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Marcello Vichi : Lac Tchad, il faut penser grand

La rédaction
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L’ingénieur italien Marcello Vichi, ancien responsable du projet Transaqua, ici lors d’une conférence précédente de l’Institut Schiller en Allemagne.
Crédit : LPAC-TV

Voici le message envoyé par Marcello Vichi, ingénieur, ancien responsable du projet Transaqua, Italie, à la conférence internationale de l’Institut Schiller du 13-14 juin 2015 à Paris.

Je voudrais faire parvenir mes remerciements à l’ancien ministre des Affaires étrangères du Tchad, M. Acheikh Ibn-Oumar, lequel, à l’occasion de son intervention dans le cadre d’un séminaire diplomatique organisé par l’Institut Schiller, le 10 février 2015 à Paris, a illustré l’idée de Transaqua en intitulant son exposé : « La remise en eau du lac Tchad, un grand projet digne des BRICS ». Je remercie M. Ibn-Oumar pour ses paroles en faveur d’une « idée » développée il y a plus de trente ans par une société qui, à l’époque, était la mienne, une société d’ingénierie qui, justement en tant que telle, ne se limitait pas à produire des projets et diriger des travaux dans toutes les parties du monde (en particulier en Afrique), mais se mesurait aussi avec le futur : parmi les nombreux magazines auxquelles nous étions abonnés, il y avait aussi Les futuribles.

Moi, je ne suis qu’un survivant d’une période historique dans laquelle une des premières sociétés d’ingénierie de mon pays ne travaillait pas seulement pour réaliser d’indispensables travaux utiles, mais employait aussi des ressources, des grands professionnalismes, de l’argent et de l’enthousiasme pour promouvoir des idées et des projets que nous appelions « an 2000 », bien conscients que de ces idées, nous n’en aurions même pas vu le début, mais nous étions confiants que, dans le futur, quelqu’un aurait repris le flambeau et relancé le défi.

Nous avons toujours été soutenus par la conviction que les nombreuses petites interventions financées par les coopérations internationales auraient bien répondu aux besoins des politiciens locaux, beaucoup moins à ceux des populations, mais surtout qu’elles auraient été absolument sans importance dans la lutte contre les énormes problèmes causés par le manque de grandes infrastructures sur le continent africain. Cela nous portait à « penser en grand » même si nous ne pouvions pas agir en grand.

L’Institut Schiller et Solidarité et Progrès ont eu le grand mérite d’avoir toujours maintenu vivace l’intérêt sur « l’idée », mais récemment des personnes comme vous, Monsieur le Ministre, et comme l’ingénieur Sanusi Imran Abdullahi, Secrétaire exécutif de la CBLT [Commission du bassin du lac Tchad], ont vraiment « repris le flambeau ».

Les événements tragiques qui depuis quelques années ont frappé certains pays africains, les exodes bibliques de populations désespérées qui cherchent la survie en Europe, la myopie et l’égoïsme des pays européens, jaloux seulement de maintenir leur propre standard élevé de bien-être, le désintérêt des institutions financières internationales, réticentes à courir des risques en investissant sur des projets non garantis par des études de faisabilité, le scepticisme même de certains pays bénéficiaires, ont récemment poussé la recherche vers des projets alternatifs moins importants comme l’Oubangui Project (improprement nommé Transaqua), apparemment moins coûteux mais certainement moins résolutoires.
Je pense qu’est arrivé le moment – peut-être le dernier recours – pour vérifier sérieusement si cette « idée » est vraiment faisable et rapidement réalisable.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer à l’occasion d’un message que j’ai fait parvenir à la Commission scientifique de la CBLT réunie à N’Djamena au mois de novembre dernier, ce n’est pas avec les moralismes ou avec les bonnes intentions que l’on peut penser mobiliser les énormes capitaux nécessaires pour faire avancer l’idée de Transaqua, mais à travers les prospectives de solides intérêts commerciaux et financiers. Et pour promouvoir de tels intérêts, il faut le catalyseur de la politique. De politiciens comme vous, Monsieur le Ministre qui, en union avec vos homologues africains, pourriez peut-être promouvoir la constitution d’une Association de pays bénéficiaires de Transaqua, déterminés à en établir la faisabilité et à réclamer l’attention internationale sur le projet.

Le chef de file de cette association devrait être, à mon avis, la République démocratique du Congo, non seulement parce qu’il s’agit d’un pays donateur de l’eau, mais surtout – et pas tous, en R.D.C., semblent s’en être rendu compte – parce qu’il s’agit du premier bénéficiaire de l’éventuelle réalisation de Transaqua : des 2400 km prévus de voie navigable, bien 1600 devraient retomber sur le territoire congolais, avec au moins une dizaine de ports fluviaux en correspondance avec autant d’importants barrages, l’électrification de chaque port et de tout le canal, à travers l’énergie hydro-électrique produite par les mêmes eaux déviées par les bassins supérieurs, à l’est des affluents du fleuve Congo ; la compensation hydraulique saisonnière entre les divers affluents interceptés ; en fin de compte, le désenclavement d’une région presque aussi grande que l’Italie, complètement dépourvue d’infrastructures indispensables pour son développement.

Même si le canal, considéré comme une fin en soi, ne réussit pas à déverser assez d’eau dans le lac Tchad, la R.D.C. devrait tout de même promouvoir avec enthousiasme sa réalisation. Si toutefois, pour une absurde hypothèse, le problème Tchad n’existait pas et que soit prévue la réalisation du canal simplement jusqu’à un grand barrage en République Centrafricaine, cela créerait tout de même la plus grande voie fluviale du continent, capable de relier le Congo à de nombreux autres pays de l’Afrique centrale et aux deux ports océaniques de Lagos et de Mombasa. Le canal représenterait pour la R.D.C. l’emploi le plus intelligent et utile d’une « petite » partie des eaux du pays, avec un bénéfice immédiat pour son propre développement.

Mais une telle infrastructure, considérée comme une fin en soi, n’aurait aucune chance d’être financée. L’opportunité qui se présenterait pour la R.D.C. est justement constituée par le fait que le but final du canal, si utile et précieux tout le long de son cours, est de renflouer le lac Tchad. Et ce but final déterminerait justement son éventuelle faisabilité globale. Les avantages et bénéfices prévus pour la R.D.C. ont été soulignés dans la brochure Transaqua Zaïre, éditée en trois langues en 1984 et téléchargeable du site TRANSAQUAPROJECT.IT

Le second pays, pour ce qui concerne les bénéfices de retour concevables, est la République centrafricaine, qui pourrait jouir de grandes infrastructures de transport le long d’environ 800 km de voies navigables qui devraient intéresser son territoire, tracé de canal capable de servir divers ports fluviaux également électrifiés comme ceux prévus le long du tracé congolais. De plus, la R.C.A. pourrait vraiment constituer le « pivot » de tout le système, en aménageant un possible port franc conteneurisé, siège d’activités industrielles, commerciales et de transports internationaux, inconcevables s’ils n’étaient pas situés tout le long de la voie qui transporte l’eau au lac Tchad.

Des informations majeures sur les grands bénéfices qui dériveraient vers la R.C.A. grâce à la réalisation de Transaqua ont été soulignées dans la brochure Transaqua Centrafrique, éditée en trois langues en 1985 et également téléchargeable à partir du site TRANSAQUAPROJECT.IT

R.D.C. et R.C.A. devraient être les soutiens les plus enthousiastes du projet parce que, avec l’objectif primaire de renflouer le lac Tchad, elles pourraient recevoir des avantages de structures inimaginables, qui ne seraient pas financées si considérées seulement comme une fin en soi. Une occasion irremplaçable pour les deux pays. En paraphrasant Voltaire : si Transaqua n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Les bénéfices des derniers destinataires de Transaqua (Tchad, Cameroun, Niger et Nigeria) paraissent évidents.

Eh bien, je pense, Monsieur le Ministre, qu’une autorité comme la vôtre, en union avec vos collègues congolais et centrafricains et les représentants de la CBLT, auraient certainement la crédibilité internationale pour créer une Association de ces pays et d’autres, qui verraient les bénéfices directs et indirects de la réalisation de Transaqua (Libye, Ouganda, Kenya, Rwanda, Burundi). Une telle Association pourrait, avec une considérable autorité politique, se proposer comme partenaire d’un Consortium international d’entreprises, lequel, à son tour, pourrait effectuer la série de projets et d’études de faisabilité qui depuis tant d’années, n’ont jamais été effectués et qui sont indispensables pour soumettre le projet à l’attention des principales institutions financières internationales.

Même la constitution d’un tel Consortium demanderait la participation active de grandes entreprises de construction ayant une expérience internationale, intéressées à promouvoir la réalisation du projet. En tant qu’Italien, assez critique envers l’inertie de mon pays, je ne peux relever ce qui est du domaine public : le groupe Salini, l’une des plus grandes entreprises d’œuvres hydrauliques dans le monde, est en train de réaliser en ces mois rien de moins que le redoublement du canal de Panama, infrastructure pas moins compliquée que celle de Transaqua. Pourquoi donc ne pas tenter sa participation ?

Monsieur le Ministre, je vous demande pardon pour cette longue note qui ne prétend être ni une sollicitation inopportune, ni une suggestion prétentieuse, mais seulement une tentative d’amener sur un terrain pratique (selon ma très modeste expérience) ce qui est devenu pour moi une longue, inutile et ennuyeuse diatribe sur l’opportunité de Transaqua : trente ans de … paroles, paroles, paroles !

Une ultime raison m’a conduit à écrire cette note : la stupidité déraisonnable de certaine presse congolaise qui, ou pour ignorance, ou pour raisons politiques, soutient la thèse selon laquelle « d’obscurs profiteurs » voudraient « voler son eau »… au peuple congolais !

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations les plus distinguées et mes vœux de bon travail.

Source : Institut Schiller

Vers les autres discours de la conférence.

Cet article a été repris d'un autre site.

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Une vraie Europe ne peut se construire sans réelle participation citoyenne. Construisons une France et une Europe que serve réellement le progrès économique et social, contre tout dévoiement financier et géopolitique.

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S&P promeut une écologie responsable et humaine, s’inspirant notamment des travaux de Vernadski sur la Biosphère et la Noosphère.

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Ainsi, la première des ressources est pour nous la créativité humaine, la faculté qu’a l’Homme de comprendre et de transformer le monde qui l’entoure.

L’être humain a une responsabilité, et c’est pour cela qu’il faut sortir de la mondialisation prédatrice.

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Il est fou de vouloir sortir du nucléaire, qui est l’expression d’une découverte humaine. Cependant, il doit être réinventé pour en faire un nucléaire citoyen du XXIe siècle, qui nous donnera les moyens d’accueillir les générations futures.
Nous sommes pour la conception de réacteurs de IVe génération et la mise en place d’un programme de recherche accéléré vers la fusion thermonucléaire contrôlée.

Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
Le nucléaire est, enfin, la "clé" de l’énergie nécessaire à la propulsion des voyages spatiaux, qui définissent l’étape prochaine de notre Histoire.

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