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Les analyses de Jacques Cheminade

Retraites : la solution est une économie organisée de plein emploi


Par Jacques Cheminade


Dès la rentrée, un débat parlementaire visera à faire voter une loi réformant les retraites. Le projet de loi, actuellement en préparation, sera bouclé fin juillet. Le raisonnement du gouvernement, relayé par la plupart des grands médias, est que le nombre de cotisants diminuant par rapport à celui de retraités, il est inéluctable de serrer la vis en s’en prenant sous une forme ou une autre à un acquis social datant des lois du 5 avril 1910 et du 27 février 1912. Nicolas Sarkozy, en recevant les partenaires sociaux le 15 février, s’est engagé à ne pas toucher au montant des pensions. François Fillon a, lui, indiqué que pour l’instant, la hausse des cotisations retraites n’était pas envisagée : « Il faudra le faire dès que la situation économique et la baisse du chômage le permettront. » Reste donc, toutes choses égales par ailleurs, à reporter l’âge légal de départ à la retraite ou/et à allonger la durée de cotisation. Cependant, ce raisonnement est purement comptable et justifie l’ordre établi, c’est-à-dire une politique de recul social, entreprise depuis plus de quinze ans et aujourd’hui aggravée par la crise.

Le contexte historique

Les réformes de 1993, alors qu’Edouard Balladur était Premier ministre et que Nicolas Sarkozy gérait le budget de l’Etat, et de 2003 ont entraîné une baisse des pensions d’environ 20 %. Deux points sont à l’origine de cette baisse : le passage des dix aux vingt-cinq meilleures années pour l’établissement du salaire de référence servant de calcul au montant des pensions dans le secteur privé, et l’indexation, non plus sur les salaires mais sur les prix, des salaires portés au compte du retraité. Depuis ces réformes, le niveau des richesses de notre pays consacré aux retraites stagne, tandis que le nombre de retraités continue d’augmenter. Dans ces conditions, le niveau des pensions chute.

Peut-on alors accroître la part de la richesse nationale consacrée aux retraites ? Le gouvernement dit non, les caisses sont vides. Sans même faire remarquer qu’elles n’ont pas été si vides pour renflouer les banques, l’on peut simplement constater qu’entre 1993 et 2007, la part des dividendes dans la valeur ajoutée est passée de 10 à 24 %. La vérité est donc que l’on a délibérément choisi de mieux rémunérer les actionnaires plutôt que de maintenir le niveau des pensions. Et l’on veut continuer dans cette voie, mettant à profit la peur de la crise et les discordes de l’opposition.

Le vrai problème

Le vrai problème du système actuel est triple : l’augmentation très lente de la population, l’accroissement du chômage et l’allongement de la durée de vie, qui limitent le nombre de cotisants. Il est vrai qu’en 1975, on comptait 3,15 actifs pour 1 retraité et qu’il n’y en avait plus que 1,51 en 2006.

Cependant, ce ne sont pas là des données sur lesquelles on ne peut pas agir. Tout d’abord,une politique volontariste, juste et optimiste, soutenue par une hausse des allocations familiales en faveur des familles en difficulté et des classes moyennes, inciterait à avoir plus d’enfants, donc à nourrir la part active de la population. On ne l’a pas fait et on ne la fait pas. Ensuite, ce n’est pas l’allongement de la durée de la vie qui pose réellement problème, c’est que nous vivons dans un pays où l’on n’arrête pas de nous dire qu’il faut travailler plus longtemps alors qu’on n’est pas capable de donner du travail au plus de 50 ans ! Enfin, les politiques des différents gouvernements qui ont précédé ont servi le système financier et non l’économie productive, ce qui a fait baisser la part de l’industrie dans sa contribution à la richesse nationale de 24 à 14 % entre 1980 et 2007 et entraîné le chômage.

C’est donc la politique d’ensemble qu’il faut changer, sans prendre les retraités comme boucs émissaires.

Ajoutons deux choses. Premièrement, l’argent des retraités n’est pas stérilisé ; les retraités consomment et leurs dépenses contribuent à la croissance. De plus, en soutenant leurs enfants, ils infusent du pouvoir d’achat supplémentaire. Deuxièmement, lorsque la productivité du travail augmente, dans un système de répartition, un nombre moindre d’actifs peut soutenir plus de retraités.

Le raisonnement du gouvernement et des médias ou « experts » dominants est donc absurde, car il repose sur une conception statique et comptable de la société. La nôtre est dynamique et productive.

Aujourd’hui

Il faut donc commencer par changer d’orientation politique générale, dans le sens pour lequel nous nous battons dans ce journal. Faut-il comprendre qu’il n’y aurait rien à faire par ailleurs ? Non.

Ecartons d’abord les fausses bonnes idées. La retraite par capitalisation est un leurre lorsque les grandes banques et la bourse sont devenues des casinos. La retraite individualisée par points, ou à comptes notionnels, comme en Suède, sape la solidarité collective intergénérationnelle et ne garantit pas le pouvoir d’achat. Elle s’est traduite en fait par une baisse des pensions de l’ordre de 4 %, et l’Etat a été obligé d’intervenir pour éviter une explosion du système. L’allongement de la durée des cotisations, comme le voudrait notre gouvernement, aurait exactement le même effet que de reporter l’âge légal de départ, car de plus en plus de salariés sont contraints de poursuivre leurs activités parce qu’ils n’ont pas fait le plein de leurs droits à 60 ans.

Ce que l’on devrait faire, c’est d’abord élargir l’assiette des cotisations, en y soumettant l’intéressement, la participation et les stocks options. Ensuite, conditionner l’exonération des cotisations sociales à des objectifs en matière d’emploi. Enfin, augmenter les cotisations des employeurs et des salariés, de l’ordre de 0,3 % par an, contrepartie d’une retraite à 60 ans et d’un niveau de pension qui permette de vivre dignement, permettrait de passer le cap à court terme. Il resterait à mettre à contribution les revenus financiers, comme l’a suggéré la Cour des comptes.

A partir de là, on peut discuter de choses sérieuses. Pour commencer, créer un système qui rende justice aux femmes, actuellement spoliées. C’est seulement si elles sont mariées qu’elles perçoivent la pension de réversion de leur époux décédé, une pension réduite de moitié, au mieux. Si elles s’arrêtent de travailler un certain temps pour élever leurs enfants, et de plus ayant des salaires inférieurs pour des fonctions identiques, leurs droits à la retraite sont injustement réduits. Pour continuer, prendre honnêtement en compte la pénibilité du travail, en faisant cotiser davantage les employeurs des secteurs concernés avec une aide éventuelle de l’Etat, pour que leurs employés puissent partir plus vite. Et pour finir, qu’à partir de 18 ans tout le monde puisse valider des droits à la retraite par une cotisation prise sur la solidarité nationale : la période de formation ou d’éducation constitue un atout pour la société car elle améliore le niveau de qualification et la productivité du travail. C’est dans le contexte de cette refondation que l’on pourrait rendre plus justes et égaux les régimes de retraite des fonctionnaires et du privé, non en répartissant différemment une contraction.

Il est donc temps de penser les retraites en dehors du système de contraction économique et sociale que nous subissons depuis une quarantaine d’années. Sortons-en !


Lire aussi : Retraites : rétablir la priorité du travail humain et de la justice sociale !


Voir les 2 commentaires

  • arcane • 09/03/2010 - 18:42

    Je suis de pres tous les boulversements et l’effondrement du systeme qui arrive à son therme.

    L’étau se ressere à chaque jour qui passe et cette enceinte circulaire se retressit un peu plus chaque fois.

    Plus aucune solution ne sera possible dans ce systeme soit pour le prolonger ou l’améliorer.
    Il n’y a plus aucune issue à l’horizontale, la ou voudrait nous maintenir une certaine élite créée par tous d’ailleur.
    c’est une chance en faite, car ce cercle que nous croyons voir est une spirale, et la seule issue possible est de monter dans cette spirale dont la seule porte est une evolution interieure avec une vision totalement differente du sens de la vie de sa vision et de son organisation.
    Nous vivons une crise évolutive individuelle et collective.

    Il est donc necessaire que ce systeme aille à son extreme, une dictature financiere de contrôle, c’est ce qui se produit sous nos yeux.
    Mr CHEMINADE, nous en dévoile les coulisses, et cependant, la majorité des citoyens restent sourds et aveugles.
    seul l’extreme limite , l’instant fatal ou la majorité des individus s’apercevra qu’ils vont perdrent leurs biens matériels et une certaine liberté, ouvrira un maximum de consciences et permettra non sans certaines souffrances d’évoluer de l’interieur. C’est lorseque tout moyen exterieur qui permet de nous raccrocher disparait, que nous sommes obliger d’aller à l’essenciel, l’etre profond qui nous anime et de la batir un nouveau monde.

    Répondre à ce message

  • petite souris • 08/03/2010 - 14:37

    Excellente analyse, raisonnement et proposition concrète.

    Nos dirigeants qui ont fait de longues études, ont oublié d’une façon inversement proportionnelle à la courbe de leur carrière politico-médiatique, le bon sens, l’esprit critique, leurs connaissances, leur capacité d’analyse & de synthèse, ainsi que leurs devoirs envers le peuple de France.

    Répondre à ce message

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Pour quoi se bat  ?

« Élever à la dignité d’homme tous les individus de l’espèce humaine » Lazare Carnot

Solidarité et progrès est le parti du travail humain. Nous voulons :
- que les capacités créatrices de chaque être humain soient libérées pour le bien commun ;
- que personne ne puisse être exploité ou abusé ;
- que les féodalités financières soient mises hors d’état de nuire.

Notre but est donc de vaincre la City, Wall Street et leurs complices européens. En menant :
Une politique internationale de détente, d’entente et de coopération entre peuples et nations, dont les Nouvelles Routes de la soie sont l’amorce. Comme on ne peut les bâtir sur le sable mouvant du système dollar actuel, construisons-les avec le ciment d’un nouveau système monétaire international, ce Nouveau Bretton Woods pour lequel nous nous battons avec nos alliés dans le monde.
Une politique de crédit public national finançant en priorité l’école, la production, l’hôpital et le laboratoire. Le nécessaire préalable pour libérer ce crédit est une moralisation de la vie bancaire (un Glass-Steagall contre les spéculateurs). Mettons-le en place, comme à la Libération !
La sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN, instruments de l’oligarchie financière. Associons-nous avec les autres pays d’Europe et du monde en vue de grands projets de développement mutuel : espace, essor de l’Afrique libérée du franc CFA, économie bleue, énergie de fusion, numérique, création d’emplois qualifiés.

La France doit donner l’exemple. Battons-nous donc ensemble, avec l’arme d’une culture de la découverte et du rire contre le respect qui n’est pas dû.

La politique de en vidéo

Animations réalisées lors de la campagne présidentielle Cheminade 2017.

» Voir le projet complet

en chiffres

La part des dons de personnes physiques dans les ressources financières de S&P.

Le nombre de candidats présentés par S&P lors de 116 campagnes électorales locales et nationales.

Fondation de Solidarité & progrès suite à la dénonciation du "cancer financier" par Jacques Cheminade.

La part allouée à S&P sur les 70 millions d’aide de l’Etat aux partis politiques.

Actions politiques et citoyennes entreprises (au minimum !) par S&P sur une année.

a vu juste sur...

La crise financière de 2008

Lors de sa campagne présidentielle de 1995, où Jacques Cheminade met en garde contre la spéculation insensée sur l’immobilier et les produits dérivés. Il publie ensuite son alternative au monétarisme dans l’ouvrage « Un plan de relance par le crédit productif public. »

La dérive néo-conservatrice de l’administration Obama

Ainsi que nos amis américains, nous avons dénoncé l’emprise du parti de la guerre sur l’administration Obama bien avant le scandale des écoutes illégales ou celui des assassinats "extra-judiciaires", y compris de citoyens américains.

La nature de la guerre en Syrie et le terrorisme

S&P a démasqué dès 2012 (vérifie) l’instrumentalisation des mouvances terroristes pour renverser certains régimes, dont la Syrie.

L’extrême-droite et néo-nazis en Ukraine

Dès le rejet du traité de libre association par le gouvernement ukrainien fin 2013, nous dénoncions le soutien insensé des occidentaux à des mouvances néo-nazies dans le but d’élargir l’OTAN aux frontières de la Russie.

La confiscation des dépôts bancaires ou "bail-in"

Bien avant janvier 2016 et l’application effective d’une directive européenne permettant de renflouer les banques avec l’argent des déposants, nous avons dénoncé dès 2013 cette logique confiscatoire et destructrice.

Le Tsunami financier qui vient

C’est vrai que beaucoup d’économistes en parlent, en tout cas bien plus qu’avant la crise de 2008 ! Et pourtant aucun ne défend la politique de crédit public démocratique qui nous permettrait d’éviter un choc économique sans précédent.

et la vraie Europe

La vraie question est la nécessité de mettre en place un nouvel ordre économique international fondé sur le développement mutuel, en partenariat avec la conception de la Nouvelle route de la soie que portent les BRICS.

L’Union européenne (UE) est devenue le cheval de Troie de la mondialisation financière, de la City et de Wall Street. L’euro en est le vice financier et l’OTAN le bras armé. C’est pourquoi il faut en sortir, mais pas pour faire un saut dans le vide.

Il faut refonder la vraie Europe, l’Europe des peuples, des patries et des
projets, la version du plan Fouchet de 1962 pour le XXIè siècle. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de repartir de l’avant, avec une monnaie commune de référence porteuse de grands projets : ni monnaie unique servant l’oligarchie financière, ni deux monnaies qui ne seraient pas gérables.

Une vraie Europe ne peut se construire sans réelle participation citoyenne. Construisons une France et une Europe que serve réellement le progrès économique et social, contre tout dévoiement financier et géopolitique.

pour une écologie humaine

S&P promeut une écologie responsable et humaine, s’inspirant notamment des travaux de Vernadski sur la Biosphère et la Noosphère.

Nous condamnons les mouvements obscurantistes qui prônent un écologisme "Malthusien" (l’idéologie de Thomas Malthus) qui considèrent que les ressources de la planète sont limitées. Ces mouvements aboutissent fatalement à la conclusion inadmissible qu’il faut imposer une politique de dépopulation.

Ainsi, la première des ressources est pour nous la créativité humaine, la faculté qu’a l’Homme de comprendre et de transformer le monde qui l’entoure.

L’être humain a une responsabilité, et c’est pour cela qu’il faut sortir de la mondialisation prédatrice.

et l’énergie

Il est fou de vouloir sortir du nucléaire, qui est l’expression d’une découverte humaine. Cependant, il doit être réinventé pour en faire un nucléaire citoyen du XXIe siècle, qui nous donnera les moyens d’accueillir les générations futures.
Nous sommes pour la conception de réacteurs de IVe génération et la mise en place d’un programme de recherche accéléré vers la fusion thermonucléaire contrôlée.

Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
Le nucléaire est, enfin, la "clé" de l’énergie nécessaire à la propulsion des voyages spatiaux, qui définissent l’étape prochaine de notre Histoire.

Défendre le travail humain, c’est rejeter totalement les logiques actuelles de rentabilité à court terme. Se battre pour le nucléaire, c’est se battre pour le fondement d’un monde élargi et plus juste.

est fier de déranger

Vous trouverez sur internet un lot défraîchi d’étiquettages en tous genres : S&P est qualifié de d’extrême-gauche, d’extrême-droite, financé par le KGB ou par un milliardaire américain (mais volant des vieilles dames), aux idées tour-à-tour farfelues et dangereuses, et bien évidemment adeptes de la théorie du complot !
Le tout visant à dissuader les citoyens de découvrir nos idées et notre engagement.

Mais derrière ces accusations vous avez d’incessantes manoeuvres politiques : rejet du compte de campagne de Jacques Cheminade en 1995, saisie de 170 000€ sur le remboursement de la campagne de 2012, et bien entendu une exposition médiatique réduite au minimum, ou la plus défavorable possible pendant les présidentielles !

Pour nos ennemis ou adversaires, il s’agit d’empêcher que soit comprise par le peuple une politique de crédit public démocratique, la seule arme qui nous permettrait de diriger la finance plutôt que d’être dirigée par elle.

Si S&P dérange, c’est parce que nos idées frappent l’oligarchie financière en plein coeur. Ce combat émancipateur est l’enjeu culturel de notre temps.

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Jacques Cheminade
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