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Pas de Trente Glorieuses sans crédit productif public

Pourquoi Karine Berger et Valérie Rabault se trompent

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Mars 2011 : Karine Berger, et Valérie Rabault, deux économistes devenues entre-temps députés socialistes et jouant un rôle important dans la réforme bancaire de François Hollande, publient un livre qui remporte un certain succès : Les Trente glorieuses sont devant nous.

Et pour cause : imbibées de l’histoire des Trente Glorieuses, racontée avec enthousiasme par Jean Fourastié et d’autres, elles ont tenté d’imaginer un vaste programme d’investissements sur trois ans, qui pourrait mettre fin au déclin actuel de la France et la lancer sur les rails d’une période de croissance, non pas de 5 % par an comme l’ont été les Trente Glorieuses, mais de 2 ou 3 % par an.

Le problème est qu’en raison de leur génération, de leur formation d’économistes, dans une période où trône le néo-libéralisme, du fait d’avoir fait partie de grands groupes bancaires ou économiques internationaux, elles n’ont pas le détachement vis-à-vis de leur milieu ou de leur temps, qui leur permettrait d’effectuer une révolution par rapport à notre époque.

Car ceux qui ont fait les Trente Glorieuses – Franklin Roosevelt aux Etats-Unis, Charles de Gaulle en France – étaient des révolutionnaires, des gens qui avaient rompu avec leur milieu social et qui, plutôt que de représenter un système, s’étaient élevés aux idéaux historiques de leurs nations respectives. Roosevelt s’inspira des premiers républicains américains, dont son grand-père Isaac Roosevelt avait fait partie. Charles de Gaulle agissait avec toujours en vue le passé, le présent et le futur de la France.

Karine Berger et Valérie Rabault sont prisonnières de leur époque, celle du règne d’un système monétariste dans lequel l’argent est émis par les banques privées, les marchés monétaires ou des banques centrales indépendantes des pouvoirs publics ; un système où les nations sont devenues dépendantes, pour leur argent, de ce système d’intérêts privés dont le seul intérêt est le profit à court terme, dans la spéculation financière, et non le long terme dont ont besoin les investissements industriels d’avenir.

Elles proposent ce qui passe aujourd’hui pour de gros investissements, 30 milliards d’euros par an sur trois ans, investis avec un certain discernement : 1) 15 milliards pour la santé, notamment dans le domaine du vieillissement et de la lutte contre la dépendance, qui coûtera très cher à la France en raison de sa population vieillissante ; 2) 20 milliards pour l’énergie, dont 15 pour renouveler le parc nucléaire, mener la lutte contre les déchets, et 5 pour devenir leader dans le photovoltaïque ; 3) 20 milliards pour les transports et le fret ; 4) 30 milliards pour l’éducation et 5) 3 milliards pour l’agriculture.

Les deux économistes prétendent faire fi du cadre monétaire extrêmement dégradé qui est celui de l’Europe depuis la crise de 2007, avec 1) un secteur bancaire en faillite, 2) des Etats exsangues ayant renfloué les banques et pris la responsabilité de faire face aux chocs récessionnistes occasionnés par ces faillites bancaires, 3) une zone monétaire où les Etats ne sont plus du tout homogènes, 4) une Europe de l’austérité qui impose le garrot pour assurer sa survie et qui fait peur aux populations.

Ignorance ou incompétence, elles prétendent pouvoir trouver ces sommes grâce à des gisements inexploités dans le domaine fiscal et en offrant des incitations aux investisseurs potentiels. Clé de la réussite, gagner la confiance des marchés en respectant les critères de déficit et d’endettement du Traité de Maastricht !

Rien dans leur livre, cependant, sur les deux clés de la réussite des politiques des Trente Glorieuses. D’abord, le crédit productif public. Impossible aujourd’hui pour un Etat d’impulser une politique de recherche et d’applications technologiques, par des émissions de crédit à bas taux d’intérêt qui ne pourront être remboursées qu’à long terme, ayant perdu son contrôle sur la Banque centrale, l’émission monétaire et la fixation des taux.

Rien non plus, parmi les investissements proposés, si ce n’est la recherche dans le vieillissement, qui puisse révolutionner les moyens de production actuels. Or, la croissance inégalée des Trente Glorieuses est le fruit des progrès aux frontières de la science, avec des technologies d’un type nouveau, inconnues jusqu’alors, provoquant des effets de rupture maximaux tout le long de la chaîne de production. Ce que ne feront plus les investissements dans les TGV ou les centrales nucléaires de l’actuelle génération, dont les progrès ont déjà été intégrés. Rappelons que pour chaque dollar investi dans le programme Apollo, il y eut 14 dollars de retombées dans l’économie civile !

D’où l’urgence de relancer l’exploration spatiale, le passage au nucléaire de quatrième génération, la généralisation des technologies des énergies dirigées, dans les domaines civil et militaire. Surtout, à supposer qu’on assainisse la situation financière et qu’on retrouve notre souveraineté économique dans le cadre d’une Europe des nations, les projets proposés ne nous permettront pas cette « montée en gamme » qui, selon tous les experts, est la condition même pour que la France retrouve sa puissance industrielle et productive.

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  • petite souris • 07/03/2013 - 12:28

    Car ceux qui ont fait les Trente Glorieuses – Franklin Roosevelt aux Etats-Unis, Charles de Gaulle en France – étaient des révolutionnaires, des gens qui avaient rompu avec leur milieu social et qui, plutôt que de représenter un système, s’étaient élevés aux idéaux historiques de leurs nations respectives. Roosevelt s’inspira des premiers républicains américains, dont son grand-père Isaac Roosevelt avait fait partie. Charles de Gaulle agissait avec toujours en vue le passé, le présent et le futur de la France.
    ........
    Les bonnes intentions ne suffisent pas en effet
    Il faut agir en tenant compte de toute la réalité actuelle
    Utiliser les idées du passé n’est pas reprendre les mots pour faire comme si, il faut les idées aux circonstances

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C’est vrai que beaucoup d’économistes en parlent, en tout cas bien plus qu’avant la crise de 2008 ! Et pourtant aucun ne défend la politique de crédit public démocratique qui nous permettrait d’éviter un choc économique sans précédent.

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Ainsi, la première des ressources est pour nous la créativité humaine, la faculté qu’a l’Homme de comprendre et de transformer le monde qui l’entoure.

L’être humain a une responsabilité, et c’est pour cela qu’il faut sortir de la mondialisation prédatrice.

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Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
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