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Pour sauver la radiothérapie d’Argenteuil, mettre fin à la finance folle !

Entretien avec Christiane Leser

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Animatrice du Comité de Défense de l’Hôpital d’Argenteuil
Propos recueillis par Christine Bierre, Rédactrice en chef de Nouvelle Solidarité

CB : Christiane Leser, vous animez le Comité de Défense de la radiothérapie de l’hôpital d’Argenteuil. Au mois de juillet dernier, le tribunal administratif de Cergy a décidé d fermer la radiothérapie le 23 février 2013. Qu’est-ce que le tribunal reproche à la Radiothérapie ?

CL : Il ne lui reproche rien. Simplement il se base sur une plainte d’un établissement privé qui exerce à Sarcelles, à Neuilly aussi. Le problème est que c’est un établissement privé dont l’objectif essentiel n’est pas de soigner les gens, mais de gagner de l’argent, et que pour cela on va fermer le seul service public du département du Val d’Oise, et obliger les patients à se déplacer, puisque les deux autres établissements sont non seulement privées mais ils sont éloignés. Or, les patients qui reçoivent de traitements de radiothérapie sont généralement des malades de cancer, avec des thérapies lourdes, à la fois médicalement mais aussi moralement. Donc si on ajoute à cela des déplacements supplémentaires c’est clair que cela n’arrange rien à leur chance de guérison.

CB : C’est scandaleux. TherapX Paris Nord, la clinique privée qui a déposé plainte, fait partie du groupe Vedici, le 5ème groupe de cliniques privées au niveau national, qui revendique un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros par an et dont les deux propriétaires seraient immensément riches. C’est scandaleux par rapport à un bassin à soigner de quelques 300 000 personnes qui est très populaire…

CL : Non seulement c’est un bassin avec une population dont une grande partie connaît des difficultés importantes ; c’est aussi une région du département où la mortalité par cancer est plus importante que dans le reste de l’Ile de France et même dans le département.

CB : Pour quelles raisons ?

CL : Les raisons précises je ne sais pas. Mais, c’est probablement lié au fait que c’est une population pour une bonne part précaire, en difficultés, et qui rencontre des difficultés pour vivre et pour se soigner…

CB : Est-ce qu’on connaît la différence de coûts pour les patients de cancer qui se soignent dans le public et ceux qui se soignent dans le privé ?

CL : Je ne suis pas en mesure de vous le dire. A ma connaissance, dans les établissements privés ou publics du département, les coûts sont les mêmes. Ils sont couverts par la Sécurité sociale. Ce qui est différent, et une difficulté plus grande pour les patients, est le fait des déplacements supplémentaires. Par contre pour la Sécurité Sociale, ce n’est pas la même chose.

CB : C’est important de noter cependant dans cette affaire de la Radiothérapie d’Argenteuil que la décision du Tribunal de Cergy se base tout de même sur des critères plus qu’arbitraires adoptés par l’ARS, l’agence régionale de santé. Pour ce qui est de la Radiothérapie, l’ARS exige qu’il y ait 600 patients par an sur trois ans et elle menace la radiothérapie de fermeture car elle n’aurait que 575 patients sur la période incriminée. Pouvez rappeler pour nos lecteurs quelle est la raison d’être de ces ARS ?

CL : L’Agence régionale de santé est ce qui gouverne la santé dans chaque région. Elle a été créée par la loi Bachelot, la loi HPST adoptée en 2010 ; et l’objectif de cette loi est clair : il faut rentabiliser le système de soins quelque soit le prix. Et on vu récemment ce qu’était le prix, lorsqu’une maman a dû accoucher au bord de la route et qu’elle a perdu son bébé.

On applique la même démarche de rentabilité sur les maternités que sur la radiothérapie. Et, on essaie de faire passer cela pour de la sécurité. On ferme une maternité parce n’ayant pas suffisamment d’accouchements, elle n’aurait pas assez d’expériences et ce serait dangereux. Nettement moins dangereux cependant que d’accoucher sur le bord de la route ! Avec ces pratiques la France est en net recul au niveau de la mortalité des enfants de moins d’un an. On était au 7ème rang mondial il y a une dizaine d’années, et on est passé au 20ème rang.

Et les justifications sont complètement farfelues. L’histoire des quotas. Il faut avoir 600 patients par an pour être efficaces… Or, on a vu lors du procès d’Epinal où se déroule le procès des irradiés, que le nombre de visites bien au-delà des 600 patients n’a pas empêché ces dérives d’avoir lieu.

Il faut savoir que les directeurs de l’ARS sont nommés directement par le gouvernement et qu’il a la possibilité de nommer lui-même les chefs d’établissements. Autrefois les directeurs d’hôpitaux étaient nommés après une formation à l’école de Rennes, alors que maintenant ça peut être n’importe quel directeur d’entreprise, le chef d’une usine automobile peut parfaitement devenir directeur d’hôpital si le directeur de l’ARS le nomme, parce que selon la loi Bachelot, l’hôpital c’est une entreprise comme n’importe quelle autre. Il est là pour faire de l’argent.

Le critère de fonctionnement est devenu la rentabilité purement et simplement. C’est extraordinaire. On a publié dans la presse il y a un mois, un classement des hôpitaux et c’était drôle, parce ce qui était donné à coté du classement, même si je pense qu’ils ont aussi utilisé d’autres critères, c’était le nombre moyen de jours d’hospitalisation et plus ils étaient faibles, plus ils étaient bien classés !

CB : C’est comme ces entreprises qui licencient et qui montent en bourse… Cette fuite dans la recherche de la rentabilité, ne démarre-t-elle pas avec la loi Hôpital 2007 qui a introduit la T2A, la tarification à l’Acte ?

CL : Ca a démarré bien avant. C’est aussi effarant. On en arrive au fait que de grands médecins, des chefs de cliniques des hôpitaux parisiens, ont été amenés à dénoncer eux-mêmes le fait qu’ils font par exemple deux opérations différentes sur un patient alors que cela pourrait être fait en une seule, pour pouvoir financer l’hôpital. C’est aberrant, deux hospitalisations avec deux anesthésies, alors qu’on sait qu’une anesthésie n’est jamais à risque zéro.

Et en payant à l’acte on met les hôpitaux en grande difficulté, parce que n’importe quelle opération, par exemple l’appendicite, elle a tel tarif. Que cela se passe bien ou mal, que le patient passe 3 jours à l’hôpital ou qu’il passe 15, c’est le même tarif et on pousse l’hôpital à la virer le plus vite possible, quitte à ce qu’il y ait des complications après.

CB : Revenons maintenant à la situation de l’hôpital d’Argenteuil. Le seuil de « rentabilité », n’est pas très loin. Il suffit de quelques patients de plus pour l’atteindre. Et les élus locaux sont aussi totalement mobilisés avec vous. Avez-vous bon espoir que l’ARS et le Tribunal reviennent sur leur décision ?

CL : Je pense qu’il y a un espoir raisonnable. C’est quand même le seul service public du département. Les machines viennent d’être remplacées par des machines de pointe qui ont quand même couté 4 millions d’euros. La reconstruction de l’hôpital prévoit deux bunkers pour y mettre les machines, mais en plus, ces nouveaux bunkers ont été prévus pour permettre l’irradiation corporel total, ce qui est un traitement extrêmement rare. Je crois qu’il y a un seul établissement dans la région parisienne ou ce traitement est pratiqué.

CB : Du fait de la situation particulière d’Argenteuil, on pourrait peut-être sauver cette radiothérapie, alors qu’au niveau national, du fait de la politique d’austérité adoptée par le gouvernement de François Hollande, on pourrait assister à la fermeture de beaucoup d’autres établissements.

Dans ce contexte, j’ai noté avec beaucoup d’intérêt que le communiqué du Comité de Défense de l’hôpital qui a lancé la campagne de sauvetage de l’hôpital le 11 septembre dernier, établi en présence de presque tous les élus locaux, ne se prononce pas que pour le sauvetage de la radiothérapie, mais appelle à entreprendre le changement profond pout lequel la gauche a plaidé lors de la campagne présidentielle.

Il engage donc le député maire d’Argenteuil, Philippe Doucet, Dominique Lesparre, Maire de Bezons, Marie José Cayzac, maire adjointe et contact de référence pour le Comité de défense de l’hôpital à Argenteuil, et tous les autres.

Que disait ce communiqué ? Que si les élus se félicitent des premières mesures positives du gouvernement, ils constatent que « tout n’est pas réglé pour autant et que si la politique de santé n’est pas fondamentalement changé et soustraite à une logique économique, les avancées obtenues resteront précaires. La loi Bachelot n’est toujours pas abrogée, et (…) Mme Touraine, ministre de la Santé, ne parle que d’en modifier certaines parties ; de même elle parle de compléter la T2A et non de la supprimer. ( ;..) Le gouvernement négocie un encadrement de dépassement d’honoraires alors qu’il faut les interdire. Madame Touraine proclame sa volonté de refaire de l’hôpital public l’épine dorsale de notre système de santé mais le gouvernement prévoit en 2013 de n’augmenter les dépenses de santé que 0.2% alors que le minium incompressible est de 0.3% ».

Je vois cependant que depuis M. Doucet, a présenté un autre communiqué, l’autre jour lors du Conseil Municipal, qui n’allait plus du tout aussi loin que ce texte, mais se contentait d’annoncer la mobilisation pour la Radiothérapie. Alors, est-ce une reculade ?

CL : Il faut lui demander à M. Doucet. Nous en tant que Comité de défense de l’hôpital, on a engagé la bataille politiquement et on a déjà recueilli, alors qu’on est seulement en Octobre et qu’on a démarré cette mobilisation en Septembre, près de 8500 signatures. Ce qui montre que la population est sensibilisée, et scandalisée de ce qui se passe.

CB : Cela nous amène à une question qui est beaucoup plus politique. On est en plein effondrement économique. On vient d’annoncer une augmentation de chômeurs en France de 46900 pour le mois de Septembre, le double de l’augmentation au mois d’aout. Et, selon les économistes les plus sérieux, vers le printemps prochain on aura plusieurs centaines de milliers de chômeurs de plus suite aux plans sociaux et à l’évolution de la crise financière.

Solidarité et Progrès que je représente se bat dans ce contexte contre le renflouement des banques en faillite — on vient d’accorder au moins 750 milliards d’euros aux banques européenne par le Mécanisme européen de stabilité et le Pacte budgétaire que le gouvernement vient de faire ratifier. Et en même temps, on impose une austérité brutale aux populations pour financer tout cela.

Nous disons qu’il faut arrêter les renflouements, faire une faillite contrôlée des titres toxiques et imposer, comme à la Libération, la séparation totale entre banques d’affaires qui spéculent et les banques de dépôts, utiles à l’économie et à l’épargne.

Alors comment est-ce que vous, non pas en tant que responsable du Comité de Défense, mais en tant que citoyenne engagée, voyez ces questions ?

CL : C’est sur que y compris pour les hôpitaux et la Sécurité Sociale, il faut un autre système de financement. Autrefois, les hôpitaux, lorsqu’ils devaient investir, empruntaient de l’argent public à la Caisse de dépôt sur une très longue durée, et avec un taux d’intérêt qui était autour de 1%. Aujourd’hui ils n’ont plus le droit, ils sont obligés d’emprunter sur le marché privé, avec des intérêts beaucoup plus élevées et y compris le risque des emprunts toxiques comme ceux de Dexia.

Or le remboursement de ces emprunts plus élevés, qui le paye ? La Sécurité Sociale puisque c’est elle qui rembourse les coûts.

CB : On a obligé les Etats, et les collectivités à emprunter beaucoup plus cher en devant aller aux banques privées.

CL : La santé n’est pas un coût, mais un investissement pour l’avenir, et s’il y a des économies à faire pourquoi pas ? Si on baissait le chômage on aurait sans doute beaucoup moins de gens malades. Puis, il faut rétablir la prévention. On n’a presque plus de médecine scolaire, ou de médecine du travail.

Puis, sur les banques, mais là je parle à titre personnel, et non en tant que Comité de Défense de la radiothérapie, Je suis pour toutes les nationaliser !

Pour signer la pétition et participer à la défense de la radiothérapie : Comité de défense de l’hôpital d’Argenteuil


Pour aller plus loin, consultez le programme présidentiel de Jacques Cheminade pour la Santé publique


Extraits vidéo


radiothérap 1 par cbierre


radiothérap 2 par cbierre


radiothérap 4 par cbierre


radiothérap 5 par cbierre

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  • Eric • 12/11/2012 - 20:43

    Dans un monde débarrassé du système monétaire, il y aurait zéro chômeur et l’accès au soin serait évidemment gratuit. Mais étant donné que les Français ont le même niveau de conscience que leurs grands-parents, ce n’est pas demain que l’argent cessera de faire des ravages de toutes sortes.
    En attendant, on pourrait limiter les dégâts en remplaçant l’actuelle anti-Constitution de la Cinquième République par une Constitution citoyenne. Si c’était le cas, les mesures arbitraires et autres abus de pouvoir seraient éradiqués car le principe du tirage au sort, fondement de la démocratie, assainirait la scène socio-économico-politique. Il n’y aurait, notamment, plus d’élus locaux, ces imposteurs, mais des tirés au sort locaux.

    Répondre à ce message

  • petite souris • 12/11/2012 - 18:58

    selon la loi Bachelot, l’hôpital c’est une entreprise comme n’importe quelle autre. Il est là pour faire de l’argent.
    ..........
    Je ne souhaite pas à madame Bachelot .... une maladie non rentable !!!!

    Répondre à ce message

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Santé publique, hôpital :
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1er juillet 2004
Science
Santé publique, hôpital :<br>tous centenaires et bien portants

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Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
Le nucléaire est, enfin, la "clé" de l’énergie nécessaire à la propulsion des voyages spatiaux, qui définissent l’étape prochaine de notre Histoire.

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Le tout visant à dissuader les citoyens de découvrir nos idées et notre engagement.

Mais derrière ces accusations vous avez d’incessantes manoeuvres politiques : rejet du compte de campagne de Jacques Cheminade en 1995, saisie de 170 000€ sur le remboursement de la campagne de 2012, et bien entendu une exposition médiatique réduite au minimum, ou la plus défavorable possible pendant les présidentielles !

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