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L’urgence de construire au moins 35 nouveaux réacteurs nucléaires en France

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Fermer la centrale nucléaire de Fessenheim sans construire des nouvelles centrales mettra en danger notre sécurité énergétique.
Crédit : EDF

Contrairement aux pays des BRICS qui investissent massivement dans les énergies denses d’avenir, la France, à force de persister dans la folie des énergies renouvelables et de réduire ses capacités nucléaires et classiques, risque le « blackout ».

Le 10 septembre, Dominique Maillard, le patron de Réseaux et transports d’électricité (RTE), la filiale d’EDF qui gère les réseaux de très haute tension, a tiré la sonnette d’alarme : si le gouvernement ne change pas d’orientations, l’approvisionnement en électricité pourrait manquer en France dans les toutes prochaines années !

En cause, l’absence de marge en cas de forte variation des températures hivernales. Pour être précis, RTE estime qu’en cas d’important pic de consommation lors d’un hiver rigoureux (dont la probabilité statistique est d’un sur dix ans), il pourrait manquer 900 MW durant l’hiver 2015/2016, mais surtout 2000 MW durant l’hiver 2016/2017.

Dans de nombreux pays, lorsqu’il n’y a pas assez d’électricité, le réseau s’effondre, plongeant les habitants dans l’obscurité et stoppant net toutes les activités tributaires de l’électricité et ne bénéficiant pas de moyens de production autonomes, tels que des groupes électrogènes au diesel. Ces blackouts ont un prix : « Un kWh non fourni à l’occasion d’une coupure massive s’évalue à deux cents fois le coût de la production de ce même kWh », affirme Maillard.

Réguler

Pour réguler le tout, il faut pouvoir jouer sur la consommation et la production. Or, côté consommation, tout est stable. La prévision de pointe maximale en cas d’hiver « décennal » en 2016/2017 est exactement la même que celle enregistrée en février 2012, avec 102 100 MW. Logique. Avec la croissance en berne et l’efficacité énergétique optimisée, la consommation demeure plutôt stable.

Le problème est donc ailleurs, notamment dans l’instabilité de l’offre. En cause d’abord, l’éolien et le photovoltaïque qui sont montés en puissance grâce aux subventions, pas moins de 10 milliards d’euros en 2013 et probablement le double en 2015. Seulement, en hiver, le soleil se couche à 19h et les vents sont souvent très faibles lors des grands froids. RTE ne peut donc pas compter sur ces énergies diffuses et intermittentes pour venir au secours.

Fessenheim

Rien que l’arrêt de Fessenheim, décidé par le gouvernement pour la fin 2016, représente une perte de 1800 MW lorsqu’elle fonctionne à pleine puissance. Repousser de quelques mois cet arrêt permettrait d’effacer l’essentiel du problème soulevé par RTE, mais il ne semble pas que ce soit à l’ordre du jour.

Il reste les centrales thermiques, me direz-vous. Oui et non, car l’entrée en vigueur de normes européennes environnementales plus strictes conduiront EDF à arrêter fin 2015 plusieurs centrales thermiques et à opérer la « mise sous cocon » de centrales à gaz toutes neuves de Poweo et GDF Suez. Parmi les pistes avancées par RTE pour retrouver la sécurité énergétique, celle d’une mise à niveau aux normes antipollution des centrales à fioul et la remise en service de centrales à gaz mises sous cocon.

35 réacteurs à construire !

Quant au nucléaire, la France roupille. Alors que les pays des BRICS se mobilisent pour avancer au plus vite vers le nucléaire du futur (fusion, filière au thorium, surgénérateurs, etc.), en France on pense l’avenir à partir du passé.

Interrogé par l’Usine nouvelle en avril 2014, Bernard Bigot, administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), a sonné le tocsin. A la question « une politique volontariste de construction est-elle envisageable ? », le patron du CEA répond :

Pour que nous puissions assurer notre indépendance vis-à-vis des énergies fossiles, et que l’énergie nucléaire puisse couvrir demain 50 % des besoins en électricité [alors qu’on est à 78 % des besoins aujourd’hui…, nda], conformément aux objectifs fixés par le Président de la République [et par l’accord électoral suicidaire signé entre Martine Aubry et les Verts, nda], il faut lancer la construction de 35 réacteurs. On ne peut en effet pas estimer que la durée de vie des centrales actuellement en fonctionnement excèdera les 55 ou 60 ans. A l’horizon 2050-2055, toutes les centrales qui existent aujourd’hui auront été arrêtées. Il faut donc construire avant de fermer, d’autant plus qu’entre le lancement d’une centrale et sa connexion au réseau, huit à dix ans s’écoulent. En France, entre 1973 et 1990, nous avons lancé trois à quatre centrales chaque année, dimensionnant ainsi l’outil industriel [celui du CEA qu’il juge donc surdimensionné, nda] dans des conditions qui n’étaient pas pérennes. Aujourd’hui, une planification raisonnable au rythme d’une centrale par an serait plus pertinente. L’enjeu, c’est d’avoir une politique énergétique non pour les cinq ans à venir mais pour les cinquante ans à venir. C’était l’approche du pacte nucléaire en 1973, et l’énergie abondante et peu chère a été la condition du progrès (…).

Sans nier ni sa compétence ni ses bonnes intentions, à force de se soumettre à l’air du temps, le CEA se trompe. Car au lieu de considérer le développement de nouvelles filières nucléaires, tout comme les autres grandes infrastructures, comme un vecteur de relance économique capable d’entraîner tout le pays – politique adoptée avec grand succès par les pays des BRICS – on se résout à « faire le mieux possible » au sein d’un cadre politique (la transition énergétique décidée par Hollande) et financier (les banques sont en faillite et préfèrent spéculer que construire), où tout est fatalement bloqué.

Lorsqu’on lui demande quel type de réacteurs devrait prendre le relais, Bernard Bigot répond :

Après Flamanville, nous disposerons de retours d’expérience pour optimiser l’EPR. Reste une question à résoudre : celle de la gestion des combustibles usés de ces réacteurs, le problème étant très clairement aujourd’hui de gérer le plutonium, ce que les réacteurs actuels ne permettent pas. D’où l’importance d’aller vers une quatrième génération, permettant le multi-recyclage du plutonium. A l’horizon 2050, il nous faudra à la fois un parc de réacteurs à eau pressurisée type EPR ou Atmea et un ou deux réacteurs à neutrons rapides permettant le multirecyclage du plutonium. Ce qui permettra d’envisager l’avenir du parc nucléaire non pas sur 50 ans mais sur…plus de 8000 ans !

Pour la plupart des responsables du nucléaire français, il est tout simplement hors de question de discuter de quel type de nucléaire du futur il faut se doter. Ce choix leur semble dicté par les choix antérieurs et ne fait donc pas débat : d’abord on rentabilisera nos EPR (grands réacteurs de IIIe génération haut de gamme), puis on passera aux réacteurs à neutrons rapides (surgénérateurs). Car, affirment-ils, en choisissant dès le début la filière uranium-plutonium pour nos réacteurs à eau pressurisée, l’avenir ne pouvait être qu’aux surgénérateurs, qui consommeront dans les meilleures conditions les énormes stocks de plutonium civil et militaire produits en France depuis trente ans. Admettons que c’est une filière importante, économiquement rentable et pleine d’avenir, mais ajoutons tout de suite qu’elle n’est pas l’unique. Il existe bien toute une gamme d’autres types de réacteurs à haute température, notamment avec la filière au thorium et, bien sûr, la fusion nucléaire.

Et là où le bât blesse surtout, c’est le timing. Rappelons que la Chine compte disposer de 30 surgénérateurs opérationnels en 2030 (1/5 de ses 150 réacteurs en service), alors qu’en France, il faudra attendre 2040. Comme quoi le blackout des esprits a déjà gagné certains de nos décideurs.

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