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La finance folle et l’UE partent en guerre contre l’Italie

La rédaction
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Le bras de fer actuel entre Bruxelles et Rome renvoie aux heures les plus sombres de l’UE, comme lorsque, pendant l’été 2011, Mario Draghi et Jean-Claude Trichet, respectivement futur et futur-ex président de la Banque centrale européenne, avaient imposé un ultimatum au gouvernement italien, en prélude d’une attaque des marchés financiers, puis d’un coup d’État institutionnel qui avait placé au pouvoir le cabinet technocrate de Mario Monti.

S’il arrive souvent à l’histoire de se répéter, tout d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce, pour l’heure rien ne permet d’envisager une capitulation de l’actuel gouvernement italien. L’Italie n’est pas la Grèce. Rome le sait et Bruxelles ferait mieux d’en prendre conscience.

Le 5 octobre, quelques jours après la présentation par la coalition Ligue-M5S (Mouvement 5 étoiles) du budget italien 2019 devant l’exécutif européen, comme c’est désormais obligatoire, les commissaires européens Valdis Dombrovskis, en charge de l’euro et du dialogue (sic), et Pierre Moscovici, en charge des finances et de l’économie européenne, ont adressé une lettre à Giovanni Tria, le ministre italien des Finances, l’enjoignant à revenir presto dans le droit chemin des critères d’austérité européens.

« Nous appelons les autorités italiennes à s’assurer que le projet budgétaire sera conforme avec les règles budgétaires communes », précisent les deux commissaires européens, pour rappeler au bon souvenir que les règles (arbitraires) de l’UE, déclinées du Traité de Maastricht, passent avant la démocratie. « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre le Traité », avait souligné Jean-Claude Junker, président de la Commission, en 2015.

Ce qui devait arriver arriva : les marchés se sont rués sur les bonds italiens, provoquant la flambée des taux d’emprunt à dix ans et du spread (écart entre les taux italiens et les taux allemands), ainsi que le dévissage des banques italiennes sur les marchés, le 8 octobre. Le lendemain, le FMI en remettait une couche en revoyant à la baisse ses prévisions de croissance de l’Italie pour 2018 et 2019.

« Derrière cette agitation, il y a une manœuvre à la Soros [1], a répliqué Matteo Salvini, le dirigeant de la Ligue et ministre de l’Intérieur. Au nom du gouvernement, j’affirme que nous ne reviendrons pas en arrière. Ceux qui veulent spéculer sur l’économie italienne perdent leur temps ».

L’Italie va-t-elle brandir l’arme de la séparation bancaire ?

Moscovici et Dombrovskis sont emblématiques d’une classe dirigeante occidentale qui ne comprend plus le sens de l’histoire et la nature de la crise globale, et qui s’est progressivement « citadellisé », comme le décrit bien Christophe Guilly dans son livre No society. Signe des temps, Moscovici appartient à un parti politique qui a presque complètement disparu de la scène politique française, tandis que celui de Dombrovskis vient d’essuyer une défaite massive aux élections nationales en Lettonie, passant de 19,9 % à 6,7 %.

Désespérément à la recherche d’une vraie alternative, les populations s’en prennent de plus en plus à cette oligarchie des incapables ; elles ne supportent plus son arrogance immature, à coup de « Casse-toi pauv’ con ! » et autres « Traverse la rue ! » Elles n’en peuvent plus de subir la désintégration économique et culturelle et n’acceptent plus de se faire dicter une politique d’austérité suicidaire par les technocrates non-élus de Bruxelles.

Que cette pseudo-élite s’entête à faire la sourde oreille à cette colère et à reproduire les mêmes erreurs ne devrait pas nous étonner ; elle est « programmée » pour cela. Elle se condamne ainsi à provoquer sa propre chute tout en favorisant la montée des « populismes » de tout bord qui lui font tant horreur, et qui risquent bien de déferler sur les élections européennes en avril prochain.

Mais la crise n’attendra sans doute pas le mois d’avril. Le 15 octobre, le gouvernement italien publiera les détails de son budget. Si la coalition maintient sa première proposition, ce qui semble très vraisemblable, les agences de notation dégraderont immédiatement la note des obligations italiennes, voire même la note de l’Italie en tant que pays, ce qui pourrait déclencher une grave crise bancaire, non seulement en Italie, mais dans l’ensemble du système financier occidental.

Notons que dans son rapport annuel du 9 octobre, le FMI n’hésite plus à prononcer le mot tabou du risque de « seconde grande Dépression », ce mot avec un grand D que tout le monde avait pris soin de ne jamais prononcer, même au cœur de la crise de 2008. Il ne savait pas si bien dire : dans les heures qui ont suivies, un vent de panique s’est emparé des marchés boursiers.

Le gouvernement italien sait à quoi il fait face ; il prend soin de ne pas entrer dans un affrontement trop brutal, sachant que les spéculateurs ne lui feront pas de cadeaux, et que Bruxelles entend bien reproduire le scénario infligé à la Grèce en 2015. Mais répétons-le, l’Italie, troisième économie européenne, n’est pas la Grèce. De plus, la population italienne soutient largement la coalition Ligue-M5S, avec un taux d’approbation de 64 %, selon les derniers sondages. Et si les marchés et l’UE persistent à vouloir mettre ce gouvernement à genoux, il est tout à fait possible qu’il décide de mettre en place la séparation bancaire (sur le modèle de la loi Glass-Steagall adoptée par Roosevelt en 1933) comme moyen d’auto-défense. Rappelons que cette mesure figure dans le programme de la coalition.

Alors, ne faisons pas l’erreur de Mélenchon et d’autres de se fixer sur le chiffon rouge de Matteo Salvini que les médias agitent avec insistance. Soutenons ce pays qui résiste courageusement contre cette dictature financière, et faisons tout en France pour remettre au cœur du débat le Glass-Steagall et le nouveau Bretton Woods, deux étapes essentielles d’une refonte globale de l’architecture monétaire et financière internationale, dans laquelle la monnaie et le crédit redeviendront des instruments au service du développement économique des pays et du progrès humain.


[1Allusion aux attaques spéculatives contre la lire italienne lancées en septembre 1992 par le milliardaire américain George Soros, plongeant le pays dans la crise. C’est d’ailleurs par la suite qu’ont été engagés les premiers grands plans de privatisation et de libéralisation.

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