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Colbert... Ce qu’ils ne veulent pas comprendre

Le colbertisme revient-il en force ? Depuis la rentrée, c’est à coups de clairon et brandissant l’étendard de cet exceptionnel ministre de Louis XIV, à l’origine de la première révolution scientifique et industrielle, qu’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, a présenté ses projets pour une nouvelle France industrielle. Réalité ou poudre aux yeux ? C’est ce que ce dossier se propose d’examiner.

 Colbert... Ce qu’ils ne veulent pas comprendre

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Une de notre journal militant Nouvelle Solidarité du 4 octobre 2013

Le 12 septembre, Arnaud Montebourg et le président François Hollande ont exposé au pays les contours d’une nouvelle politique industrielle. Il s’agit de 34 projets destinés à combler le fossé qui s’est creusé entre la France et le reste des pays avancés, en raison du choix fait dans les années 80 d’une économie de services contre l’industrie, d’une économie financière contre la production.

L’attente était grande, tant la menace de déclassement de notre pays est aujourd’hui clairement ressentie. Trop habituée aux progrès hérités des vastes efforts menés par une figure politique d’exception, Charles de Gaulle, et par la poignée de républicains issue des rangs du Conseil national de la Résistance, une partie de la population se réveille et découvre aujourd’hui, sonnée, qu’on est au bord du gouffre. Comme l’a dit Arnaud Montebourg, avec une part d’industrie dans notre PIB qui n’est plus que de 11 %, contre 23 % pour l’Allemagne et 17 % pour l’Italie, « si nous ne réagissons pas collectivement, nous ne pourrons bientôt plus financer notre modèle social, nos dépenses militaires, notre rayonnement diplomatique et culturel dans le monde ».

Voilà donc le défi auquel MM. Montebourg et Hollande ont voulu répondre, en présentant ces projets prioritaires, nouvelle mouture d’un colbertisme « participatif », nom qu’aurait soufflé à l’oreille d’Arnaud Montebourg Jean-Louis Beffa, l’un de nos derniers pompidoliens.

C’est tambour battant que cette politique fut présentée, accompagnée d’un clip enthousiasmant sur le thème de « La France se réinvente » , dans lequel Solidarité & Progrès a reconnu certains de ses thèmes. En quelques minutes, on y voit passer trois siècles d’inventions françaises, depuis les manufactures de Colbert à la fusée Ariane, en passant par la machine à vapeur, l’automobile et autres découvertes de Pasteur et de Marie Curie. En écho, la revue Historia de septembre consacrait sa une et 28 pages à « Colbert, le « vrai » ministre du Redressement productif » [voir plus bas ].

Le vidéo publiée par l’Elysée le 12 septembre 2013.

Le projet est-il cependant à la hauteur de la situation ? Alléchants à première vue, et nécessaires pour un certain nombre d’entre eux, ces projets risquent d’entrer dans l’histoire comme le baroud d’honneur avant la capitulation.

Ce sont des projets à moyen terme, cinq à dix années maximum, destinés à permettre à la France de rattraper rapidement son retard sur des technologies déjà existantes ou sur le point de l’être. Des recherches d’un an, à l’aide du cabinet McKinsey, ont abouti à ces choix, en fonction de leur potentiel de croissance forte et des atouts spécifiques de la France aujourd’hui.

Regroupés en quatre domaines - transition énergétique, numérique, santé et transports – on y trouve : la rénovation d’une filière bois que les procédés modernes des matériaux composites remettent au goût du jour ; le développement de l’avion, du navire et des satellites à propulsion électrique (la France excelle dans cette dernière filière grâce à l’apport des savants de l’ex-URSS) ; la robotisation afin de combler notre retard (35 000 robots) par rapport à l’Allemagne (150 000) et l’Italie (75 000) ; la voiture autonome, destinée aux seniors et aux handicapés, autant qu’aux transports de conteneurs ; les hôpitaux numériques, à l’heure où se développe la médecine à distance ou assistée par ordinateur ; les nanotechnologies en général. Mais aussi, hélas, les très improductives énergies renouvelables.

 Un colbertisme émasculé

Pourquoi ces projets risquent-ils de rester lettre morte ? Parce que, contrairement à ce que croit François Hollande, la crise financière n’est pas derrière, mais devant nous. La France paye aujourd’hui sa décision de renflouer un système bancaire en faillite, ce qui pèse sur ses finances et l’oblige à imposer l’austérité sur toutes ses dépenses. C’est pourquoi l’Elysée ne pourra consacrer à ces projets que 3,7 milliards d’euros et clame que « ce sont les investissements privés que doivent déclencher ces plans ».

Mais les banques, toujours chargées de titres toxiques, ne prêtent pas à l’économie. Elles spéculent encore plus pour se rattraper des pertes toujours en cours ! Leurs bilans ont augmenté de 30 % depuis 2007-2008, mais, selon la Banque des règlements internationaux (BRI), sur la totalité des prêts consentis par les banques internationales, seuls 22 % vont à l’économie.

D’autre part, incapables de contester les principaux axiomes de l’économie libérale, qui reposent sur le rejet de la responsabilité et du volontarisme de l’Etat, c’est un colbertisme émasculé qu’ils nous proposent.

Certains ministres et conseillers rêvent des « plans » du passé, mais M. Hollande a été très clair : « Il ne s’agit plus de revenir aux grands plans des années 60 ou 70, où l’Etat était à la fois inventeur, prescripteur, producteur et client final ; ce temps-là est terminé. » L’Etat « n’a pas à se substituer à l’initiative privée », il lui revient seulement de « définir un cadre, d’accompagner, de stimuler ».

Les représentants de l’Etat sont fiers d’annoncer, en effet, que 80 % de ces projets viennent des entreprises. Ils seront pilotés, à quelques exceptions près, par les grands groupes français : Veolia, Renault, Alstom, EADS, Gemalto, Robopolis, Atos, Capgemini. La contribution de l’Etat se limitera à assurer la commande publique, modifier certaines réglementations, assurer le crédit d’impôt recherche et organiser tous les six mois une réunion de suivi.

Non qu’il faille que l’Etat agisse sans concertation avec les entreprises, les scientifiques, la société civile. Le succès du Plan Marshall fut garanti par les missions multipartites de productivité organisées en France par les héritiers de Roosevelt. Mais de là à laisser l’initiative aux très gros entrepreneurs, il y a un grand pas. Or, comme on le voit dans la procédure adoptée par l’Etat pour choisir ces projets, nous sommes toujours à la traîne des besoins définis par les marchés, qui ne coïncident pas avec ceux de l’intérêt général.

 Le choix du long terme

En attendant de connaître le choix d’investissements de rupture pour 2030 de la commission d’Anne Lauvergeon, il manque à ces projets le moteur énergétique pouvant provoquer les fortes hausses de productivité et la croissance par bonds des Trente Glorieuses.

Les projets choisis orienteront nos entreprises vers un effort de réduction de la consommation énergétique, sous l’emprise d’une transition écologique imposée par des courants malthusiens britanniques dans le contexte de la « grande peur du réchauffement climatique » . Cette idéologie a aussi conduit M. Hollande à annoncer une politique aux conséquences très graves : la réduction de moitié de la consommation énergétique d’ici 2050. Car il y a un lien direct entre consommation d’énergie et niveau de vie.

Une vue en surplomb fait tout de suite apparaître, au contraire, que l’urgence est de fournir l’énergie supplémentaire pour les deux milliards d’individus vivant encore dans les conditions du Moyen-âge, et pour les générations à naître ! C’est la fission nucléaire de IVe génération, plus sûre, puis la fusion, qui devront ainsi assurer les besoins toujours croissants en énergie de notre espèce. On l’a vu historiquement, ce sont les percées dans les énergies à plus haute densité énergétique – plus de travail pour un moindre effort – et dans les technologies qui leur sont associées, qui augmentent massivement la production, réduisent les coûts de production et l’impact sur la nature.

Ainsi, la séparation isotopique [1], retombée des recherches sur l’atome, ouvrira la voie à des familles entières de nouvelles ressources ; le développement de la filière des lasers, issue de la recherche sur les énergies dirigées, et de la fusion, permettra d’acheminer cette puissante énergie directement aux entreprises. Enfin, les réacteurs de IVe génération, à très haute température, pourront en même temps produire de la chaleur et de l’hydrogène, et dessaler l’eau de mer.

Le marché est-il prêt à se lancer dans ces domaines ? Non. Seul l’Etat, représentant de l’intérêt général, peut prendre en charge le développement des générations futures. C’est cela, le colbertisme !

  Historia défend Colbert !

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Couverture du magazine Historia de septembre 2013.

La revue Historia de septembre a consacré un dossier très intéressant à cet homme exceptionnel. Doit-on y voir un tournant vers une remise en question des dogmes libéraux qui nous ont conduits à la perte de notre substance industrielle ?

En tout cas, c’est bien la première fois depuis plusieurs décennies que ce grand ministre est mis à l’honneur, avec des contributions de cinq économistes, professeurs ou autres spécialistes. Les rares parutions au cours de ces années de libéralisme noir, à l’image de l’ouvrage de François d’Aubert paru en 2009, ont cherché à discréditer Colbert, le faisant passer pour aussi corrompu que le surintendant des Finances Nicolas Fouquet qu’il fit arrêter. On n’a pas vu cet homme politique user d’un stylet aussi tranchant pour dénoncer les turpitudes qui nous ont conduits à la crise de 2007…

Les lecteurs assoiffés par la médiocrité du débat ambiant et avides de ces grands moments de l’histoire qui pourraient inspirer un changement de cap, apprécieront ce dossier. De rares phrases malheureuses se glissent ici ou là, comme celle de Joëlle Chevré, pour qui « cupidité et cynisme constituent la part obscure » de Colbert. Sa tentative de réduire à la défense d’intérêts claniques le patriotisme de celui dont la devise était : « Pour le roi souvent, pour la patrie toujours » , est tout aussi abusive. Colbert ne cessa de placer son action dans les pas de Charlemagne et de ces « grands » Richelieu, Louis XI et Henri IV, conscient de faire partie d’une lignée d’hommes dont le combat pour le développement de la nation France remonte très loin. Il y a aussi, ici ou là, une tentative par trop pragmatique de réduire Colbert à un « monétarisme » mercantiliste. Dire que la quête du « numéraire » via les exportations était le but ultime de la politique de Colbert, c’est oublier que nous sommes dans le pays de Jean Bodin, pour qui « il n’est de richesse que d’hommes » , et d’hommes éduqués et productifs.

D’autres éléments qui étaient au centre des préoccupations de Colbert, et doivent être une source d’inspiration pour nous aujourd’hui, n’ont pas été assez soulignés.

 Lutte contre la finance

D’abord, la préoccupation constante de Colbert de soutenir les peuples contre les financiers. « Les deux professions qui consomment cent mille de vos sujets inutilement (...) sont la finance et la justice [officiers de justice qui imposaient un joug tyrannique aux peuples] », écrivait-il à Louis XIV le 22 octobre 1664. C’était l’époque des « Grands Jours », où Colbert instaura un tribunal de justice à travers le pays pour entendre les peuples et condamner ces abus. Il déploya la même énergie à empêcher la saisie du bétail pour cause de dettes, créant les conditions pour un remboursement différé par les laboureurs.

Ce choix n’est pas celui du gouvernement actuel : pas une seule sanction contre les pratiques spéculatives des banques, et comme l’illustre le cas de Dexia, l’Etat continue à renflouer les banques qui ont spéculé, au détriment des contribuables.

 Volontarisme et moteurs

Pour réussir, le volontarisme doit aussi se traduire dans le domaine de la mécanique et de l’énergie. Lorsque Colbert arriva aux affaires en 1661, les savants des grandes nations s’afféraient à construire un moteur, afin de décupler la force de travail des hommes et les soulager du travail manuel. C’est fut une préoccupation centrale de l’Académie des Sciences fondée en 1666, véritable moteur du renouveau scientifique et technologique de la nation.

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Fig. 1 : Le moteur à explosion de Papin (1690) faisait appel à la vapeur et à la pression atmosphérique pour soulever un poids.

Outre sa découverte du calcul infinitésimal, suite à ses lectures de Pascal, Leibniz collabora avec Christian Huyghens, président de l’Académie, et avec Denis Papin, à la construction de la première machine à vapeur. Un mémorandum de Huyghens à Colbert, portant sur ces questions, dont chaque ligne est approuvée de sa main, atteste de l’importance que Colbert accordait à ces travaux. [2]

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Fig. 2 : Machine à vapeur de Papin de 1707. La vapeur transmise de la chaudière A via le tuyau B, fait pression sur le piston F qui repousse avec force l’eau qui arrive par H. Repoussée vers le réservoir au point M, l’eau est ensuite expulsée avec force en X sur les roues à aubes.

A l’époque, on cherchait à utiliser la pression atmosphérique pour soulever un poids (Fig.1). Pour utiliser cette force, Papin et Huyghens ont d’abord testé le premier moteur à explosion. Au bas d’un piston, la poudre contenue dans une petite boîte était chauffée pour pousser le piston vers le haut et en chasser l’air (provoquant le vide). Par l’effet de la pression atmosphérique, le piston redescendait ensuite avec la force d’un kg par cm2, soulevant un poids qui lui était attaché. Cette expérience échoua, mais Papin décida d’utiliser la « violence » de la vapeur d’eau pour lever le piston à la place de la poudre. Ce fut la première machine à vapeur : deux tubes pesant 40 livres chacun ont pu soulever à 4 mètres un poids de 2000 livres !

Entre juillet 1698 et 1707 cependant, fruit d’un dialogue épistolaire nourri, Papin et Leibniz découvrent qu’il est bien plus efficace d’utiliser la force élastique de la vapeur pour exercer un travail, plutôt que de passer par la pression atmosphérique. Conscient d’avoir découvert une force qui « peut augmenter les pouvoirs de l’homme à l’infini » et faire « qu’un homme puisse faire avec ces moyens ce que cent autres peuvent faire sans elle » , Papin créa le premier bateau à vapeur avec roues à aubes. Cent ans avant l’Angleterre, la machine à vapeur (Fig.2) était inventée en France !

Revenons aux projets de la nouvelle France industrielle. En promouvant les « énergies renouvelables », on fait exactement la démarche inverse de celle de Colbert. A son époque, les renouvelables étaient déjà largement répandues. Elles permettaient l’existence, bien misérable à lire les récits de Vauban, de quelques 600 millions d’âmes dans le monde. De par leur faible densité, la capacité de travail des renouvelables est bien moins grande que celle de la machine à vapeur. Veut-on donc revenir à une humanité de 600 millions d’habitants, ou, au contraire, comme Colbert à son époque, inventer le feu nucléaire de demain pour le développement des générations futures ? C’est l’enjeu réel de notre avenir.

 Solidarité & Progrès contribue au dossier d’Historia sur Colbert

Voici les trois questions qu’Historia a posées à Christine Bierre pour son dossier Colbert. Française par choix, elle milite depuis des années avec Solidarité & Progrès pour que la France revienne à cette pensée, source d’immenses richesses cognitives, politiques et morales, autant qu’économiques. [3]

De quelle manière Colbert a-t-il lutté contre les dérives budgétaires de ses concitoyens ?

Les émissions de crédit productif par une banque centrale publique, clé de nos Trente glorieuses, n’avaient pas encore été inventées ! Les rois, n’ayant que l’impôt et leurs revenus pour conduire la politique du pays, devaient, comme aujourd’hui, emprunter aux financiers et gager l’impôt, dont la collecte était livrée à des agents privés – on en recensa 30 000 en 1661 ! Ceux-ci se servaient tellement dans les caisses que, sur les 85 millions de livres collectés pour l’année 1661, il ne resta au souverain que 31 millions. Colbert s’attaque avec la plus grande énergie à la corruption financière et aux abus des fermiers généraux en réduisant drastiquement le nombre de rentes et de fermes (forme d’impôt indirect). Le résultat est à la hauteur : en 1667, sur 95 millions prélevés, 63 reviennent au roi. Le royaume peut alors investir pour redresser la nation.

A-t-il finalement redressé le pays ?

Le résultat est spectaculaire jusqu’en 1672, début de la guerre de Hollande. Le Trésor ne compte plus que 8 millions de dettes. En dix ans, la France est devenue la première puissance économique en Europe. Ennemi de l’esprit de « rentier », Colbert a promu une économie tirée par la recherche de pointe, les infrastructures et le travail qualifié. C’est l’Académie des sciences qui organise la première révolution industrielle. Moteurs à combustion et à vapeur y sont conçus, tout comme les manuels de production de machines et de navires à la chaîne, mis au point en un jour grâce à l’ Atlas de Colbert. Tous les ports sont modernisés - et d’autres, construits de toutes pièces, comme celui de Rochefort -, et les hydrauliciens travaillent aussi à la merveille de l’époque : le canal du Midi - quinze ans de travaux et 12 000 ouvriers. La croissance est ainsi relancée, et les impôts peuvent alors remplir les coffres de l’État !

Quels sont les pays qui aujourd’hui ont recours au colbertisme pour lutter contre la crise ?

Seules la Russie, la Chine et l’Inde s’en approchent. Car ces pays ont encore des banques centrales publiques, ce qui leur permet d’investir en fonction de l’intérêt général - et non des marchés financiers... La Chine, en particulier, très dépendante de ses exportations vers l’Occident, a massivement augmenté ses investissements dans les infrastructures pour faire face à la crise - chemins de fer, aménagement de l’eau, énergie nucléaire... Cette démarche est proche du colbertisme, car des fonds publics investis dans les secteurs de pointe résulte une croissance réelle, là où une approche économique de type keynésien se contente des effets de croissance monétaire, souvent induits par la création d’emplois non qualifiés dans des domaines non productifs, comme les services.


[1Variantes d’un même élément ayant le même nombre de protons, mais non de neutrons, et que l’on peut séparer et reconstituer. Voir à ce sujet Le laser sera l’outil de l’ouvrier « isotopique » du futur.

[2 « Faire les expériences du vide, par la machine et autrement, et déterminer la pesanteur de l’air. Examiner la force de la poudre à canon en l’enfermant en petite quantité dans une boîte de fer ou de cuivre fort épaisse. Examiner de même façon la force de l’eau raréfiée par le feu. » (Extrait des Lettres, Mémoires et Instructions de Colbert)

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