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Elections allemandes : on parle de tout sauf de ce qui fâche...

La rédaction

Entretien avec Helga Zepp-LaRouche, présidente du parti allemand Büso qui présente 37 candidats à l’élection fédérale du 22 septembre. Propos recueillis à Berlin par Cédric Gougeon, militant S&P.

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Spot officiel du Büso avec Helga Zepp-LaRouche.

Helga Zepp LaRouche, vous avez dit à plusieurs reprises au cours de ces élections que quelle que soit la coalition qui sortira gagnante, que ce soit le SPD ou la CDU, tout a été mis en place pour ne pas soulever les questions importantes concernant la réalité de la crise économique. Qu’essayent-ils de cacher, et à quoi doit-on s’attendre après les élections ?

Je pense qu’il est important pour les Français de comprendre que nous n’avons plus vraiment une véritable démocratie en Allemagne. Nous avons quelque chose que certaines personnes ont appelé à juste titre une « post-démocratie ». Et la définition d’un Etat post-démocratique, est un État où vous avez toujours formellement des élections, mais les questions vitales et les problèmes de la nation sont maintenus en dehors de tout débat. A la place, ce qui est autorisé à être discuté lors des élections sont des thèmes qui ont été soigneusement sélectionnés par des groupes d’experts en relations publiques : tout ce qui peut être amusant ou qui touche à l’émotionnel, mais rien qui ne soit pertinent quant aux questions fondamentales. Vous avez donc un débat tout à fait secondaire voire tertiaire, par exemple sur le nombre de places disponibles dans les crèches, ou le mariage homosexuel, la taxation des poids lourds... Ces questions pourraient avoir une certaine pertinence pour certaines personnes, mais ce ne sont pas les questions fondamentales qui décident de ce que sera l’avenir de ce pays et de son peuple.

Essentiellement, ce qu’ils essaient de cacher est le fait que le système financier va imploser dans le très court terme. C’est une chose tout à fait reconnue parmi les banquiers haut placés, et c’est pourquoi par exemple, lors de la réunion de la Réserve fédérale du 18 septembre, le chef de la banque centrale américaine Ben Bernanke n’a pas osé mettre fin à la politique d’assouplissement quantitatif, parce que cela aurait provoqué une désintégration immédiate du système. Alors ils poursuivent la politique hyperinflationniste de la planche à billet, mais en toute vraisemblance le système ne va pas rester debout au-delà de la fin de l’année fiscale qui est prévue pour fin septembre. C’est la raison pour laquelle toutes les grandes banques, la BCE, la Réserve fédérale, sont en train de se préparer pour le « bail-in », le modèle de renflouement bancaire annoncé par Jeroen Dijsselbloem après que Chypre ait été soumise à la procédure de faillite brutale que nous connaissons. Le bail-in signifierait que dans le cas d’un effondrement d’une ou plusieurs banques « too big to fail », le coût des pertes spéculatives, des contrats sur les produits dérivés en cours, serait attribué aux personnes qui détiennent des comptes dans les banques impliquées. Cela signifierait pour toute l’Europe une coupe drastique du niveau de vie et des capacités industrielles, et conduirait l’Europe et les Etats-Unis vers un effondrement économique total. C’est ce qui se prépare et ce dilemme a été totalement maintenu hors du débat électoral. Le Büso a soulevé cette question à plusieurs réunions des partis dominants au Parlement. Et nous avons obtenu les confessions de plusieurs personnalités politiques du SPD et de la CDU admettant implicitement que le bail-in est bien ce qui se prépare, mais tout cela ne se discute qu’à huis clos, pour ne pas alarmer la population. Ce débat est donc une fraude minutieusement orchestrée, mais l’horrible vérité viendra peu après les élections.

Il y a aussi une grande question que le Büso est le seul à soulever, qui est cette catastrophe annoncée autour de la transition énergétique. Il semblerait que la politique verte qui a été mise en œuvre par Merkel de manière brutale et sans concertation, a sérieusement ébranlé la sécurité énergétique du pays, et a poussé de nombreuses communes et industries au bord du gouffre. Le paradigme vert aurait-il commencé à compter ses jours en Allemagne ?

Oh oui, très certainement ! Il y a ici plusieurs experts qui ont récemment tiré la sonnette d’alarme, disant que la sortie du nucléaire va se terminer par une catastrophe absolue pour l’industrie allemande. En fait, c’est tellement fou, que par exemple, je parlais récemment à une personnalité japonaise de haut rang et elle m’a dit : « Oh, mais nous sommes totalement sûrs au Japon que l’Allemagne doit avoir fait une percée dans la fusion thermonucléaire, et que c’est pour cela que vous avez la possibilité pour l’instant de quitter l’énergie nucléaire. » Alors, quand je lui ai dit c’est très loin d’être le cas, il ne pouvait pas y croire ! « Personne ne peut être si fou et stupide pour laisser tomber une source sûre d’approvisionnement en énergie, alors que vous n’avez rien d’autre à la place. » Mais c’est exactement ce qui s’est passé et nous sommes maintenant prêts à nous écraser contre le mur : la plus grande société d’énergie RWE est en faillite, c’est du moins le discours des initiés. La ligne officielle promulguée par le ministre de l’Energie et de l’Environnement Peter Altmaier est que les coûts totaux pour la « transition énergétique » seraient de l’ordre de 1000 milliards d’euros, mais de sources internes, ils disent tous que le coût réel pour l’Allemagne n’est pas loin de 3000 milliards d’euros. Maintenant, évidemment, cela ne fonctionne pas parce qu’ils n’ont pas encore construit les réseaux électriques. Ils construisent des parcs éoliens en mer du Nord, mais ils n’ont pas les réseaux qui permettent d’apporter cette énergie vers le sud de l’Allemagne, où elle serait nécessaire !

Le transfert d’électricité sur de longues distances est complètement inefficace, mais, plus fondamentalement, le problème est que vous ne pouvez pas stocker l’électricité. Par le passé, la production d’électricité était toujours conforme à la demande ; Il y avait un niveau de mesure moyenne et une mesure maximale. Avec la transition énergétique, ce principe a été abandonné, et maintenant il y a production d’énergie lorsque les ressources sont là : quand le soleil brille, quand le vent souffle, vous avez de l’énergie, mais c’est complètement découplé de la demande réelle de l’industrie et des entreprises. Et selon la nouvelle loi EEG, plus le soleil brille, plus les prix augmentent en raison d’une compensation nouvellement formulée sur la production d’énergie conventionnelle.

Mais tout cela n’est pas seulement économiquement invivable, cela remet totalement en question l’approvisionnement énergétique allemand. Par exemple, nous avons une capacité de stockage de seulement 60 à 70 millions de KW/H par jour, mais nous en utilisons 1,6 à 2 milliards, de sorte que l’on peut s’attendre à de violentes ruptures sur le réseau, et je suis sûre que cela arrivera assez vite. En raison de toutes ces folies, plus de 25% du « Mittelstand » [les PME-PMI allemandes - ndt] est en train de quitter le pays, en particulier ceux qui ont des besoins élevés en énergie, comme le papier, l’aluminium et autres productions chimiques. L’Allemagne risque de disparaître en tant que nation industrielle si cette politique n’est pas inversée à court terme.

Il y a eu récemment un sondage montrant que près de 70% des allemands pensent que les élections n’ont pas soulevé de questions importantes concernant leur futur. Mais vous avez surpris tout le monde en publiant une vidéo sur ce à quoi l’avenir pourrait ressembler si le Büso était à la tête du gouvernement. Alors, quel est l’avenir de l’Allemagne lorsque Wall Street et la City de Londres seront mis en pièces ?

Nous prévoyons que notre programme sera de toute façon mis en œuvre car les choses vont changer : aux Etats-Unis, le Glass-Steagall Act va être rétabli dans un futur proche. D’autre part, des pays comme la Russie, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée, vont tous dans une direction diamétralement opposée à la nôtre. Nous sommes donc en train de nous préparer pour le moment où l’échec des politiques actuelles deviendra évident, et nous sommes prêts à changer la direction des choses. Ce que nous voulons, c’est d’abord la mise en œuvre d’une séparation stricte entre les banques de dépôts et les banques d’affaires à l’image de ce qu’avait fait Franklin Roosevelt. Ensuite, la mise en place d’un système de crédit dans la tradition d’Alexander Hamilton, le fondateur de la première banque nationale des États-Unis, un modèle qui a inspiré le Kreditanstalt für Wiederaufbau [Etablissement du crédit pour la reconstruction, créé en 1948 – ndt] qui a permis le célèbre « miracle économique allemand ». Nous pourrions alors nous lancer sur une toute nouvelle plate-forme économique, avec un programme d’urgence pour la fusion thermonucléaire dans l’esprit pionnier du projet Manhattan. Ensuite, il faut faire en sorte que les défis scientifiques résolus dans le cadre de la fusion soient au plus vite l’objet d’applications dans l’économie. Il nous faut résoudre les problèmes techniques qui subsistent en rassemblant tous les scientifiques du monde entier qui seraient concernés, en leur fournissant des fonds illimités pour avoir le plus rapidement possible une source d’énergie intrinsèquement sûre, et qui pourra résoudre les problèmes de sécurité énergétique et d’approvisionnement en matières premières pour l’ensemble de l’humanité, et cela pour une durée indéterminée. Cela signifie aussi une économie complètement différente : une économie « isotopique », où l’on pourrait développer l’utilisation de la torche à plasma pour produire de nouvelles matières premières à partir des déchets. Ce serait une approche totalement nouvelle face à tous les problèmes, y compris la science de l’espace, ou l’application isotopique à des fins médicales et surtout l’abolition de la faim dans le monde grâce à l’approche agroponique et à une série de nouvelles technologies de ce type. L’Allemagne mènerait l’initiative avec les pays d’Asie, pour construire le système du « Pont terrestre eurasiatique » [réseau de corridors d’infrastructure traversant les continents - ndt] et ainsi créer les conditions pour le développement de l’industrie et de l’agriculture dans toutes les zones enclavées du monde, indépendamment de leur accès à la mer ou aux fleuves. L’on pourrait reverdir les déserts depuis les côtes atlantiques de l’Afrique, à travers le Sahara, jusqu’en Asie du sud-ouest et aux déserts chinois. Ce sera réalisable avec l’énergie nucléaire de quatrième génération, comme tremplin pour accéder à la fusion. Les plantes, les arbres et les forêts qui y croîtrons seront les socles de la seule et véritable initiative de paix pour ces régions aujourd’hui déchirées par de longues guerres et des conflits ethniques.

Ce sera comme revenir à la période optimiste qui a été vécue à l’époque de Kennedy et du programme Apollo, et nous proposons de combiner cet optimisme avec un progrès culturel, en ravivant la grande tradition classique de l’Allemagne dans la science, la musique, la poésie, et nous espérons contribuer avec de nombreux autres pays du monde à bâtir une nouvelle époque de civilisation, qui serait aussi éloignée des axiomes actuels de la mondialisation que le fut la Renaissance face au Moyen-âge. Ce sera un bond en avant dans l’histoire de l’humanité, un retour à l’âge de Raison que mon poète bien aimé Friedrich Schiller avait espéré voir se réaliser de son vivant

Donc, vous lancez un appel au peuple français pour qu’il se joigne à l’Allemagne dans cette nouvelle vision du futur !

Oui, absolument ! Mais cela ne fonctionne qu’avec une alliance de républiques souveraines, et non des pays soumis à la dictature de l’UE qui étouffe toutes les nations de l’Europe comme c’est le cas aujourd’hui. Je pense que l’idée de Charles de Gaulle, des patries se donnant la main pour une Europe des nations souveraines, est exactement ce dont nous avons besoin pour accomplir une telle vision.

Merci Helga Zepp-LaRouche.

« Une vision pour l’avenir », vidéo de campagne du Büso (VF)

Lien de la vidéo : solidariteetprogres.org/futur-allemagne-nucleaire-fusion

Voir les 4 commentaires

  • Ariel Otilibili Anieli • 23/09/2013 - 01:14

    Pourriez-vous nommer les personnes que l’on voit sur les miniatures qui apparaissent à la vingt-deuxieme minute ?

    • Bertrand Buisson • 23/09/2013 - 09:48

      En partant d’en haut à gauche et dans le sens des aiguilles d’une montre : Schiller, Beethoven, Rembrandt, Huygens, Shakespeare, Shelley, Goya, Kepler, Dante, Da Vinci, Rabelais, Carnot, Bach, Leibniz.
      En médaillon, l’école d’Athènes de Raphaël : à gauche Platon, à droite Aristote.

    Répondre à ce message

  • petite souris • 21/09/2013 - 02:26

    plus de démocratie en Allemagne
    plus en France
    pas d’avantage au Portugal, en Espagne en Italie ou en Grèce
    ne parlons pas des royaumes du nord de l’europe
    donc
    L’europe (continent bien sûr pas de la fausse imposée qui va exploser) n’a qu’une seule démocratie : la Suisse mais c’est le refuge des banksters ............à moins qu’ils fassent vite une votation à propos u Glass-Steagal
    alors seulement la démocratie pourra revenir avec le développement qui s’en suivra
    le changement sera arrivé

    Répondre à ce message

  • Eric • 20/09/2013 - 20:44

    "Mais cela ne fonctionne qu’avec une alliance de républiques souveraines, et non des pays soumis à la dictature de l’UE..."
    Non, cela ne fonctionne qu’avec une alliance de démocraties souveraines. Dans une république, c’est l’oligarchie qui est souveraine, et l’oligarchie, vous le savez mieux que moi, ne partage pas du tout vos idées.

    Répondre à ce message

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Une politique internationale de détente, d’entente et de coopération entre peuples et nations, dont les Nouvelles Routes de la soie sont l’amorce. Comme on ne peut les bâtir sur le sable mouvant du système dollar actuel, construisons-les avec le ciment d’un nouveau système monétaire international, ce Nouveau Bretton Woods pour lequel nous nous battons avec nos alliés dans le monde.
Une politique de crédit public national finançant en priorité l’école, la production, l’hôpital et le laboratoire. Le nécessaire préalable pour libérer ce crédit est une moralisation de la vie bancaire (un Glass-Steagall contre les spéculateurs). Mettons-le en place, comme à la Libération !
La sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN, instruments de l’oligarchie financière. Associons-nous avec les autres pays d’Europe et du monde en vue de grands projets de développement mutuel : espace, essor de l’Afrique libérée du franc CFA, économie bleue, énergie de fusion, numérique, création d’emplois qualifiés.

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C’est vrai que beaucoup d’économistes en parlent, en tout cas bien plus qu’avant la crise de 2008 ! Et pourtant aucun ne défend la politique de crédit public démocratique qui nous permettrait d’éviter un choc économique sans précédent.

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