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Le plan Varoufakis pour le redressement de la Grèce

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Crédit : DPA

Le 7 mai, le quotidien La Tribune a publié un article du ministre grec des finances Yanis Varoufakis.

Contrairement aux rumeurs qui font croire que la Grèce a fini par capituler devant les exigences d"une finance omnipuissante, il indique clairement qu’elle ne compte nullement renoncer au combat.

Plusieurs mois de négociations entre notre gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI), l’Union européenne (UE) et la Banque centrale européenne (BCE) n’ont guère débouché sur des progrès. Une des raisons de cet échec : on se concentre trop sur le court terme, sur les conditions de la prochaine injection de liquidités et pas assez sur une stratégie visant un redressement et un développement durable de la Grèce. Si nous voulons sortir de l’impasse actuelle, nous devons envisager une économie grecque en bonne santé.

Un redressement durable nécessite des réformes globales pour libérer le potentiel considérable du pays en supprimant les goulots d’étranglement dans plusieurs domaines : l’investissement productif, la fourniture de crédit, l’innovation, la concurrence, la sécurité sociale, l’administration publique, le système judiciaire, le marché du travail, la production culturelle et, enfin et surtout, la gouvernance démocratique.

Mobiliser les actifs qui restent dans les mains de l’État

Sept années de politique de déflation, d’ austérité, ont décimé l’investissement privé et public et forcé les banques anxieuses et fragiles à cesser de prêter. Étant donné le manque de marge de manœuvre budgétaire du gouvernement et le poids des prêts non performants des banques grecques, il est primordial de mobiliser les actifs restants de l’État et de débloquer la circulation du crédit bancaire vers les parties saines du secteur privé.

Afin de restaurer l’investissement et le crédit à des niveaux permettant une vitesse de libération économique, la Grèce en redressement aura besoin de deux nouvelles institutions publiques travaillant côte à côte avec le secteur privé et les institutions européennes : une banque de développement qui exploite les actifs publics et une « bad bank » qui permette au système bancaire d’évacuer ses actifs non performants et de rétablir le flux du crédit vers les entreprises rentables et orientées vers l’exportation.

Restructurer le secteur financier

Imaginez une banque de développement mobilisant des garanties qui comprennent les capitaux propres encore détenus par l’État suite aux privatisations et d’autres actifs (par exemple, immobiliers) dont la valeur pourrait être augmentée facilement (et qui pourraient facilement servir de garantie) grâce à une réforme de leurs droits de propriété. Imaginez qu’on établisse un lien entre, d’une part, la Banque européenne d’investissement (BEI) et le plan d’investissement de 315 milliards d’euros du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, et d’autre part le secteur privé de la Grèce. Au lieu d’être considérée comme une braderie destinée à remplir les trous budgétaires, la privatisation ferait partie d’un grand partenariat public-privé pour le développement.

Imaginez en outre que la « bad bank » aide le secteur financier, qui fut recapitalisé généreusement par les contribuables grecs sous pression au cœur de la crise, à se débarrasser de leur héritage de prêts non performants et à débloquer leur plomberie financière. S’ajoutant aux effets positifs de la banque de développement, cette politique d’assainissement permettrait au crédit et aux investissements d’inonder les domaines de l’économie grecque jusque-là à sec, permettant au final à la bad bank de faire des profits et à devenir solide.

Enfin, imaginez l’effet de tout cela sur l’écosystème financier, fiscal et de sécurité sociale de la Grèce : grâce à la flambée des actions des banques, les pertes que notre Etat a subies en les recapitalisant seraient annulées suite à l’appréciation de ses participations. Pendant ce temps, les dividendes de la banque de développement seraient acheminés vers les fonds de pension qui souffrent depuis longtemps, ayant subitement perdu une grande partie de leur capital en 2012 (en raison des pertes enregistrées sur leurs avoirs en obligations d’État grecques).

Dans ce scénario, la tâche du renforcement de la sécurité sociale serait complétée par l’unification des fonds de pension ; l’afflux des contributions suite à la reprise de l’emploi ; et le retour à l’emploi légal des travailleurs poussés à l’économie informelle par la déréglementation brutale du marché du travail durant ces dernières années difficiles.

Une forte reprise en Grèce ?

On peut facilement imaginer une forte reprise en Grèce avec cette stratégie. Dans un monde de rendements ultra-faibles, la Grèce serait considérée comme une magnifique opportunité, engendrant un flux régulier d’investissement direct étranger. Mais en quoi ceci serait-il différent des entrées de capitaux d’avant 2008 qui ont alimenté une croissance financée par la dette ? Un nouveau système de Ponzi macroéconomique pourrait-il être vraiment évité ?

Réformer le système politique

Pendant l’ère de la croissance de style Ponzi, les flux de capitaux ont été captés par les banques commerciales pour aller vers une consommation frénétique et par l’État pour favoriser une orgie d’offres de marché suspectes et une extrême prodigalité. Afin de s’assurer qu’il en ira autrement cette fois, la Grèce devra réformer son économie sociale et son système politique. La création de nouvelles bulles ne correspond pas à l’idée du développement que se fait notre gouvernement.

Financer des investissements productifs sélectionnés

Cette fois, au contraire, la nouvelle banque de développement prendrait les devants pour canaliser les ressources domestiques rares vers des investissements productifs sélectionnés. Ceux-ci comprennent les startups, les entreprises de high tech qui utilisent les talents locaux, les entreprises bio-agro de petite et moyenne taille, les sociétés pharmaceutiques axées sur l’exportation, les efforts pour attirer l’industrie cinématographique internationale vers la Grèce, des programmes éducatifs qui profitent de la production intellectuelle grecque et des sites historiques sans pareil.

Dans l’intervalle, les autorités réglementaires locales garderaient un œil sur les pratiques de prêts commerciaux, tandis qu’un frein à l’endettement empêcherait notre gouvernement de se livrer à de vieilles et mauvaises habitudes, pour éviter que l’État renoue avec les déficits primaires. Les cartels, les pratiques de facturation anticoncurrentielles, les professions règlementées sans raison et une bureaucratie qui a transformé l’État en un danger public découvriraient bientôt que notre gouvernement est leur pire ennemi.

Les obstacles à la croissance dans le passé étaient constitués de l’alliance impie entre certains intérêts oligarchiques et les partis politiques, les offres de marché scandaleuses, le clientélisme, les médias contrôlés en permanence, les banques trop accommodantes, les autorités fiscales faibles, et le système judiciaire archaïque et timide. Seule la transparence démocratique peut éliminer ces obstacles ; notre gouvernement est déterminé à imposer cette transparence, pour dynamiser l’économie grecque.

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Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
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