Joe Biden, Carl Levin et John Rockefeller notent que, selon certains rapports, « de hauts responsables de l’administration auraient pu avoir un comportement potentiellement criminel, mettant en danger notre sécurité nationale et la vie de nos agents de renseignement, afin de punir une personne ayant mis en question les raisons données par le gouvernement pour entrer en guerre contre l’Irak. » Ces sénateurs estiment qu’Ashcroft devrait se récuser.

Le député démocrate John Conyers, membre de la commission judiciaire de la Chambre, et son collègue de New York, Charles Schumer, ont également plaidé pour la nomination d’un procureur indépendant.

Reste à savoir qui, à la Maison-Blanche, a révélé l’identité de Mme Wilson à la presse ? On a parlé dans un premier temps du conseiller de Bush, Karl Rove, mais il semblerait que ce dernier n’ait pas accès à ce type de renseignements classifiés. Des sources haut placées dans le renseignement ont confié à l’EIR que, selon la rumeur de leur entourage, les responsables de la fuite seraient Elliot Abrams, membre du Conseil national de sécurité (NSC) (autrefois lourdement impliqué dans les opérations Iran-Contra), et Lewis Libby, chef de cabinet de Dick Cheney. Selon deux sources différentes, Abrams aurait informé Robert Novak, et Libby, d’autres journalistes à Washington. Rove ne serait intervenu qu’après Libby et Abrams pour diffuser plus largement l’information sur la femme de Wilson.

Libby et son supérieur, Cheney, sont les coupables les plus probables. Le vice-président et son bureau ont accès aux renseignements classés secrets et ils avaient de bonnes raisons de vouloir intimider ou discréditer Wilson, Cheney étant la personnalité la plus compromise par les révélations du diplomate.

Au point presse de la Maison-Blanche du 29 septembre, soit avant l’annonce de l’ouverture d’une enquête, le nom de Cheney a été mentionné à trois reprises et, à trois reprises, le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McCellan, a nié toute implication du vice-président. Néanmoins, dans un article paru le 1er octobre, le Los Angeles Times écrivait que si l’identité du responsable de la fuite était encore inconnue, « à Washington, le soupçon s’est rapidement porté sur les conseillers de la Maison-Blanche et les adjoints du vice-président Dick Cheney ». L’article cite un ancien responsable de la CIA, Vincent Cannistraro, pour qui « les circonstances de la fuite laissent penser qu’elle venait de quelqu’un dans le camp de Cheney ».

Le quotidien de Los Angeles revient sur la polémique ayant opposé la CIA au bureau de Cheney et au NSC à propos des seize mots fatidiques sur le « yellow cake » nigérien, insérés dans le discours de George Bush sur l’état de l’Union. Selon Cannistraro, Robert Joseph, l’expert en prolifération du NSC et associé de Libby, y a inséré cette mention avec l’accord de Cheney et de Libby, et malgré l’opposition d’Alan Foley. Pour cet ancien responsable de la CIA, « la fuite était destinée à punir Wilson ».

Le 2 octobre, les noms de Cheney et de Libby étaient cités dans de grands médias internationaux. Le Times de Londres rapportait que dans le contexte de l’enquête du FBI, certains responsables de la Maison-Blanche seraient obligés de passer au détecteur de mensonges. Le quotidien britannique note aussi que McCellan « avait absout Karl Rove, le premier conseiller politique de M. Bush » de toute implication dans cette affaire, mais qu’il avait refusé de répondre sur Lewis Libby. Le 3 octobre, Salon.com citait un officier de la CIA ayant servi sous Bush Sr., pour qui « Libby est certainement le suspect numéro 1 ».

Depuis l’ouverture officielle de l’enquête du FBI, c’est toute la géométrie politique de Washington qui a changé. Cheney, en particulier, jusque-là relativement à l’abri, est devenu une cible de premier choix. Le 1er octobre, le Baltimore Sun titrait : « Le vice-président au profil bas devient une cible de haut profil ». Même certains républicains s’interrogent, comme le sénateur du Nebraska, Charles Hagel, qui estime que le Président a le devoir d’interroger son vice-président pour lui demander ce qu’il sait de l’affaire.

Ces interventions, tant des républicains que des démocrates, indiquent qu’une décision a été prise au niveau institutionnel de ne plus protéger le vice-président. Le réseau élargi d’hommes politiques, de responsables de l’armée et du renseignement et de diplomates représentant les « institutions de la Présidence » a changé d’attitude, ce qui pourrait se traduire par la chute de Cheney. Notons que c’est le directeur de la CIA, George Tenet, qui a signé l’ordre d’ouvrir une enquête sur l’affaire Wilson. Le fait que l’ancien directeur de la CIA Woolsey et l’ultra-conservateur Washington Times aient dénoncé la fuite, indique également la nature institutionnelle de ce processus.

Cheney, bien sûr, est reconnu internationalement comme le chef de la « junte » qui s’est emparée de la politique étrangère au lendemain du 11 septembre 2001 et qui a lancé la doctrine de guerre préemptive. Sa chute pourrait signifier la première phase du démantèlement de cette junte.

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