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Terrorisme : Charlie Hebdo et les 28 pages

La rédaction
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Les monarchies britannique et saoudienne ne font qu’un. Ici le Prince Charles aux côtés du Prince Bandar.
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Le vendredi 9 janvier 2015, c’est-à-dire à peine quelques jours après l’attaque contre Charlie Hebdo à Paris, lors de l’émission d’information hebdomadaire du Comité d’action de l’économiste américain Lyndon LaRouche (LPAC), nos confrères ont interrogé Jeffrey Steinberg, l’un des rédacteurs de l’hebdomadaire Executive Intelligence Review (EIR) et parmi les meilleurs spécialistes du terrorisme des questions de renseignement.

Co-auteur du best seller Dope Inc., publié en 1978, Steinberg, en remontant aux origines des Guerres de l’opium, a été l’un des premiers journalistes à mettre en évidence le rôle essentiel des paradis fiscaux et des banques britanniques dans le blanchiment de l’argent de la drogue et le financement du terrorisme.

Depuis lors, les accusations de Steinberg ont été confirmées par plusieurs enquêtes officielles, en particulier celle qui a conduit récemment aux poursuites contre la banque HSBC (Hong Kong and Shangaï Banking Corporation).

Steinberg assista le 7 janvier, à peine quelques heures après le carnage perpétré contre Charlie Hebdo, à la conférence de presse organisée à Washington DC par trois élus américains (Graham, Jones et Lynch) pour réclamer la déclassification des 28 pages du rapport de la Commission d’enquête parlementaire bicamérale.

Dans le commentaire présenté ici, Steinberg nous invite à regarder le « big picture » : il replace les événements récents dans un contexte beaucoup plus large.

Transcription :

Retour au 11 septembre 2001

Le sénateur Graham [lors de la conférence de presse du 7 janvier] a fixé le cadre adéquat permettant de répondre à la question posée sur l’attentat contre Charlie Hebdo en France. L’aspect qui devrait être évident, c’est qu’il est tout simplement impossible de débattre de ces événements sans remonter aux attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et à la tentative brutale pour étouffer (en anglais cover-up) l’enquête par la suite.

Lors de la conférence de presse donnée mercredi, le sénateur Graham, mais également le député Lynch je crois, ont souligné que lorsque des documents qui avaient été classifiés comme relevant des secrets d’Etats sont déclassifiés, on se contente en général de biffer les passages sensibles. On couvre d’encre noire des noms, parfois des noms de pays, etc. en raison de craintes justifiées sur ce qu’ils peuvent révéler. Jamais cependant dans l’histoire on n’a biffé un chapitre entier d’un document de l’importance du rapport de la Commission bicamérale parlementaire en refusant la déclassification. Pourtant chaque membre du Congrès qui a lu ces 28 pages (ce qui était déjà toute une bataille), a déclaré que rien dans les 28 pages ne pose problème, rien ne porte atteinte à la sécurité nationale.

Ce que révèlent les 28 pages

Ce que révèlent par contre ces pages, c’est tout d’abord le fait qu’il y avait un vaste réseau de soutien à au moins deux des principaux preneurs d’otages, les deux premiers kamikazes arrivés aux Etats-Unis bien avant les attentats du 11 septembre 2001.

Ils ont été accueillis à l’aéroport de Los Angeles par deux hommes qui ont pu être identifiés comme des agents des services de renseignement saoudiens ; ces deux agents saoudiens ont pris en charge leur hébergement et la logistique, leur ont fourni de l’argent et les ont inscrits à une formation initiale de pilote d’avions.

Les deux agents des services saoudiens ont alors régulièrement reçu de l’argent pour financer les activités des kamikazes. Une partie de l’argent provenait d’une entreprise privée qui travaillait directement pour le Ministère de la défense et de l’aviation saoudienne. Un des deux agents en question était l’employé fictif de ladite entreprise et touchait un salaire ainsi que des fonds pour ses dépenses, au moment même ou les kamikazes du 11 septembre étaient encadrés, protégés et financés.

Le prince Bandar bin Sultan

Dans la période précédant le 11 septembre 2001, au moins 50 000 voire 70 000 dollars ont été directement versés à ces agents saoudiens à partir du compte en banque personnel de l’Ambassadeur saoudien aux États-Unis, le Prince Bandar bin Sultan.

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Le Prince Bandar, ici reçu en ami à la Maison Blanche par George W. Bush.
Crédit : Wikipedia Commons

En poste aux États-Unis depuis des décennies, on le surnommait « Bandar Bush », tellement sa relation était proche avec Bush 41 (« père ») et Bush 43 (« fils »). La femme de Bandar, la Princesse Haifa, n’est autre que la sœur du Prince Turki al-Faisal bin Abdul Aziz ; ce dernier, après avoir dirigé les services secrets saoudiens pendant une décennie, avait démissionné de son poste quinze jours avant les attentats du 11 septembre. Le Prince Turki était un des principaux interlocuteurs directs d’Ossama Ben Laden. C’est lui qui a ouvert les vannes de l’argent saoudien en faveur d’Al Qaïda avant les attentats contre les ambassades américaines en Afrique, l’attaque sur l’USS Cole et ensuite le 11 septembre.

Le sénateur Graham n’a sans doute pas juxtaposé par hasard ses remarques sur la monarchie saoudienne et ses références à la perfidie de la monarchie britannique lors de la Guerre de sécession américaine. En effet, il est quasiment impossible de distinguer entre la monarchie britannique et la monarchie saoudienne : elles représentent une seule force. Sans la participation active et délibérée de la monarchie britannique et le renseignement britannique, les Saoudiens n’auraient pas pu jouer le rôle que l’on connait en apportant un soutien décisif aux kamikazes du 11 septembre.

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Le Prince Bandar d’Arabie Saoudite et Margaret Thatcher avaient conclu des accords énormes de vente d’armes contre pétrole.
Crédit : LPAC

Thatcher, BAE et al Yamamah

Début 1985, le Prince Bandar bin Sultan, bien qu’Ambassadeur à Washington D.C., a personnellement négocié un accord particulier avec le Premier ministre britannique de l’époque, Margaret Thatcher. Il s’agissait d’un incroyable accord de troc entre les Britanniques et les Saoudiens. Les premiers, à travers la société de défense BAE Systems, s’engagèrent à fournir pour 40 milliards de dollars d’armes, allant d’avions de chasse aux systèmes-radar, au ministère de la Défense saoudien. En échange, les Saoudiens, pour payer ces achats ainsi que des dessous de table pour les hauts responsables de la Défense et une ribambelle de princes saoudiens, s’engageaient à fournir, à partir de 1985 jusqu’à aujourd’hui 600 000 barils de pétrole par jour !

A la rédaction de l’Executive Intelligence Review, nous avons sorti nos calculettes pour essayer de comprendre, jusqu’au moment où le Prince Bandar lui-même nous a permis de confirmer certaines informations. En comparant la somme d’argent dépensé par les Saoudiens pour acquérir les armes à l’argent que rapportait la vente, chaque jour sur le marché spot, d’un supertanker pétrolier de 1985 à aujourd’hui, il reste une différence d’environ 100 milliards de dollars.

Dans une biographie autorisée par le Prince Bandar lui-même, celui-ci se vante de la relation spéciale entre les monarchies britannique et saoudienne, qui a permis d’établir des fonds dans les paradis fiscaux off-shore. Une « caisse noire », peut-être la plus grande cagnotte destinée à des opérations clandestines jamais réunie. Ces fonds sous gestion anglo-saoudienne étaient investis dans « la guerre contre le communisme », c’est-à-dire le financement des Moudjahidines en Afghanistan, le terreau d’al Qaïda et de tous les autres groupes opérant aujourd’hui dans le monde.

Pendant que Bandar et sa femme faisaient parvenir des fonds aux officiers du renseignement saoudien protégeant les deux kamikazes du 11 septembre, Bandar recevait régulièrement des virements de la Banque d’Angleterre, sous forme d’une commission pour les accords « armes contre pétrole », de troc entre les Britanniques et les Saoudiens, connu sous le nom d’Al Yamamah (« La colombe » en arabe).

Bandar touchait au moins deux millions de dollars de commissions, virés sur son compte à la Riggs National Bank. Ces fonds étaient reversés pour financer les kamikazes du 11 septembre.

Voici une partie de ce qu’on trouve dans les 28 pages. Certes, nous n’avons pas pu pénétrer dans le Capitole pour les lire, mais on le sait à partir d’autres récits. Le sénateur Graham a écrit un livre en 2004, intitulé « Intelligence Matters » (Le renseignement, ça compte ; ou bien Questions de renseignement) où il relate son expérience en tant que président de la Commission d’enquête parlementaire bicamérale sur le 11 septembre. Il fait référence à quelques uns des constats principaux des 28 pages biffées par le président Bush et le vice-président Cheney, qu’Obama garde au secret. Or, Obama avait promis à deux reprises aux membres des familles des victimes du 11 septembre qu’il les rendraient publiques.

Enfin, il y a, je n’en doute guère, beaucoup d’autres aspects abordés dans les 28 pages, s’il y avait oui ou non des réseaux de soutien aux terroristes du 11 septembre, et d’où provenaient leurs financements. Les noms « Arabie saoudite », de membres de la famille royale et du gouvernement saoudien figurent tout au long des 28 pages.

Lors de la conférence de presse de mercredi, j’ai saisi l’occasion pour interroger le sénateur Graham sur un autre aspect de l’histoire du 11 septembre. Mettons de côté l’enquête menée à San Diego en Californie, où les agents du renseignement saoudien ont directement facilité les préparatifs des kamikazes ; le sénateur Graham a demandé s’il ne pouvait pas exister d’autres lieux où les kamikazes avaient organisé leurs préparatifs : notamment Sarasota en Floride, où Mohammed Atta et l’une des équipes s’entraînaient ; ou Herndon en Virginie, Paterson au New Jersey et d’autres endroits encore. Mais ces quatre villes, San Diego, Sarasota, Herndon et Paterson, ont été au cœur des préparatifs de l’opération du 11 septembre.

La Floride et le FBI

Le sénateur Graham représentait la Floride. Lorsqu’il présidait la Commission d’enquête parlementaire bicamérale, il demanda au FBI de mettre à sa disposition tous les documents d’archive des enquêtes menées dans l’Etat de Floride. Il leur demanda s’il y avait des indications d’un réseau de soutien dans la région. Le FBI lui a répondu par la négative à plusieurs reprises : « Il n’y a aucune trace, aucune indication de ce type. »

Cependant, deux ans plus tard, suite au travail de journalistes d’enquête et à une procédure sur le droit à l’information (Freedom of Information Act, FOIA), il est apparu qu’une telle cellule de soutien existait, dirigée par une homme d’affaires saoudien travaillant pour la famille royale saoudienne. Mohammed Atta et autres kamikazes s’étaient souvent rendus à son domicile. Et puis, voilà, le FBI a fini par reconnaître qu’ils détiennent plus de 80 000 pages de documents ! La Commission d’enquête parlementaire bicamérale a été privée d’accès à ces documents, cachés depuis 12 ans. Et c’est seulement maintenant qu’un Juge fédéral est en train d’examiner ces documents. Les projecteurs se braquent donc non seulement sur les Saoudiens, mais sur la piste anglo-saoudienne dans l’affaire du 11 septembre.

Les députés Jones, Lynch et Massie (Massie est le troisième co-sponsor de la résolution appelant à la déclassification des 28 pages) ont soigneusement évité de révéler quoi que ce soit sur leur contenu mais ont fait part de leur opinion : tous trois ont souligné qu’en lisant ces pages, leur vision des quinze dernières années a été transformée de fond en comble.

Nous voici au début de 2015. Un attentat effroyable vient d’avoir lieu contre Charlie Hebdo ce mercredi. Les États-Unis sont dans une alliance avec l’Arabie saoudite, avec le Royaume-Uni et avec d’autres pays du Conseil de coopération du Golfe, c’est-à-dire avec des pays sunnites, pour l’essentiel des monarchies, prétendument en guerre contre l’État Islamique (EI).

Or, les 28 pages suggèrent que cette structure anglo-saoudienne est à l’origine de tout le terrorisme international à l’œuvre depuis une douzaine d’années. Au lieu de révéler l’implication avérée des Saoudiens dans le 11 septembre, tous les sujets saoudiens alors aux États-Unis, y compris des membres de la famille Ben Laden, ont été les premiers à pouvoir emprunter des vols commerciaux après les attentats. Dans les jours suivant les attentats, ils furent tous arrêtés puis placés sur des vols en direction de l’Arabie saoudite, hors du périmètre de la justice américaine.

Le cover-up (dissimulation des preuves) a perduré et le résulat a été, comme l’a souligné le sénateur lors de la conférence de presse :

Ne craignez rien pour votre impunité, car les États-Unis dissimuleront l’implication anglo-saoudienne. »

Les enquêtes sont en cours dans l’affaire de Charlie Hebdo et toute conclusion serait prématurée. Cependant, certains aspects sont clairement apparus et ont été vérifiés : d’abord, les deux frères impliqués dans le carnage faisaient partie d’un réseau ancien de djihadistes opérant sous la protection de la monarchie britannique. Il y a des mosquées à Londres, notamment celle de Finsbury Park fréquentée par les recruteurs des frères Kouachi, qui a été protégée pendant de longues années par la Couronne britannique et le renseignement britannique. Abou Hamza, le prédicateur principal de cette mosquée, a été récemment extradé vers les États-Unis pour y être jugé en tant que recruteur d’Al Qaïda et d’autres groupes djihadistes. L’argument principal évoqué par son avocat est le fait que son client travaillait pour le MI5 anglais. Cet argument est crédible.

Cette structure anglo-saoudienne est la source principale de financement, d’entraînement et de protection du terrorisme international. Tant que cette vérité restera cachée du peuple américain et du monde, il sera impossible d’enrayer le terrorisme. Et pourtant, rien qu’en révélant la vérité, en commençant par la déclassification de ces 28 pages, l’on aura un début de solution.

J’ajouterais que quelques mois avant le 11 septembre 2001, l’EIR avait présenté un dossier à la secrétaire d’État américaine de l’époque, Madeleine Albright. Par ce dossier, réunissant uniquement des informations appartenant au domaine public, nous avons demandé au Département d’État d’inscrire la Grande-Bretagne sur la liste des pays instigateurs du terrorisme (EIR, Put Britain on the List of State Sponsoring Terrorism ; Vol. 27, N°3, 21 janvier, 2000)

Le dossier présente les plaintes transmises au ministère britannique des Affaires étrangères par l’Égypte, la Russie, le Pérou, la Colombie ou encore l’Inde, et dans chaque cas, la plainte était identique : des réseaux terroristes opérant dans ces pays avaient des bases-arrière en Angleterre et bénéficiaient de soutien logistique et de financement du gouvernement britannique. Dans le cas de la Russie, des mosquées au Royaume-Uni ont recruté des djihadistes. Après entraînement en Afghanistan et au Pakistan, ils ont été expédiés dans le Caucase pour se joindre aux réseaux tchétchènes qui menaient des opérations sanglantes contre la Russie. Dans le cas de l’Égypte, le groupe du Djihad islamique, qui a massacré des touristes sur le site touristique de Louksor, opérait à partir de Londres et de réseaux sous la protection du gouvernement britannique.

La question que posent ces 28 pages dépasse donc de loin l’Arabie saoudite en tant que telle. Elle va au cœur de la nature même des puissances impériales. En rendant publiques les 28 pages, en dévoilant la vérité nous rendons justice aux familles, à tous les Américains et à toutes les victimes du terrorisme au niveau mondial et posons les bases pour mettre un point final. Le terrorisme n’est pas un « phénomène sociologique ». Comme le trafic mondial de la drogue, tous les chemins mènent à ce que la presse britannique surnomme elle-même le « Londonistan ».

Pourquoi attaquer la France, pourquoi Hollande ?

(…) Une dernière chose : pourquoi Paris ? Pourquoi la France ? Les actions terroristes visent des objectifs stratégiques. Dans le cas présent, celui de la France, pourquoi cibler Hollande ? Pourquoi cibler la France ? Au cours des dernières semaines, Hollande, certes ayant perdu beaucoup de soutien populaire, a rompu les rangs et résisté aux pressions de Londres et de Washington. Il a dit : « Cessons ces provocations contre la Russie. Cessons de pousser la logique de guerre généralisée. Levons les sanctions et essayons de collaborer avec la Russie. »

Ce grand retournement a provoqué une forte colère à Washington et parmi ses vassaux en Europe. Ainsi, et c’est également ce que j’ai pu entendre de gens bien informés, proches du gouvernement américain, l’attentat contre Charlie Hebdo est un coup de semonce pour le Président Hollande. On tente de l’obliger à renoncer à ses efforts pour enrayer les préparatifs de guerre.

Extrait de la conférence de presse du 7 janvier sur les 28 pages :

NB : Si les sous-titres français ne s’affichent pas, activez-les avec le bouton en bas à droite du lecteur.

L’intégralité de la conférence de presse est disponible en anglais : http://youtu.be/sy97uKT6hjE

Voir les 2 commentaires

  • CV • 12/01/2015 - 20:40

    Oui, Basta !
    Il est certes à noter qu’effectivement Hollande s’est plutôt rapproché de Poutine et qu’il semble bien que du côté Transatlantique les choses s’empirent !
    Preuve est que Elizabeth II et Obama devait venir le 11/01/2015(11/ 1+2+1+5= 9, donc 11/9.....?) à Paris et qu’il n’en fût rien, avec leurs "amis"(tout aussi criminel !)Omar Bongo, Benjamin Netanyahu, Petro Porochenko, Angela Merkel, David Cameron, etc.....ce qui peut vouloir dire que le torchon brûle entre la France et ses pseudos alliés Anglo-Américains......
    La Zone Euro est au bord du Gouffre et le système Financier Internationale est au bord du Crash......
    Hollande aurait-il changé de conseillers ?
    Espérons -le.

    • Norton • 27/01/2015 - 16:55

      Je me suis fait la même réflexion lorsque François Hollande à décidé d’intervenir au Mali malgré les protestations du Quatar et la grimace de Whashington ...

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