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La mer indispensable pour comprendre l’histoire de l’humanité

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La grande histoire, vue de la mer. Par Christian Buchet. Editions Le Cherche-Midi, 2017, 30 euros.

BEAU LIVRE

Raconter et comprendre l’histoire de l’humanité vue de la mer, ce n’est pas seulement comprendre à quel point la géopolitique britannique s’est trompée, mais c’est avant tout comprendre la diversité et la grande complémentarité des civilisations dont les évolutions sont intimement liées aux mers et aux océans.

C’est là que se sont déroulées les aventures fondatrices du monde d’aujourd’hui. La Méditerranée est incontestablement un des berceaux de notre civilisations, mais il serait dommageable d’oublier la mer de Chine... Ainsi, en repensant l’histoire de l’humanité à partir de la mer, c’est toute l’évolution du monde qui devient soudainement intelligible et simple à retenir.

Christian Buchet est directeur du Centre d’études sur la mer de la faculté catholique de Paris et du Comité scientifique d’Océanides. Pour l’auteur, c’est la mer qui doit faire l’objet de plus d’attention et de recherches afin d’unir dans une belle communion le destin des hommes et celui des océans. Car l’homme n’est jamais aussi grand que dans son face-à-face avec la mer. C’est précisément parce qu’elle est démesure, que la mer est transcendance.

Christian Buchet
Assises de l’économie de la mer, Le Havre 2017


Transcription

Bonsoir à tous et merci aux organisateurs de m’inviter, de nous inviter avec les 260 chercheurs du programme Océanides qui est le plus important programme en Sciences humaines depuis la grande Encyclopédie.

Parmi les 260 chercheurs exactement, pas plus de 30 % sont Français, pas plus de 70% sont des occidentaux (français inclus). Leur objectif ne vise pas à écrire une livre de plus sur l’histoire maritime. Leur objectif vise bien à mesurer le rôle et le poids de la mer dans l’histoire de l’humanité de l’Antiquité à nos jours.

Nous avions, avec un certain nombre de personnalités du monde maritime, dont au premier rang Patrick Boissier, la conviction que la mer est le moteur de la prédominance, le moteur de la réussite. Un financement important nous a permis d’avoir les meilleurs chercheurs internationaux. Grâce au travail effectué ces 5 dernières années, ce qui était à l’origine une intuition, est devenue une véritable démonstration à travers 3 éléments majeurs issus de nos recherches.

Tout d’abord la mer est bien le moteur de la prédominance et de la réussite. Quel que soit le lieu, le temps, la puissance – qu’il s’agisse d’une tribu, d’une principauté, d’un état ou d’une alliance - qui se tourne vers la mer, il ou elle connaît les facteurs de la réussite. Ainsi Rome a décliné à partir du moment où l’empire a perdu la maîtrise du commerce, tenez vous bien, dans … l’Océan Indien. Dès lors Rome n’a plus eu les moyens financier, monétaire et militaire de lutter contre les Goths, Ostrogoths et autres Wisigoths. Il est ici impossible de détailler l’histoire du monde.

Dans l’histoire récente de l’Europe, nous avons observé cinq grands conflits mondiaux. La guerre de cent ans s’est déroulée sur cinq générations parce nous n’avons pas stoppé les britanniques sur la voie de communication qu’était la Manche. Une seconde guerre de cent ans a suivi là où en France il nous est enseigné qu’une kyrielle de guerres qui s’étend de l’avant-dernière guerre de Louis XIV à la fin des guerres de la révolution. Puis vient la première et la seconde guerre mondiale et enfin la guerre froide.

Durant ces cinq conflits majeurs se joue en réalité une partie de bras de fer, terre contre mer. La mer l’a toujours emportée sur la terre. Les spécialistes du Pentagone américains qui ont travaillés avec nous l’ont montré. L’OTAN l’a emporté au terme de la guerre froide parce qu’elle contrôlait les détroits. Aujourd’hui, le président Poutine l’a parfaitement comprit à son tour.

Nous n’avons pas uniquement fait une histoire occidentalo-centrée. Pourquoi les Aztèques et les Incas sont ceux que nous connaissons aujourd’hui des peuplades d’Amérique latine précolombienne ? Parce qu’ils étaient tournés vers la mer, vers la fluidité, vers la connectivité à partir notamment du commerce maritime d’obsidiennes.

En négligeant le commerce maritime, les Séfévides ont cédé leur primauté à un certain Selim Premier à la tête des Ottomans.

La puissance qui se tourne vers la mer connaît non seulement les clés de la prédominance mais aussi les clés de la réussite économique qui lui permet d’avoir la prédominance. Gardons à l’esprit que seule une autre prédominance maritime vient à bout d’une prédominance maritime. C’est le premier enseignement du programme Océanides.

Le deuxième enseignement remet totalement en question la géopolitique telle qu’elle est encore enseignée aujourd’hui. La géopolitique s’est beaucoup développée à partir de la conférence d’Halford Mackinder, à Londres, en 1904, où il y a défini sa notion de « heartland » désignant l’Eurasie.

Selon Mackinder celui qui contrôle l’Eurasie, contrôle la puissance mondiale. Cette vision est à l’origine des stratégiques militaires de la première et de la seconde guerre mondiale.

Aujourd’hui, nous savons que ce n’est pas le contrôle de l’intérieur des terres qui détermine la puissance d’un pays. Par analogie, ce que certains de nos chercheurs ont qualifié de « heartsea », c’est le pays qui tient les flux maritimes passant notamment au niveau de l’Océan indien qui tient le monde.

Le général De Gaulle avait déjà l’intuition de ce fait. Rappelez-vous son discours du 18 juin dans lequel il dit que la France n’a pas encore perdu la guerre car elle dispose d’alliés « qui tiennent la mer ».

En 1595, Sir Walter Raleigh écrivait déjà ce qui deviendra la géopolitique de l’empire britannique : « qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même ».

C’est exactement toute la stratégie du président très « maritimiste » chinois, Xi Jinping, qui prétend qu’à l’horizon 2030-2040 la Chine pourrait être l’épicentre des flux mondiaux et avoir une prédominance comme les Etats-Unis n’y est jamais parvenu par le biais militaire.

Selon moi, l’Europe et la France ne travaillent pas suffisamment sur les Nouvelles Routes de la soie tant maritimes que terrestres qui bouleversent la géopolitique mondiale. Le premier ministre évoquait cette fluidité, ce nécessaire hinterland. Comment nous, européens, nous, français, allons-nous nous greffer sur cet épicentre, cette voie, ce flux de communications mondiales ? C’est le deuxième enseignement d’Océanides.

Troisième et dernier enseignement, je vous rassure la mer est la clé de l’histoire. Jusqu’à présent l’histoire nous a toujours été enseignée en quatre périodes : l’Antiquité, le Moyen-Age, la Moderne (du XVIe au XVIIIe siècle) et la Contemporaine. Venant de 40 pays différents, nos chercheurs se sont aperçus que ce découpage correspond à l’Occident mais pas à celui de l’histoire de l’Amérique latine, de l’Asie ou de la Polynésie.

En réalité, il y a trois temps dans l’histoire dans lesquels la mer joue un rôle central. Comprendre l’histoire de ce point de vue est essentiel pour notre avenir.

Dans le premier temps de l’histoire, nous avons deux Méditerranées (au pluriel) avec quelques liens tenus entre les deux : notre Méditerranée ou Mare Nostrum à nous, où toutes les grandes civilisations sont nées et la Méditerranée asiatique (Mer de Chine) où d’autres civilisations sont également apparues.

Vient ensuite le deuxième temps de l’histoire, entre 1488-1492, durant lequel se produit un big-bang géographique. C’est le temps de l’Atlantique qui prévaut jusqu’au début des années 2000 bien que l’Alliance atlantique soit différente aujourd’hui.

Notre génération, nous tous ici présents, avons une chance extraordinaire. Nous vivons un nouveau temps de l’histoire comme il ne s’en est pas produit depuis 500 ans. Ce temps sera celui de l’« Oceano-temporens » si vous restez dans l’idée des 4 périodes historiques terrestres ou le temps de l’ « Océan mondial » du point de vue maritime.

Pourquoi ? Parce qu’en 2025, 75 % des huit milliards de terriens que nous serons vivront sur une bande littorale de 75km de largeur. A titre de comparaison nous n’étions qu’un milliard d’individus en 1804 sous Napoléon Ier.

Demain, la mer ne se réduira plus aux flux comme jusqu’à présent. Les experts du grenelle de la mer l’ont bien dit. La mer contient la quasi-totalité des solutions pour un avenir mieux que durable que je qualifierai de désirable.

Les chercheurs du programme Océanides formulent deux souhaits. Le premier est que nous prenions conscience que même durant la période napoléonienne, la France n’a jamais été aussi grande que depuis 1994 avec 11 millions de km² et autant doté d’un savoir technologique aussi remarquable. Le Cluster Maritime a très bien mis en valeur nos fleurons. Il est temps que notre pays se tourne enfin vers le large.

Mais le large ne signifie pas se tourner uniquement vers le large. J’ai personnellement apprécié le discours de monsieur le premier ministre ce matin, lorsqu’il a dit qu’une politique maritime n’est pas qu’une politique de croissance bleue. Effectivement, c’est aussi une politique d’aménagement du territoire, une politique de désenclavement du territoire. Preuves à l’appui, mes étudiants m’ont montré que la région française la mieux reliée à la « maritimité », hélas, ce n’est pas Le Havre, est l’Alsace-Lorraine.

Notre pays n’est donc pas structurellement compétitif car toute entreprise à besoin d’acheter et de vendre à l’étranger. Tout passe par 3 ports : Anvers, Hambourg et Rotterdam. Une politique maritime développe et tire la terre par la fluidité (les voies de communication).

Il est souvent question d’Europe ces temps-ci. Quelle est la politique de l’Europe vis-à-vis de la mer ? Cette politique maritime ne représenterait-elle pas un grand dessein pour l’Europe ? Voire une nouvelle frontière ? La chance de l’Europe est d’avoir la France, qui, elle-même a la chance d’avoir l’Outre-Mer.

La France et l’Europe ont un potentiel incroyable. J’en suis convaincu, l’Europe sera maritime ou ne sera pas. Ce serait tout à l’honneur de notre pays que d’animer cette politique maritime européenne. Faut-il encore que chez nous, en France, notre politique maritime soit ambitieuse et ait déjà posé ses fondements.

Le dernier souhait des chercheurs d’Océanides est que vous regardiez l’histoire sous le prisme de la mer. Le travail des chercheurs a transformé une intuition en une véritable démonstration. Pour réussir et rayonner dans le monde, nous devons nous tourner vers la mer. Dès lors l’histoire devient simple. Intelligible. Facile à retenir. Pleine de leçons qui donnent sens à l’avenir.

Je vous remercie.

(Transcription : Julie Péréa)

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  • Réal Monte • 13/12/2017 - 03:43

    Étonnant comment la France se retrouve à nouveau comme à l’époque de Louis XIV lorsque Colbert avait parfaitement compris et dénoncé le système monopolistique du commerce maritime des Hollandais ! C’est comme si les politiques français n’avaient rien compris et à nouveau se font laminer les profits par les négoces maritimes du nord... Et plus de 300 ans plus tard, la France voit encore une fois le transport aux mains de ses concurrents alors qu’elle pourrait parfaitement satisfaire à ses besoins elle-même : ce n’est pas un pays enclavé sur comme la Bolivie ! Au vu de cet article, bien dommage que Louis XIV n’écouta pas plus Colbert et se concentra un peu trop sur terre... (et dommage que Colbert ne ponctionna pas plus de gems, même un minime pourcentage de la vaste population française d’alors en comparaison de l’Angleterre, pour envoyer en Amérique... l’Atlantique eut été beaucoup plus français aujourd’hui par une Amérique beaucoup plus française, mais ça, c’est une autre histoire..!).

    Répondre à ce message

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Une politique de crédit public national finançant en priorité l’école, la production, l’hôpital et le laboratoire. Le nécessaire préalable pour libérer ce crédit est une moralisation de la vie bancaire (un Glass-Steagall contre les spéculateurs). Mettons-le en place, comme à la Libération !
La sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN, instruments de l’oligarchie financière. Associons-nous avec les autres pays d’Europe et du monde en vue de grands projets de développement mutuel : espace, essor de l’Afrique libérée du franc CFA, économie bleue, énergie de fusion, numérique, création d’emplois qualifiés.

La France doit donner l’exemple. Battons-nous donc ensemble, avec l’arme d’une culture de la découverte et du rire contre le respect qui n’est pas dû.

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Bien avant janvier 2016 et l’application effective d’une directive européenne permettant de renflouer les banques avec l’argent des déposants, nous avons dénoncé dès 2013 cette logique confiscatoire et destructrice.

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C’est vrai que beaucoup d’économistes en parlent, en tout cas bien plus qu’avant la crise de 2008 ! Et pourtant aucun ne défend la politique de crédit public démocratique qui nous permettrait d’éviter un choc économique sans précédent.

et la vraie Europe

La vraie question est la nécessité de mettre en place un nouvel ordre économique international fondé sur le développement mutuel, en partenariat avec la conception de la Nouvelle route de la soie que portent les BRICS.

L’Union européenne (UE) est devenue le cheval de Troie de la mondialisation financière, de la City et de Wall Street. L’euro en est le vice financier et l’OTAN le bras armé. C’est pourquoi il faut en sortir, mais pas pour faire un saut dans le vide.

Il faut refonder la vraie Europe, l’Europe des peuples, des patries et des
projets, la version du plan Fouchet de 1962 pour le XXIè siècle. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de repartir de l’avant, avec une monnaie commune de référence porteuse de grands projets : ni monnaie unique servant l’oligarchie financière, ni deux monnaies qui ne seraient pas gérables.

Une vraie Europe ne peut se construire sans réelle participation citoyenne. Construisons une France et une Europe que serve réellement le progrès économique et social, contre tout dévoiement financier et géopolitique.

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S&P promeut une écologie responsable et humaine, s’inspirant notamment des travaux de Vernadski sur la Biosphère et la Noosphère.

Nous condamnons les mouvements obscurantistes qui prônent un écologisme "Malthusien" (l’idéologie de Thomas Malthus) qui considèrent que les ressources de la planète sont limitées. Ces mouvements aboutissent fatalement à la conclusion inadmissible qu’il faut imposer une politique de dépopulation.

Ainsi, la première des ressources est pour nous la créativité humaine, la faculté qu’a l’Homme de comprendre et de transformer le monde qui l’entoure.

L’être humain a une responsabilité, et c’est pour cela qu’il faut sortir de la mondialisation prédatrice.

et l’énergie

Il est fou de vouloir sortir du nucléaire, qui est l’expression d’une découverte humaine. Cependant, il doit être réinventé pour en faire un nucléaire citoyen du XXIe siècle, qui nous donnera les moyens d’accueillir les générations futures.
Nous sommes pour la conception de réacteurs de IVe génération et la mise en place d’un programme de recherche accéléré vers la fusion thermonucléaire contrôlée.

Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
Le nucléaire est, enfin, la "clé" de l’énergie nécessaire à la propulsion des voyages spatiaux, qui définissent l’étape prochaine de notre Histoire.

Défendre le travail humain, c’est rejeter totalement les logiques actuelles de rentabilité à court terme. Se battre pour le nucléaire, c’est se battre pour le fondement d’un monde élargi et plus juste.

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