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Marsha Freeman : Curiosity change la donne, mais avec Obama, il n’y aura pas d’autres missions

La rédaction

Marsha Freeman, est l’auteur du livre How we got to the Moon, the story of German Space Pioneers et rédactrice scientifique de l’Executive Intelligence Review (EIR). Dans cet entretien avec le LaRouche PAC, elle replace le rôle de la sonde Curiosity sur Mars dans l’histoire de la recherche spatiale.


Question : Comment l’amarsissage réalisé par la NASA récemment a-t-il été rendu possible ?

Marsha Freeman : Curiosity n’est ni plus ni moins que l’aboutissement d’une série très méthodique de missions vers Mars, débutée il y a quarante ans. Lorsqu’on a démarré dans les années 1960, on était déjà très heureux de parvenir à faire décoller une fusée sans qu’elle explose. Les premières missions vers Mars avaient pour seul but d’arriver à faire décoller un engin spatial, de l’envoyer là-haut et de le diriger vers Mars. On n’était pas vraiment capable de le contrôler, et on espérait juste obtenir le meilleur résultat possible. Les fusées n’étant pas équipées de moteurs capables de ralentir leur trajectoire, il était impossible de mettre quoi que ce soit en orbite autour de Mars.

Ainsi, les premiers vaisseaux spatiaux – la série des Mariners – arrivaient juste à voler. En approchant de Mars, ils pouvaient prendre quelques dizaines de photos. Et bien sûr, le vaisseau spatial allait assez vite, et c’était les technologies photographiques des années 1960 – même pas ce que vous avez aujourd’hui sur votre téléphone portable, loin de là !

Ces images étaient très décevantes. On voyait des trucs flous, rien de vraiment reconnaissable, peut-être des cratères, mais rien qui ressemblât aux créatures qu’imaginaient les auteurs de science-fiction.

Tôt dans les années 1970, notre technologie de fusées s’est améliorée et l’on était capable d’envoyer des vaisseaux spatiaux qui ne se contenteraient pas de passer devant la planète sans s’arrêter, mais pourraient se mettre en orbite. C’est ainsi qu’en 1971, Mariner 9 a pu ralentir suffisamment pour se faire « aspirer » par la gravité de Mars et, en quelques années, prendre d’assez bonnes photos. On a commencé à observer des montagnes, des cratères, des canyons et de grandes formations géologiques. Il est donc devenu très clair que Mars était un endroit très intéressant à étudier ; qu’il avait probablement changé d’apparence au fil du temps, peut-être sur des milliards d’années. Cela devenait donc très intéressant.

La mission Viking

Une des questions qui s’est posée d’elle-même dès le début est celle de la vie ; non pas celle de ces« petits hommes verts » ou autres que la science-fiction avait imaginés, mais peut-être de microbes ou de choses un peu plus grosses, qui auraient vécu sur Mars dans le passé ou qui pourraient encore s’y trouver.

Cela a mené à la série de missions suivantes. Pouvait-on se rendre là-haut et trouver de la vie, ou peut-être des fossiles ? Ainsi, au milieu des années 1970, on a envoyé quelques magnifiques vaisseaux spatiaux. C’était la mission Viking. Elle incluait deux atterrisseurs et deux satellites, de sorte que lorsque les atterrisseurs se dirigeraient vers Mars, les satellites offriraient une vue plus large de ce qu’ils recherchaient, en observant depuis leur orbite. Les atterrisseurs Viking ont mené des expériences chimiques et atmosphériques. Ils ont vu de la glace le matin sur les roches de Mars, ce qui nous a donné une idée de la manière dont l’eau gelée aux pôles – aux pôles Sud et Nord de Mars – évolue et s’évapore parfois, puis gèle et dépose de la glace sur le sol et les roches.

Il y a eu une série d’expériences chimiques avec Viking sur le vivant : trouverions-nous des traces de vie ? On ne pensait pas que les appareils photos allaient observer des petits trucs qui bougeaient partout, mais puisque toute la vie sur Terre implique la présence de carbone, d’une manière ou d’une autre, ainsi que de composés organiques, on se demandait si l’on trouverait ces composants Mars.

En tous cas, les instruments fonctionnaient très bien, très longtemps, mais quand les résultats sont arrivés sur Terre, un désaccord est apparu entre scientifiques.

Une des premières expériences, du nom de Labeled Release Viking Experiment, montrait qu’effectivement, il y avait eu de la vie sur Mars. L’expérience consistait à faire chauffer des échantillons de terre récoltés par le bras du robot. En principe, si ces échantillons avaient été exposés à du carbone radioactif, s’il y avait eu présence d’organismes vivants, ils auraient mangé ce carbone radioactif, un phénomène observable.

A la vue des résultats, le scientifique en charge de cette expérience, Gilbert Levin, était convaincu : il y avait des indications que ce phénomène se produisait. C’était très, très excitant.

Le problème est qu’une autre expérience de la même mission ne montrait aucune indication de matériau organique. L’interprétation des expériences portait donc à la contradiction. La communauté scientifique a donc décidé que l’expérience de Levin était probablement contaminée et qu’elle ne montrait aucune trace de vie.

Cela fait des années que la communauté scientifique souhaite clore le chapitre de la vie sur Mars. Pour sa part, Gilbert Levin, le chef du projet, n’a jamais abandonné. Il a continué ses recherches, il a continué ses investigations sur les résultats, et quelques années plus tard, des choses extrêmement intéressantes ont été découvertes.

Tout d’abord, ils ont pris les instruments scientifiques « prouvant » qu’il n’y avait aucune vie organique sur Mars et les ont emportés dans le désert d’Atacama, au Chili – un désert très, très sec, où quasiment rien ne vit. Ils ont sondé le sol, comme ils l’avaient fait sur Mars, et leurs équipements n’ont trouvé aucun organisme vivant, aucune trace de vie ! Le scientifique a alors dit que si Viking avait atterri ici, dans le désert du Chili, nous en aurions également conclu qu’il n’y avait aucune vie sur cette planète, la Terre !

Voilà qui en a laissé plus d’un pantois ! Les appareils n’étaient tout simplement pas assez sensibles – et à nouveau, c’étaient les technologies du début des années 1970.

L’atterrisseur Phoenix

A la fin des années 1990, un petit atterrisseur, appelé Phoenix, s’est posé dans la région du pôle Nord de Mars – pas directement sur le pôle, mais dans une région de plus haute latitude, recelant beaucoup d’eau dans le sol, presque comme un permafrost. Sa mission a été, à nouveau, de creuser le sol (non sans mal) et de l’analyser, afin d’avoir un meilleur aperçu de ce à quoi ressemble la glace sur Mars. Et ce fut un succès.

Il y eut également une découverte surprenante, à laquelle personne ne s’attendait : en étudiant la composition chimique du sol près de l’atterrisseur, il trouva un élément chimique appelé perchlorate, qui est un dérivé du chlore. Pourquoi est-ce si intéressant ? D’une part, de ce que nous savons de l’environnement de Mars – température, pression – il ne peut y avoir d’eau liquide à la surface. On a de nombreuses preuves qu’il y a eu des lacs, des rivières ; on voit des deltas, des canaux, mais on ne s’attendait pas à trouver de l’eau liquide à la surface. Il fait bien trop froid.

Il est intéressant de savoir que le perchlorate est un sel chloré qui abaisse la température de gel de l’eau. Sur Terre, nous savons que l’eau gèle à 32° Fahrenheit, mais sur Mars, peut-être que l’eau gèle à partir de 20° F ou 15° F, dans les endroits où cet élément chimique existe. Voilà qui est très, très intriguant ! Pas seulement pour la surface, mais également en sous-sol. Peut-être y a-t-il plus d’eau en sous-sol qu’on ne l’imagine, même là où il fait froid. Mais l’autre chose, si l’on repense à l’expérience de recherche de vie de Viking, est que le perchlorate peut être un aliment pour les microbes ! Il existe sur Terre, dans des environnements extrêmes, des microbes capables de capter ces composés du chlore, de les digérer et les métaboliser, les utilisant ainsi comme nourriture.

L’autre découverte très intéressante est que si l’on chauffe du perchlorate à certaine température, cela oxyde d’autres éléments chimiques. Prenons un exemple : le dioxyde de carbone. Le perchlorate va en retirer l’oxygène et oxyder l’élément chimique. Cela signifie que s’il y avait du perchlorate là où l’expérience Viking a pris l’échantillon, en faisant chauffer cet échantillon, le perchlorate a pu détruire les organismes vivants, c’est-à-dire les composés de carbone et d’oxygène. On ne les aurait donc pas trouvés.

Voilà qui soulève bon nombre de questions.

Il se trouve que les instruments de Viking n’ont pas trouvé de perchlorate là où Viking a atterri. Mais Viking n’était pas un Rover, il ne pouvait se déplacer. Il ne pouvait que recueillir des échantillons et des images dans son environnement proche. A nouveau, si vous atterrissiez en plein désert, sur Terre, vous penseriez qu’il n’existe aucune vie sur cette planète. On ne peut donc pas s’arrêter aux deux atterrisseurs de Viking et dire que ce qu’ils ont trouvé est représentatif de la planète entière. Cela n’aurait aucun sens.

Question : Si l’on atterrissait dans les régions polaires autour de la Terre, trouverait-on des conditions similaires ?

Freeman : Oui. N’oublions pas qu’il s’agit d’une planète, certes différente de la Terre, mais qui a elle aussi une météo et un climat. Elle connaît des changements géologiques et des éruptions volcaniques. Il y a toujours des séismes sur Mars. C’est un environnement changeant.

Ce qu’il y a de magnifique dans la manière dont les ingénieurs de la NASA conçoivent ces programmes, c’est qu’un vaisseau spatial est censé durer deux ans, ou dix ans. Mars Odyssey, qui est en orbite depuis maintenant onze ans, a été capable d’observer les changements de Mars. Il y a eu des glissements de terrain. Odyssey a vu s’écrouler le bord de certains cratères, bouger des dunes de sable et évoluer des tourbillons de poussière. C’est comme si on avait un film, sur onze ans.

Ses résultats les plus récents, après Viking, ont complètement rouvert ces questions.

Cependant, quoi qu’en pensent les gens, Curiosity n’a pas pour objectif la recherche de la vie. Ce qu’il recherche, c’est un environnement pouvant rendre la vie possible, des preuves de la présence d’eau qui coule. Le site du cratère de Gale, où Curiosity s’est posé, a été choisi parce qu’il y a des couches sur les coteaux de la montagne, dont nous savons qu’ils contiennent des éléments chimiques, de l’argile, des minéraux qui se forment dans l’eau. Ce site a donc été choisi pour aller y voir très précisément, avec des équipements qui sont au summum de ce qu’on sait faire aujourd’hui. (…) Et si on trouve davantage de preuves, il y aura une réévaluation continue des résultats de Viking. Ainsi, tout ce qu’on croyait savoir depuis trente ans sera peut-être totalement remis en cause !

Les Américains vont-ils laisser Obama tuer le programme spatial ?

Question : Qu’est-ce qui est prévu, après ?

Freeman : Il existait un plan très ingénieux, que les scientifiques avaient mis sur pied il y a des années. Dans un certain sens, on ne planifie pas une mission sur ce qu’on a appris, et on a toujours procédé ainsi. D’un autre côté, on a toujours su que tant qu’on n’aura pas ramené sur Terre des échantillons de sol et de roche de Mars, il y a des questions auxquelles on ne saura jamais répondre. Et celle de la vie en fait partie.

Cela a toujours été l’objectif des scientifiques de ramener quelque chose sur Terre. Vous savez, Curiosity pèse une tonne ; il contient des expériences incroyables en termes de chimie, de météo et autres, et tout cela dans un espace limité. Une tonne, ce n’est vraiment pas beaucoup quand on songe aux instruments scientifiques, à l’approvisionnement en énergie, aux ordinateurs de secours ; il faut équiper l’ensemble d’une quantité phénoménale de choses, pour faire en sorte que ça marche. Au final, il n’y a que quelques centaines de kilos d’équipements scientifiques.

Pensez à ce qu’il y a dans un laboratoire sur Terre, avec la diffraction aux rayons X et toutes sortes d’instruments de pointe. Ainsi, l’aboutissement de notre exploration non-humaine sur Mars, l’objectif, a toujours été de ramener des échantillons sur Terre. Et Curiosity va définitivement faire avancer nos connaissances pour savoir où aller, que rechercher et nous aider à aller de l’avant.

Ce que vous évoquez est un point très important, car toutes les missions planifiées pour Mars ont été totalement remises en question aux Etats-Unis, depuis plus d’un an déjà, et ont été définitivement stoppées en février 2012, lorsque l’administration Obama a publié sa proposition de budget de la NASA pour l’année fiscale 2013. Les futurs programmes pour Mars ont été amputés de 40 % ! Ça change tout. Ce n’est pas une simple rectification, du type « on prend une mission et on enlève juste un instrument, mais on peut y aller quand même ». Avec Obama, il s’agit de l’annulation totale de toute mission future vers Mars !

Il y a une mission, appelée Maven [Mars Atmosphere and Volatile Evolution Mission]. C’est un satellite, pas un atterrisseur. Il décollera l’an prochain, en 2013, et il nous fournira d’importantes informations – un aperçu très détaillé de l’atmosphère, et donc de l’hydrologie de Mars. Ce sera réalisé en orbite.

Mais les missions suivantes, consistant à lancer et faire atterrir d’autres robots, voire des séries ou des groupes de robots plus petits qui mèneront à bien des missions de façon coordonnée – telle la mission que l’Europe envisage [ExoMars], que nous étions censés faire ensemble, pour en être ensuite retiré – tout cela est maintenant fini. Les scientifiques sont furieux. Le Congrès est furieux. Et il y a espoir de renverser cette tendance, avec cette mission Curiosity, qui a fait 2,3 milliards de hits sur Internet, et a fait crasher les serveurs de la NASA la nuit de l’atterrissage – c’est l’excitation qu’on a vue partout dans le monde, de gens qui regardaient ça à Times Square New York (et c’était à 2 heures du matin), des gens qui regardaient ça en Afrique du Sud à la Radio Astronomy Facility ; tous les pays qui y ont participé : Russie, Espagne, Canada, Italie, France... tous ces pays ont construit les instruments de mesure – l’excitation est mondiale et l’intérêt de Curiosity touche l’humanité tout entière.

Il y a encore un espoir du côté de certains élus du Congrès et, bien entendu, chez les scientifiques ; et évidemment, grâce à la mobilisation du Comité d’action politique de Lyndon LaRouche pour faire de cette mission le fer de lance de ce que doit être une réelle politique économique orientée vers le futur.

Voir les 4 commentaires

  • Till • 24/09/2012 - 21:06

    si quelqu’un trouve une traduction du programme je suis preneur :)

    • AYIN BEOTHY • 02/10/2012 - 00:34

      ...et les scientifiques compétents en question, ils vivent d’amour et d’eau fraiche ? et le matériel est fabriqué gratos avec des matières premières gratuites ? Vous fournissez vous-même toute l’énergie nécessaire, et bien sûr vous vous chargez de repérer toutes les personnes douées de la conscience adéquate qui feront ça avec vous ?
      Vous avez fait quoi, à ce jour ?

    Répondre à ce message

  • petite souris • 15/09/2012 - 15:06

    merci pour cet excellent article

    J’espère que le succès mondial de Curiosity fera changer la Maison Blanche pour continuer cette politique spatiale dont les stètes devraient être le moteur principal pour le bien commun de l’humanité !!!!

    Le problème c’est qu’Obama se fiche pas mal du bien commun de l’humanité ... s’il pensait que ce serait utile pour la sécurité des USA .... peut-être certains de ses conseillers pourraient eventually l’influencer !!!

    Répondre à ce message

  • Eric • 14/09/2012 - 20:42

    L’humanité n’a pas besoin d’argent pour organiser des missions vers Mars, mais seulement de scientifiques compétents (qu’elle possède) et de ressources technologiques (qu’elle possède également). Si vous prétendez le contraire, c’est que votre niveau de conscience est identique à celui des hommes du XIXème siècle.

    Répondre à ce message

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